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mis à jour le 01/05/2004
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2004
Dans ce numéro
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Pour une Europe unie, débarrassée de la dictature des financiers.
Les grands partis se lancent, les uns après les autres, dans la campagne pour les élections européennes qui auront lieu dans cinq semaines. Derrière les envolées sur l'Europe, chaque camp a surtout des préoccupations de politique intérieure.
Raffarin voudrait que les résultats des listes UMP soient assez bons pour lui permettre de prétendre que le désaveu qui lui a été infligé aux régionales est accidentel. Le Parti socialiste, de son côté, voudrait que le mécontentement à l'égard de la politique du gouvernement se traduise, comme aux régionales, par un vote massif en faveur de ses listes. Ses dirigeants font appel au "vote sanction" contre le gouvernement.
À coup sûr, les élections européennes offrent une nouvelle occasion de désavouer la politique de ce gouvernement à plat-ventre devant le grand patronat et le Medef, qui, après avoir amputé les retraites, s'attaque à l'assurance maladie, au droit de se soigner convenablement. Ce serait dommage de ne pas se saisir de l'occasion.
Mais sans cautionner le P.S. qui, pendant les cinq ans où il a dirigé le gouvernement, n'a pas protégé les travailleurs contre les licenciements, au contraire, et dont bien des mesures contre les travailleurs ont préparé celles de la droite.
Contrairement aux régionales, les européennes n'ont pour enjeu ni de décider d'une majorité ni de la couleur d'un exécutif. L'électorat populaire a intérêt, tout en s'opposant clairement à la droite, à avertir qu'il n'acceptera pas qu'un nouveau gouvernement de gauche mène, comme Jospin, une politique favorable au seul grand patronat.
Faut-il ou non un référendum pour adopter la future Constitution européenne ou, encore, la Turquie fait-elle ou non partie de l'Europe ? Voilà les seules questions qui préoccupent la caste politique. Comme si une Constitution, tout entière élaborée pour protéger la propriété privée et les intérêts patronaux, pouvait devenir meilleure si elle était adoptée par référendum ! Comme s'il était souhaitable de claquer la porte de l'Europe au nez de la Turquie alors que des millions de travailleurs turcs vivent et travaillent en France ou en Allemagne et qu'on consi-dère les populations des restes de l'ancien empire colonial français comme européennes d'office, même si elles vivent en Amérique du sud ou en Polynésie.
Le Parti socialiste, lui, parle d'Europe sociale et se prononce même pour un salaire minimum européen. Il affirme cependant qu'il est impossible que le salaire minimum polonais ou slovène puisse être du même montant qu'en France. Mais pourquoi donc serait-il plus difficile d'imposer un salaire minimum européen, aligné sur le pays où il est le plus élevé, que d'imposer la monnaie unique, l'euro, et les contraintes budgétaires qui vont avec ?
Les travailleurs, la population, ont intérêt à une Europe unie, sans frontières entre les peuples, aussi large que possible. Mais cette Europe ne pourra être sociale ni véritablement unifiée que si elle est débarrassée de la dictature des groupes financiers. Ce n'est pas l'unification européenne, mais c'est cette dictature-là qui est responsable du chômage, des bas salaires, des retraites amputées et de l'assurance maladie menacée.
L'extrême droite, imitée par certains à gauche, brandit contre l'Europe la menace des délocalisations des usines ou celle de la venue massive de travailleurs aux salaires bas, pesant sur les salaires de France. Comme si, depuis plus d'un siècle, les capitaux ne se "délocalisaient" pas sans cesse pour s'investir là où ils rapportent le plus ! Comme si, bien avant l'élargis-sement de l'Europe, les grandes entreprises n'avaient pas l'habitude d'importer des travailleurs mal payés du Maghreb, de Turquie ou d'Afrique noire !
Ce ne sont pas les frontières qui nous protègent des licenciements ; pas plus qu'elles ne nous protègent contre les bas salaires. Ne les laissons pas nous opposer les uns aux autres. Travailleurs d'Europe, ensemble nous représentons une force capable d'interdire les licenciements et d'imposer des salaires corrects pour tous.
Arlette Laguiller.
1954, la victoire de Dien Bien Phu.
