À l’issue du premier et surtout du second tour des élections municipales, la gauche a ravi à la droite plusieurs mairies et non des moindres. Outre le maintien du PCR dans ses bastions de Sainte-Suzanne, du Port, ou de La Possession, et celui du PS à Saint Joseph, la gauche prend à la droite Saint-Benoît, Saint-André, Saint-Louis, Saint-Paul, Saint-Denis, Trois-Bassins et La Plaine des Palmistes.
Au terme de ces élections, la gauche se retrouve donc à la tête de douze communes sur les vingt-quatre que compte l’île, contre cinq seulement en 2001.
Comme en Métropole, le facteur déterminant de cette poussée à gauche a été sans nul doute la volonté de l’électorat populaire de sanctionner la politique de Sarkozy et de son gouvernement, et c’est là une bonne chose. Mais dans certaines villes comme à Saint-Denis ou à Saint-André, assez bien ancrées à droite, ce sont les désordres et les désunions au sein même des anciennes équipes dirigeantes qui ont contribué à la chute des Victoria et autres Virapoullé.
Seulement, cette victoire des partis de gauche ne s’est pas toujours faite dans la clarté. À Saint Denis par exemple, au second tour de l’élection, Gilbert Annette, le premier secrétaire du PS, n’a pas été gêné de mettre sur sa liste deux ex-élus UMP, dont Ibrahim Dindar en rupture de ban avec Victoria. En retour, ces deux ex-élus UMP (toujours de droite évidemment) ont eu le soutien du PS aux cantonales. S’afficher avec un Ibrahim Dindar, fervent soutien de Sarkozy (avant qu’il ait pris ses distances à la veille des élections) et partisan du test ADN pour les Comoriens, n’est pas à la gloire du PS.
En conquérant trois nouvelles mairies le PCR tire quant à lui son épingle du jeu. Mais qu’avait-il besoin de soutenir à Saint-Leu le nouveau maire membre du Modem ? Qu’avait-il besoin aussi de limiter sa victoire à celle de candidats « ayant un programme pour le développement de La Réunion » comme se sont plu à le souligner Gironcel ou Bello ? De ce point de vue d’ailleurs leur attitude ne diffère pas de celle d’un Vergès qui, derrière un même vocable tente de faire croire aux travailleurs que leurs intérêts seraient liés à ceux des autres Réunionnais au premier rang desquels il place les capitalistes agissant dans l’île.
Alors, même si l’on peut se réjouir de la défaite de la droite, ce n'est pas elle qui obligera Sarkozy à changer de politique ou qui ralentira le rythme des mesures anti-ouvrières. Pour cela, il faudra bien autre chose que la voie des urnes. Il faudra des luttes collectives importantes, que la politique du gouvernement et l'avidité du patronat provoqueront bien plus tôt que tous ces gens-là ne le pensent.