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mis à jour le 01/12/2005
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2005
Dans ce numéro
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Quelle que soit l'arène de leurs guerres, ce sont les travailleurs qui y meurent.
Deux des institutions du monde capitaliste viennent de terminer leurs réunions au sommet. Les 25 pays de l'Union européenne se sont mis d'accord sur un budget après trois mois de crise. L'Organisation mondiale du commerce (OMC), censée réglementer le commerce international, a accouché, à Hong Kong, d'un compromis entre les 149 pays qui la composent. Par delà leurs différences, les deux institutions ont pour but de faciliter le commerce international.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'économie est mondialisée et inter-dépendante. Pour ce qui est de la complémentarité des ressources naturelles, c'est vrai depuis des temps immémoriaux. Le dévelop-pement capitaliste a rendu les industries étroitement imbriquées d'un pays à l'autre. Chaque tra-vailleur sait que le processus de production dans lequel s'insère son entreprise traverse les frontières. Avant qu'une automobile, un poste de télévision, un moulin à café, soit livré au consommateur final, les travailleurs d'un grand nombre de pays auront participé à sa fabrication.
La mondialisation est poussée toujours plus loin du fait aussi bien du progrès technique, de la communication quasi-instantanée, de la rapidité des transports, que de la volonté des grands groupes capitalistes dont le terrain de chasse est de longue date le monde entier.
La mondialisation n'est pas un problème en lui-même, contraire-ment aux balivernes des démago-gues nationalistes. Elle est un fait. Et personne ne peut concevoir que, par exemple, chacune des 149 nations de l'OMC se dote d'une industrie aéronautique et même d'une industrie automobile. La mondialisation, sous la forme d'une coopération internationale visant à satisfaire au mieux les besoins de tous, est la seule base concevable du progrès de l'humanité.
Mais voilà, cette économie mondialisée est dominée par la con-currence, la compétition entre grou-pes capitalistes qui se mènent une guerre féroce avec l'aide de leurs Etats, non pas pour mieux satisfaire les besoins, mais pour rapporter le plus de profits à leurs actionnaires.
La fameuse "libre concurrence", à laquelle les dirigeants du monde capitaliste accordent toutes les vertus, est en fait la loi de la jungle où les forts écrasent impitoyable-ment les faibles. Les Etats-Unis comme l'Europe subventionnent leur agriculture en sachant sciem-ment que leur riz, blé, coton subventionnés écrasent l'agriculture des pays pauvres.
"Nos" dirigeants prétendent que cet "égoï sme national" est dans l'intérêt de "nos" paysans. Mais ce sont les grosses exploitations qui encaissent les subventions de la politique agricole commune -en Angleterre, c'est la reine elle-même- et c'est, en dernier ressort, l'industrie agroalimentaire qui en profite. Et lorsque l'Etat américain et les Etats européens marchent sur la libre concurrence pour aider leurs grandes entreprises indus-trielles, ce n'est pas pour "sauver l'emploi" mais pour augmenter les profits des actionnaires.
Un grand révolutionnaire du passé disait des capitalistes d'Europe que c'étaient des brigands enchaînés sur les mêmes chaînes. Aujourd'hui, c'est enchaînés les uns aux autres par la mondialisation qu'ils se mènent une guerre féroce pour le partage du profit, avec la peau de leurs travailleurs.
Mais le profit qu'ils se disputent vient de l'exploitation des travailleurs des pays riches comme des pays pauvres. Il vient des salaires insuffisants même en Occi-dent et qui, dans les pays pauvres, n'empêchent même pas de mourir de faim. Il vient du fonctionnement même d'une économie faite pour dépouiller ceux qui produisent, travailleurs mais aussi paysans pauvres, des fruits de leur travail, pour polariser entre les mains d'une petite minorité des richesses qui dépassent l'entendement.
