Site régional
mis à jour le 01/06/2004
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2004
Dans ce numéro
Version imprimable de la page
Après les elections, attendre ou réagir ?
La gauche a donc remporté les élections européennes. En France métropolitaine, c'est le PS qui est sorti vainqueur, tandis que dans la circonscription Outre-Mer, c'est la liste l'Alliance conduite par Paul Vergès qui est arrivée en tête.
Partout donc les listes UMP ont été devancées, ce qui représente une nouvelle gifle pour le gouvernement Chirac-Raffarin.
Mais Raffarin n'a pas démissionné pour autant. Le gouvernement continue sa politique anti-sociale entamée depuis deux ans. Dans l'immédiat, il veut faire passer sa réforme de la Sécurité Sociale qui prévoit entre autre chose de faire payer au moins 1 euro par consultation et il souhaite privatiser EDF-GDF.
Le PS de son côté veut nous faire croire que son retour au gouvernement dans trois ans mettra fin à la politique actuelle. Mais si le PS, avec ou sans les Verts et le parti communiste, revient aux affaires, il ne reviendra pas sur les mauvaises mesures prises par la droite. D'ailleurs, il se garde bien de faire une promesse dans ce sens.
Et puis, n'oublions pas que si aujourd'hui le gouvernement se croit tout permis, c'est aussi parce que les gouvernements socialistes dont celui de Jospin avaient préparé le terrain. Le projet d'ouverture du capital d'EDF-GDF avait été programmé par Chirac et Jospin en 2002. Le forfait hospitalier avait été instauré sous le gouvernement Mitterrand-Mauroy. Le déremboursement de certains médicaments avait été concocté par l'ex-ministre socialiste Martine Aubry. L'augmentation des années de cotisation pour avoir droit à une retraite pleine fait partie des recommandations de Rocard, un ancien Premier ministre socialiste. Le projet de décentralisation et donc du transfert du personnel ATOS de l'Education Nationale vers les Régions a été lui aussi recommandé par le socialiste Mauroy dans son rapport remis à Jospin.
Alors, si nous devons continuer à rejeter la droite UMP, UDF ou La Relève, nous ne devons avoir aucune illusion dans la gauche.
Les élections de ces derniers mois ont permis d'exprimer un rejet de la politique du gouvernement. Mais il ne suffit pas de voter pour que la situation des travailleurs s'améliore. Alors n'attendons pas les échéances électorales de 2007.
Nous avons donc maintenant deux choix, soit attendre les élections de 2007 en croyant à des changements qui de toute façon ne viendront pas, même si la gauche l'emportait ; soit nous préparer dès maintenant à mettre un arrêt aux attaques du gouvernement et du patronat. Pour cela, il nous faut retrouver le chemin de la lutte collective, car c'est uniquement ça que craignent le patronat et tous ses serviteurs de droite et de gauche.
Malgré le score faible des listes LO-LCR en métropole ou de la liste Lutte Ouvrière dans la circonscription Outre-Mer, les militants de Lutte Ouvrière continueront leur combat pour amener la population laborieuse à s'organiser, afin que soit mise en Suvre une véritable politique qui combatte effectivement le chômage, les bas salaires, la précarité imposée, les licenciements et qui améliore la vie de la population.
Décès d'un exploiteur.
Le décès d'Adam Issop Ravate, patron des établissements du même nom, a été l'occasion pour tous les ténors politiques de la droite et de la gauche, de se prosterner devant le "grand homme ".
Venant d'un Victoria ou du préfet, rien d'étonnant à cela. Les superlatifs étaient de rigueur. Patron à poigne, mais paternaliste et pieux à souhait, Ravate avait réussi à faire de son groupe le quatrième de l'île et représentait pour ces gens-là un " exemple ".
Beaucoup plus étonnant a été la réaction d'un leader du PS comme Vergoz " partageant la grande douleur de la communauté musulmane ", ou celle d'un Vergès qualifiant ce patron de " symbole d'une réussite exceptionnelle ", et celle encore d'un Élie Hoarau saluant en lui " un exemple d'intégration pleinement réussi ".
Mais sur le dos de qui ? A ce propos, les leaders de l'Alliance et du PS préfèrent fermer les yeux.
Pourtant, c'est bien en exploitant des centaines de salariés, comme n'importe quel autre patron, que la fortune d'un Issop Ravate et de sa famille a pu se constituer ; et non pas sur de bons sentiments !
Les employés du groupe Ravate ont certainement une autre opinion de leur défunt patron et de ses rejetons qui n'hésitèrent pas à utiliser, à l'occasion de grèves, les menaces et les gros bras pour casser leur mouvement.
