À propos du 20 décembre 1848.
C'est avec une unanimité dont il faudrait se méfier qu'est célébré chaque 20 décembre l'anni-versaire de l'abolition de l'esclavage, survenue en 1848. Mais quoi qu'en disent aujourd'hui les représentants des classes dominantes, qui ont le culot de parer les décisions du passé d'ornements idéalistes, celles concernant l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises n'ont pas été dictées par des décisions humanitaires.
Outre le fait que l'esclavage était alors devenu économiquement dépassé, il fallut surtout le contexte d'une révolution en France, celle de 1848, pour qu'une décision de principe soit prise le 4 mars, qui proclamait que : " Nulle terre française ne peut plus porter des esclaves. " Mais ce ne fut que le 27 avril que le gouvernement décréta l'abolition effective de l'esclavage... à Paris. A la Réunion, son abolition définitive n'est intervenue que le 20 décembre.
Si les planteurs et l'administration n'étaient pas pressés, les esclaves, eux, ne voulaient pas patienter. Certains d'entre eux se soulevèrent, comme à la Martinique le 22 mai. Le lendemain, le gouverneur proclama sans plus attendre que l'esclavage était aboli.
À la Réunion, il n'y eut aucun soulèvement, ce qui laissa plus de temps aux colons et au nouvel administrateur pour faire patienter les esclaves, prévoir les indemnisations des propriétaires et promulguer quatre jours après le décret annonçant l'abolition de l'esclavage, un second décret instituant le travail obligatoire pour tous les affranchis, dorénavant contraints de contracter des engagements.
Les possédants savaient que l'esclavage aboli, leur système d'exploitation se maintiendrait sous d'autres formes. Mais si le combat pour l'émancipation n'a pas pris fin le 20 décembre 1848, les changements importants survenus alors avaient montré que le sort des esclaves réunionnais avait été lié à celui des révolutionnaires parisiens et à celui de leurs frères des Antilles, sans lesquels le 20 décembre n'aurait certainement pas eu lieu.
Aujourd'hui il en est de même. Le sort des travailleurs réunionnais est lié à celui de ses alliés naturels : les travailleurs de France et ceux du monde entier. C'est dire que tous ceux qui veulent nous enfermer dans une prétendue spécificité réunionnaise voudraient en fait nous couper des solidarités qui seront nécessaires à notre émancipation.