Le 7 mai 1954, il y a cinquante ans, le corps expéditionnaire français capitulait devant les combattants vietnamiens à Dien Bien Phu. Cette victoire militaire sonnait le glas de l'occupation coloniale française en Indochine où, depuis le milieu du 19 ème siècle de riches colons, protégés par l'armée, amassaient des fortunes en exploitant des centaines de milliers d'ouvriers agricoles dans les plantations d'hévéas où l'on produisait de la gomme à caoutchouc, celle-la même qui a enrichi Michelin. Des centaines de milliers d'autres ouvriers travaillaient dans les mines de charbon, dans les ports et autres usines, à raison de 12 à 14 heures de travail par jour. Les opposants à ce régime infernal étaient condamnés par les tribunaux français au travail forcé dans des camps tristement célèbres comme celui de Poulo Condor.
Mais le combat pour mettre fin à l'exploitation coloniale ne devait pas finir avec le départ des troupes françaises qui furent bientôt remplacées par des troupes américaines.
Il fallut au peuple vietnamien endurer encore vingt ans de souffrances sans nom, les bombardements au napalm, les tortures, les massacres pour recouvrer son indépendance.
Mais cette indépendance, si elle rendait sa dignité au peuple vietnamien ne pouvait résoudre tous les problèmes si elle restait cantonnée dans l'étroitesse d'une politique nationaliste.
La lutte pour la libération du peuple vietnamien, organisée dès le début des années 1930 par le Parti Communiste Vietnamien, fut pourtant réorientée par les staliniens vietnamiens vers une politique strictement nationaliste, consistant à faire la part belle aux intérêts de la petite bourgeoisie vietnamienne, au détriment des masses ouvrières et paysannes.
Les militants trotskistes vietnamiens représentaient une autre option. Ils luttaient aux côtés des comités populaires qui se formaient dans le Sud du pays, où les paysans commençaient à occuper des terres et les ouvriers leurs usines, constituant une concurrence insupportable pour les staliniens. Aussi, ces derniers pourchassèrent et massacrèrent-ils les militants trotskistes vietnamiens, regroupés dans deux organisations, la Ligue communiste Internationaliste et le groupe la Lutte, dont le dirigeant Ta Tu Thau fut assassiné en 1946.
Aujourd'hui cinquante ans après, le peuple vietnamien a gagné son indépendance, mais il reste sous la coupe de l'impérialisme et de ses propres exploiteurs. Les capitalistes des ex-puissances coloniales, française et américaine, reviennent y proposer leurs " services ", et un certain Jacques de Châteauvieux, bien connu des travailleurs de la Réunion, y possède des milliers d'hectares de cannes à sucre et une centrale électrique.
La révolution sociale reste encore à faire au Vietnam !
Soutenons les militants de l'UGTG !
En Guadeloupe, la justice ne chôme pas avec des militants syndicalistes de l'UGTG (Union Générale de Travailleurs de Guadeloupe). Treize militants sont condamnés à des peines de prison ferme ou avec sursis, sans compter les amendes et les condamnations à des dommages et intérêts. Certains risquent d'aller en prison car ils ont décidé de ne plus faire appel, les peines y étant aggravées le plus souvent.
Par exemple, le secrétaire de l'UTC-UGTG (fédération des travailleurs des communes) a est condamné à 4 mois de prison avec sursis et 6000 euros d'amende pour présence à un barrage. Un autre dirigeant de ce même syndicat est condamné à 6 mois de prison avec sursis et 1627,50 euros d'amende pour le même motif. Un responsable de l'UTPP (produits pétroliers) est condamné à 3 mois ferme et 7000 euros de dommages et intérêts pour manifestation et dégradation en réunion ; il est par ailleurs condamné à 10 mois de prison ferme et 53 000 euros de dommages et intérêts car accusé d'avoir brisé une vitre de 4x4. Un autre militant a eu 6 mois de prison ferme et 8700 euros d'amende...
Neuf autres militants ont été lourdement condamnés et des travailleurs ont été licencié pour avoir participer à des grèves dans leur entreprise.
La justice fait payer au prix fort les travailleurs qui luttent contre leur exploitation mais elle n'est pas aussi zélée quant il s'agit de condamner des patrons. Ceux qui frappent leurs salariés profèrent des insultes ou détournent l'argent public sont à peine inquiétés.
Face à un tel acharnement, les travailleurs doivent être solidaires et ensemble faire face aux patrons et à la justice qui les protège.