Les pressions quotidiennes, sous couvert de paternalisme, étaient et sont toujours utilisées pour intimider les travailleurs. Quant aux militants CGTR du magasin But, au Butor Saint Denis, dont Ravate est actionnaire, et qui furent récemment menacés de licenciement sous de faux prétextes, ils n'eurent pas leur emploi sauvé par ce patron au grand cSur, mais parce que leurs camarades de travail avaient dit vouloir se mettre en grève.
Contre la privatisation d'EDF-GDF.
Nous reproduisons l'éditorial des bulletins d'entreprise de Lutte Ouvrière.
Malgré le mauvais jeu de mots de Sarkozy mettant en garde les travailleurs d'EDF de ne pas se "couper" de la population, les coupures de courant continuent. Et elles ne sont pas mal vues par la population ouvrière, surtout depuis qu'elles sont ciblées. Un jour, c'est une grande entreprise qui est privée d'électricité, un autre, c'est le compteur de Raffarin qui est démonté, sans parler des baisses de production, des occupations de postes de haute tension. Et comment ne pas être solidaire de ceux d'EDF lorsqu'ils remettent le courant à une famille démunie privée d'électricité ?
Comme d'habitude, ministres, politiciens ou journalistes aux ordres s'en prennent à ceux qui "prennent les usagers en otages". Mais ce sont en réalité les travailleurs d'EDF et, bien plus généralement, les usagers qui sont pris en otages et contraints de supporter les conséquences de la loi sur le changement de statut d'EDF-GDF. Car, si l'ouverture d'EDF et de GDF aux capitaux privés est un cadeau pour les futurs actionnaires qui pourront faire main basse sur les bénéfices de ces entreprises, les conséquences en seront néfastes pour les travailleurs comme pour les usagers.
Les travailleurs d'EDF-GDF craignent à juste titre que le changement de statut se traduise par des déqualifications, des suppressions d'emplois, une aggravation de leur régime de retraite, sinon pour l'effectif actuel, du moins pour les nouveaux embauchés. Quant aux usagers, les défenseurs du projet eux-mêmes reconnaissent que la concurrence ne se traduira pas par une baisse, mais au contraire par une hausse des prix.
Malgré l'hostilité des travailleurs de l'entreprise et de l'écrasante majorité de la population, le gouvernement engage un processus qui est le premier pas de la privatisation d'un service public. Ce qui est toujours une atteinte aux intérêts des classes populaires.
Preuve que le gouvernement n'est pas là pour représenter les intérêts de la majorité de la population, mais uniquement ceux d'une poignée de groupes capitalistes qui convoitent les bénéfices d'EDF-GDF.
Les intérêts privés mettent de plus en plus la main, ouvertement ou de façon déguisée, sur les aspects ou les secteurs rentables des services publics, quitte à les démolir, de la SNCF aux hôpitaux, en passant par la Poste, sans parler de la privatisation de la Snecma. Le maître d'oeuvre actuel de ces privatisations est le gouvernement Chirac-Raffarin. Mais comment ne pas se rappeler des privatisations du gouvernement Jospin ? Comment ne pas se rappeler ces ministres de gauche expliquant hypocritement que l'ouverture du capital ne signifie pas privatisation ? Les travailleurs de France Télécom savent aujourd'hui ce qu'il en est !
Alors, oui, les travailleurs d'EDF-GDF ont raison de ne pas se laisser faire et de montrer au moins qu'ils sont opposés au projet que le gouvernement est en train de faire voter par le Parlement.
Mais le changement de statut d'EDF-GDF s'intègre dans une politique bien plus générale, s'en prenant aux conditions d'existence des travailleurs pour faire des cadeaux au grand patronat et aux possédants. Aucune catégorie de travailleurs n'est à l'abri de l'offensive et aucun statut ne protège réellement les salariés.
Pour arrêter cette offensive, il faudra que les travailleurs s'engagent dans une lutte générale de toutes les catégories et se fixant pour objectif aussi bien l'interdiction des licenciements, le rattrapage du pouvoir d'achat, le refus des attaques contre l'assurance maladie que l'arrêt des privatisations et le rétablissement des services publics. Le rôle des grandes organisations syndicales devrait être de préparer cette perspective et de ne pas se contenter de réclamer des négociations qui, lorsqu'elles sont acceptées, ne servent en général qu'à faire cautionner par les directions syndicales les mauvais coups contre le monde du travail.
Ce que l'on peut souhaiter, c'est que la résistance de ceux d'EDF-GDF encourage tous les travailleurs de ce secteur et au-delà et redonne confiance et espoir à l'ensemble du monde du travail.