Site régional
mis à jour le 01/09/2005
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2005
Dans ce numéro
Version imprimable de la page
Baroin fait son Sarkozy.
Revenant d'une tournée dans les départements et les territoires d'outre-mer, François Baroin, ministre en charge des DOM-TOM, propose des mesures brutales pour remédier à l'immigration clandestine qui, d'après lui, serait un fléau majeur de ces régions. Il faudrait, avance-t-il, " envisager de remettre en question le droit du sol pour certaines collectivités d'outre-mer aux politiques de peuplement non maîtrisées. "
Le ministre s'est plu à souligner que, dans l'île de Mayotte ou en Guyane, plus d'un habitant sur quatre serait un étranger en situation irrégulière, donc contraint, pour subvenir à ses besoins, de travailler clandestinement pour le plus grand profit des patrons locaux.
Et Baroin de stigmatiser " le travail clandestin, qui est une forme moderne de l'esclavage ". Mais quelles mesures entend-t-il prendre pour faire cesser ce scandale et arracher ces travailleurs sans protection ni recours légaux à la rapacité patronale ? Aucune ! Par contre il entend rendre encore plus difficile la vie de ces familles en suggérant de "modifier ou de suspendre temporairement certaines règles relatives à l'acquisition de la nationalité française. Par exemple, poser la règle de la régularité du séjour des parents comme condition pour l'accès ultérieur des enfants à la nationalité française ".
Baroin abuse l'opinion en laissant croire qu'il suffit qu'un enfant naisse sur le territoire français pour qu'il acquière automatiquement la nationalité française. La loi est en fait plus tatillonne et restrictive.
Un jeune né de parents étrangers sur le territoire français ne devient français qu'à l'âge de dix-huit ans, à condition d'avoir résidé cinq années consécutives en territoire français après l'âge de onze ans. S'il remplit ces conditions, il peut faire une demande de naturalisation dès l'âge de seize ans, ou ses parents peuvent le faire en son nom lorsqu'il a treize ans révolus.
Nous sommes donc loin de la nationalité française accordée automatiquement dès l'instant où une naissance a eu lieu en France. Baroin sait tout cela, comme il sait que les nouvelles mesures restrictives qu'il propose pour accéder à la nationalité française ne règleront pas les problèmes découlant de l'immigration clandestine. Celle-ci a bien d'autres causes, profondes et dramatiques. Tout au plus imposera-t-il encore davantage de tracasseries administratives et d'humiliations à cette fraction de la population que la misère et l'insécurité poussent à chercher refuge dans des pays qui sont loin d'être des paradis pour eux, mais qui leur permettent d'échapper à pire.
Rendre les victimes responsables de leur malheur et des difficultés de vie de ceux qui sont à peine mieux lotis qu'eux est une constante des gouvernants, même ceux de gauche qui aujourd'hui, dans l'opposition, s'indignent des propos démagogiques de Baroin, mais qui hier, aux affaires, n'hésitaient pas à emboîter le pas à la droite sur ce terrain.
Chevènement, qui fut ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Jospin et longtemps dirigeant du Parti Socialiste, a même donné son nom à une loi aux relents xénophobes qui s'inscrivait dans la continuité de la loi Pasqua.
Les militants des différentes organisations agissant au sein de la classe ouvrière doivent prendre clairement position contre tous ces propos xénophobes et contre le facteur de division et d'affaiblissement qu'ils représentent pour les travailleurs. Ils doivent réclamer que tous les travailleurs, quelles que soient leurs origines, puissent être traités, payés, protégés socialement comme n'importe quel travailleur de Mayotte, de Guyane, de Guadeloupe ou d'ailleurs.
Il ne s'agit pas seulement d'une élémentaire attitude de dignité humaine. Mais aussi d'une attitude défendant les intérêts fondamentaux des travailleurs. De tout temps, il s'est trouvé des démagogues pour tenter de diviser les rangs des travailleurs en agitant des préjugés d'origine ethnique ou nationale. Et il a toujours été nécessaire, pour ceux qui se réclament de la lutte de la classe ouvrière, de combattre de telles tentatives et d'engager les travailleurs à ne pas se laisser abuser et diviser.
Le scandale du logement.
L'association Momon Papa Léla et une dizaine de familles sans logements ont, tour à tour, occupé symboliquement une maison de fonction non habitée à La Montagne, destinée aux cadres de la Cinor, l'hôtel Armony à Saint Benoît et des logements sociaux vides à La Rivière du Mât. Ils ont voulu, par leurs actions, protesté une nouvelle fois contre le manque de logements à La Réunion, en particulier pour les plus pauvres.
Apostrophés par l'association, la présidente du Conseil général, Nassimah Dindar, ainsi que plusieurs maires, n'ont rien fait d'autre que de décrire une situation préoccupante, pour ne pas dire alarmante.
Il y aurait 25 000 demandes de logements sociaux en souffrance. Autrement dit, 80 000 personnes seraient dans l'attente d'un logement, c'est-à-dire plus de 10 % de la population.
Depuis plusieurs années déjà, tout le monde s'accorde à dire qu'il faudrait construire 10 à 12 000 logements par an pour satisfaire les besoins de la population. Mais chaque année, on en construit à peine 4 000.
Et même si aujourd'hui Nassimah Dindar fait mine de s'insurger contre des propriétaires et des promoteurs immobiliers qui profitent des mesures de défiscalisation, contenues dans la Loi Programme, en faisant construire des immeubles haut de gamme ou des bureaux, qui restent inoccupés, elle n'est pas exonérée de ses responsabilités. D'autant que les mesurettes qu'elle propose sont ni plus ni moins des aides destinées à ceux-là mêmes qui sont la cible de son dernier courroux !
Elle propose, en effet, de céder ou de vendre à bas prix aux promoteurs des terrains dont la collectivité est propriétaire. En contrepartie, ceux-ci devront vendre les logements à des prix modérés. Autres mesures, verser aux propriétaires-bailleurs 6 000 euros par logement construit dans la limite de 1 000 logements, ou bien encore, les soutenir à hauteur de 20 % pour l'acquisition du foncier.
La « chasse » aux logements vides préconisée par la présidente du Département consiste donc à aider les propriétaires des locataires aux frais du département et donc des contribuables.
Ce n'est donc pas demain la veille que les jeunes qui désespèrent chez leurs parents, que les occupants de maisons insalubres ou les personnes sans logis auront un toit digne de ce nom. Dans de telles conditions, rien d'étonnant à ce que certains ne peuvent se payer un loyer même en HLM, tombent dans les bras des marchands de sommeil sans scrupules qui se frottent les mains et remplissent leurs portefeuilles en faisant payer jusqu'à 450 euros par mois pour un taudis. D'autres encore squattent des locaux vides, souvent insalubres, mettant leurs vies en danger. Le récent incendie à Saint Pierre en est une malheureuse illustration.
Dans ce monde où les besoins ne sont pas pis en compte, où l'on ne construit que pour ceux qui ont les moyens de payer, il faudra bien que la population s'en mêle pour que de vraies mesures soient prises afin que personne ne reste « dann chemin ».