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mis à jour le 01/02/2007
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2007
Dans ce numéro
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Des phrases creuses pour les uns, des espèces sonnantes pour les autres.
À l'approche de chaque élection présidentielle, les candidats de droite redécouvrent l'existence des travailleurs, histoire d'essayer de glaner quelques voix de ce côté-là. En 1995, Chirac avait placé sa campagne sous le signe de la lutte contre la "fracture sociale"... et une fois élu avait chargé son premier ministre de mener une attaque en règle contre le monde du travail, la sécurité sociale et les retraites.
Aujourd'hui, Sarkozy fait mine de découvrir, comme s'il n'était pas ministre depuis cinq ans, que le niveau de vie des salariés est insuffisant et prétend défendre la "valeur travail". Mais derrière ces discours hypocrites, il y a seulement "pour gagner plus il faut travailler plus", ce que Sarkozy appelle le "libre choix".
Mais les salariés à temps partiel imposé, l'immense majorité des 800 000 hommes et des 3 500 000 femmes qui travaillent a temps partiel, n'ont pas le "libre choix". Et ils sont d'autant plus nombreux que la loi, en accordant des exonérations de cotisations sociales à leurs employeurs, encouragent ces derniers à utiliser largement cette formule.
"Travailler plus pour gagner plus", c'est injurier les travailleurs qui, sur les chaînes de montage ou les chantiers, sont brisés par des cadences de travail insupportables, et tous ceux qui croulent, même dans les hôpitaux, les administrations et les bureaux, sous des surcharges de travail.
La semaine dernière, ce sont les enseignants qui ont eu droit à la sollicitude de Sarkozy, qui a reconnu que "leur pouvoir d'achat s'est dégradé" et a promis que s'il était élu, il leur rendrait "la considération qui leur est due" et revaloriserait leur carrière. Comme si lui, Sarkozy, n'était pas ministre d'un gouvernement qui ferme des écoles, qui supprime des milliers de postes d'enseignants, au détriment, non seulement de ceux-ci, mais de tous les enfants mal scolarisés.
En revanche, quand il s'agit des plus riches, grands et petits, Sarkozy sait faire des promesses précises. Aux travailleurs, il demande de faire des heures supplémentaires... si leur patron le veut bien. Mais aux patrons il promet qu'ils n'auront même pas de majoration à payer sur celles-ci. Entre Chirac et lui, c'est à qui promettra le plus aux riches : diminution de l'impôt sur les bénéfices des sociétés, suppression des droits de succession, mise en place d'un "bouclier fiscal" destiné à limiter ce que les plus riches auraient à payer. Et les bénéficiaires peuvent avoir confiance, parce que c'est déjà la politique menée depuis des années.
Oui, on ne peut que souhaiter que cette droite aussi effrontément au service des possédants reçoive lors de l'élection présidentielle la réponse qu'elle mérite de la part des électeurs populaires.
Mais la candidate du Parti socialiste, Ségolène Royal, est bien loin de s'engager à annuler toutes les mesures prises depuis cinq ans par la droite au gouvernement. Et ce n'est pas surprenant, parce que les aides de plus en plus importantes accordées aux entreprises sans contrepartie en matière de création d'emplois, les attaques contre la sécurité sociale, le gouvernement socialiste en a été aussi largement responsable. Le Parti socialiste au gouvernement entre 1997 et 2002, n'a rien fait pour revenir sur les décisions prises par son prédécesseur de droite.
Alors il faut qu'en avril prochain, au premier tour de l'élection présidentielle, les travailleurs rejettent cette droite qui mène une politique ouvertement au service des plus riches, mais en même temps qu'ils affirment qu'ils ne font pas confiance à Ségolène Royal pour mener une autre politique, et qu'elle devra tenir compte du mécontentement accumulé depuis des années au sein des classes populaires.
C'est pour permettre à l'électorat populaire de rejeter la droite, mais aussi de dire sa méfiance envers les politiciens de gauche qui ont gouverné la moitié du temps depuis l'élection de Mitterrand en 1981, que mon parti, Lutte Ouvrière, me présente à cette élection.