Ce n'est pas "la faute à l'Europe" et à ses marchandages. Ce n'est pas la faute à l'OMC ni à telle institution du capitalisme. C'est la faute au capitalisme lui-même, à l'économie de marché, à la dictature des groupes capitalistes sur le monde. C'est à cela qu'il est nécessaire de mettre fin avant que la société humaine en crève.
Arlette Laguiller.
Leur histoire et la nôtre.
Lutte Ouvrière s'associe à toutes les protestations demandant l'abrogation de la loi reconnaissant le rôle positif de la colonisation française.
Pendant des mois, le gouvernement n'a pas été gêné par le fait que l'Assemblée ait adopté en février dernier cette loi. Mais dès que des Antillais se sont mobilisés contre la venue de Sarkozy, en lui reprochant entre autre chose cette loi et le refus de l'UMP dont il est le président de l'abroger, Villepin a fait un tout petit pas en arrière en déclarant que ce n'est pas à l'Assemblée d'écrire l'histoire. Il a été en cela suivi par Chirac, qui n'a tout de même pas été jusqu'à demander la suppres-sion de cette loi.
La majorité de droite est pourtant dans son rôle lorsqu'elle défend le passé colonial d'une bourgeoisie qu'elle représente encore aujourd'hui. Mais on peut aussi s'interroger sur la sincérité d'un Parti socialiste qui a mis neuf mois à découvrir ce que ce texte avait d'indécent, et qui surtout a été complice de toutes les guerres coloniales.
Ceux qui affichent leur solidarité avec les victimes d'hier, opprimées, exploitées, humiliées par des minorités esclavagistes puis colonialistes, ont d'autant plus raison de le faire que cela ne concerne pas que le passé. Car même si aujourd'hui certaines méthodes ont changé, il y a toujours des riches et des pauvres, des exploiteurs et des exploités, des oppresseurs et des opprimés.
Aux travailleurs de choisir leur camp et leur histoire.
Drame social.
Dimanche 11 décembre, lors d'une fête de fin d'année, un ex-travailleur des Brasseries de Bourbon a tiré sur des dirigeants de cette entreprise. Militant syndical, il avait été licencié en 2001. Cela faisait plus de 20 ans qu'il travaillait dans la même entreprise où, de par ses qualités humaines, il était apprécié de ses camarades. Le licenciement a acculé cet homme au désespoir ; un désespoir entre-tenu par un profond sentiment d'injustice et par l'isolement social dans lequel le mettait sa mise à l'écart du monde du travail.
Son geste fou a conduit à une catastrophe : un mort, des blessés, des personnes présentes (enfants et adultes) profondément choquées, et pour finir sa propre mort puisqu'il a lui-même été tué par la police.
Certes, on ne peut que condamner un tel geste. Mais cela ne suffit pas. Encore faut-il que la condamnation tienne aussi compte de tout ce qui a pu conduire à l'acte.
Nous vivons dans un monde difficile, parfois inhumain, fait d'une multitude d'humiliations et d'injustices dures à supporter par ceux qui les subissent. Et ceux qui les subissent sont toujours les plus pauvres, les plus démunis. Alors, il y en a parfois assez, et sans que l'on sache toujours quelle goutte a fait déborder le vase, la colère et la haine débordent mais pas de la façon la plus juste et la plus utile au camp des opprimés.
Si ce qui s'est passé salle Candin a bouleversé beaucoup de monde, c'est aussi parce que nombreux parmi nous sont ceux qui peuvent témoigner de l'extrême souffrance des travailleurs qui n'arrivent pas à s'en sortir malgré le travail harassant qu'ils sont obligés de fournir, ou qui voient leur vie brisée par un licenciement. Comme toujours après un tel drame la question "comment éviter cela ?" est posée sans qu'aucune réponse ne puisse être apportée, si ce n'est de dire que seule une société plus juste, faite de respect et d'égalité, pourrait apporter à tout un chacun cet équilibre parfois difficile à trouver dans notre monde d'oppression et d'exploitation.