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mis à jour le 01/09/2002
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2002
décembre 2002 septembre 2002
Dans ce numéro
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Les emplois-jeunes en lutte.
À plusieurs reprises, les emplois-jeunes sont descendus dans la rue pour se rappeler au bon souvenir du gouvernement. Même si dès le départ, ils savaient à quoi s'attendre puisque ces contrats créés par la gauche en 1997 étaient prévus pour cinq ans maximum, ils n'entendent pas maintenant se faire jeter de leur travail comme des malpropres, et ils ont raison. Ces jeunes travailleurs ont le sentiment justifié d'assumer des tâches utiles, que ce soit dans les écoles ou dans les quartiers. Alors, il n'y a aucune raison qu'ils ne conservent pas leur emploi, surtout après une période d'essai de cinq ans.
La représentante de la droite, Girardin, ministre de l'Outre-mer, a affirmé sans fard que les emplois-jeunes coûtaient trop chers à l'Etat, c'est pourquoi le gouvernement ne les reconduira pas a-t-elle dit. Pour ces ministres payés à hauteur de 13 300 euros mensuels, peu importe de couper les vivres à des salariés disposant d'à peine le SMIC.
Girardin a ajouté cyniquement qu' « elle en avait assez de voir des jeunes ayant un bac ou une licence passer leur journée à faire des photocopies » ! Elle a simplement oublié de préciser qu'elle ne prévoit elle aussi rien de sérieux comme alternative.
Beaucoup d'emplois-jeunes qui ont plus de 22 ans aujourd'hui ne pourront pas prétendre aux « contrats-jeunes » créés de toute pièce par la droite. De toute façon les patrons n'embaucheront pas plus qu'ils ne l'ont fait jusque là. Ils feront plutôt appel au surtravail de ceux qui sont déjà embauchés comme le permet le gouvernement Raffarin qui vient de déplafonner le nombre d'heures supplémentaires annuel autorisé de 130 à 180 heures !
Mais il n'y a pas que les emplois-jeunes qui ont à craindre pour leur avenir. Tous les contrats précaires sont dans ce cas. Il y a par exemple les dizaines de milliers d'employés communaux dont seuls 20 % sont titularisés. La seule promesse faite par Girardin aux emplois précaires, est la création de « groupes de travail ». Autant dire du vent !
Les emplois-jeunes ont raison de montrer leur colère. C'est dans la rue, pas dans les salons de la préfecture, et en amplifiant leur protestation qu'ils se feront entendre du gouvernement et pourront le faire reculer. Ce qui est vrai aussi pour l'ensemble du monde du travail.
Non a la privatisation d'EDF !
Raffarin, le chef du gouvernement, a annoncé qu'il porterait la discussion sur la privatisation d'EDF dès la prochaine rentrée parlementaire. L'Etat a besoin d'argent pour renflouer ses caisses qui se vident à force d'exonérer les plus riches d'impôts et de cotisations sociales. C'est logique... et révoltant ! Car c'est à nous les travailleurs, les chômeurs que ces nantis osent présenter la note à payer.
EDF a permis d'apporter l'électricité dans tous les foyers, même les plus humbles, les plus éloignés des lignes de transport électrique. L'électricité pour tous a été un progrès social. Mais les requins qui lorgnent sur l'entreprise nationalisée qu'est EDF sont prêts à remettre en cause ce droit à l'énergie. car ils ont d'autres vues. Ils veulent utiliser la vente du courant électrique pour faire du fric, pour que ça leur rapporte. Certes, EDF se comporte elle aussi comme une entreprise capitaliste. Mais elle est tout de même
tenue d'assurer un minimum de service public. Avec des entreprises privées il n'en serait pas forcément ainsi.
Aux Etats-Unis, dans l'Etat de Californie, le gouvernement américain avait confié la gestion de la production d'électricité à Enron, une entreprise capitaliste. En quelques années l'argent a été détourné pour spéculer en bourse, le prix du courant a fortement augmenté et l'an passé, à cause du manque d'investissements, la Californie a été privée de courant pendant plusieurs jours.
Alors non à la privatisation d'EDF, et oui à un vrai service public au meilleur coût pour les petits usagers !
Il y a cinquante ans, la Sakay.
Au début des années 50, 220 familles réunionnaises ont émigré dans la région de la Rivière Sakay dans l'Ouest de Madagascar. Pendant 25 ans elles occuperont plusieurs milliers d'hectares avant de commencer à en être chassées à partir de 1972.
En 1950 Madagascar était encore une colonie française et le restera jusqu'en 1960. A cette époque donc, avait été créé en métropole le bureau d'études pour le développement de la production agricole (BDPA). Son projet, financé par le Fonds d'investissement pour l'Outre-mer (Fidom), était d'installer des agriculteurs métropolitains à Madagascar.
Apprenant l'existence de ce projet, des fervents partisans de l'émigration des Réunionnais, en particulier le député et maire de Saint Pierre, Raphaël Babet, firent tout ce qu'ils purent pour qu'à la place des métropolitains, soient envoyés des Réunionnais.
L'idée n'était pas nouvelle. Entre 1941 et 1950, plusieurs chargés de mission étudièrent les possibilités d'une implantation réunionnaise durable à Madagascar, une façon de faire partir des centaines de pauvres. Car c'est bien de cela qu'il s'agissait pour les autorités réunionnaises, se débarrasser des familles de petits blancs des hauts de l'île qui n'avaient rien à perdre, du moins dans un premier temps.
La colonisation de Sakay va se poursuivre durant 25 ans. Jusqu'à un millier de colons réunionnais et des cadres métropolitains s'installèrent sur plusieurs milliers d'hectares achetés notamment par le conseil général, aidé par le Crédit Agricole de La Réunion.
Aux yeux des initiateurs ou des visiteurs tel que Michel Debré, la colonie était florissante. Une véritable petite ville, baptisée Babetville, fut construite. La coopérative abrita la troisième porcherie au monde et fournissait la capitale malgache en lait et fromage...
Ce furent les événements de 1972, qui précédèrent l'arrivée au pouvoir de Ratsiraka, qui mirent un terme à cette colonisation.
Les Réunionnais de la Sakay ont été expulsés. Ils transitèrent pour la plupart par le centre de rapatriés de Sarcelles, ou bien ils vécurent dans l'indifférence, et parfois dans la clandestinité en Champagne ou en Provence. Les derniers quittèrent la Grande Ile en 1977. Un certain nombre préférèrent se donner la mort.
En 1980 le ministère français de l'économie et des finances liquida la Société professionnelle et agricole de la Sakay, avec pour objet l'indemnisation des fermiers réunionnais. Mais aujourd'hui les rescapés de la Sakay attendent toujours.