Arlette Laguiller.
Démoustication = danger.
Depuis la fin de l'épidémie de chikungunya, une équipe d'une douzaine de personnes, employées par la DRASS, continue d'effectuer les opérations de démoustication, autrement dit d'aspersion la nuit des produits insecticides, qui ne sont pas sans danger pour ceux qui les manipulent.
Dans les heures qui suivent les aspersions, les agents souffrent parfois de maux de tête, de troubles intestinaux et de douleurs articulaires. Ils opèrent par deux, entre minuit et quatre heures du matin au moyen d'un 4x4 sur lequel est monté un pulvérisateur commandé depuis la cabine et qui diffuse de la K-Othrine diluée dans un solvant pétrolier.
Le produit, théoriquement diffusé à environ cinq mètres de hauteur n'est pas censé les atteindre mais il suffit qu'il y ait un peu de vent, ou que les agents soient obligés de faire demi-tour quand ils se trouvent dans une impasse, pour qu'ils se retrouvent face au nuage. Le simple masque à une cartouche s'avère alors inefficace et laisse passer le produit. À maintes reprises, les salariés ont demandé à leur direction des masques à deux cartouches, mieux adaptés à ce type de travail, comme ceux qu'avaient utilisé les militaires quand ces derniers participaient à la démoustication, au plus fort de l'épidémie. Leurs demandes sont restées vaines, tout comme est restée sans réponse leur demande d'être formé au réglage et au calibrage de la machine à pulvériser. Un minimum de formation aurait peut-être évité que l'un d'eux se prenne le produit en pleine figure alors qu'il inspectait une machine qui ne démarrait pas.
Les opérations de démoustication qui ont lieu presque toutes les nuits se passent aujourd'hui dans l'indifférence. On est loin des polémiques qui faisaient rage sur l'utilisation des divers produits possibles, entre les partisans des produits bio et les défenseurs d'autres types de produits, que les premiers jugeaient plus agressifs. Toujours est-il que seuls les militaires ont pu utiliser le BTI, un produit jugé comme étant le moins nocif.
Dans quelques temps, les démoustiqueurs au nombre de seize vont perdre leur emploi. Un Groupement d'intérêt public où ils doivent être intégrés a été mis en place. Seulement, le recrutement s'est fait sur concours. Et alors qu'ils font ce travail depuis des mois, ils ont dû passer des épreuves écrites largement au dessus de leurs capacités. Aucun d'entre eux n'a été admissible.
Il n'y a pas que le moustique qui pique.
Grands travaux et profits patronaux.
(Communiqué de Lutte Ouvrière du 21 janvier 2007 à propos des grands travaux)
Les grands travaux conduits ou initiés par la Région aboutiraient à l'instauration d'un péage sur la future route du littoral. Les plus de 50 000 automobilistes qui emprunteront chaque jour cette voie seront rackettés car il faudra bien, nous dit-on, financer les coûteux travaux. Coûteux, oui, mais bien moins que la construction prévue de quatre nouveaux sous-marins nucléaires qui, eux, n'auront aucune utilité sociale mais pour lesquels l'Etat a trouvé sans problème les financements.
Mais dans cette affaire, ce qu'ils voudraient aussi nous obliger à payer, c'est leur politique d'abandon qui dure depuis des décennies, en particulier en ce qui concerne les transports publics. Le train, construit à la fin du XIX° siècle n'aurait jamais dû être abandonné mais au contraire rénové et développé.
Et puis, s'il est vrai que les travaux coûteront chers, c'est aussi parce que les grandes entreprises qui les conduiront s'en mettront plein les poches. C'est pourquoi, il est plus qu'urgent que ce soit l'Etat et les principales collectivités territoriales qui prennent directement en charge et à prix coûtant tous les travaux nécessaires à la population, que ce soit dans le domaine routier, les transports publics ou le logement où les besoins sont tellement importants. La construction doit être considérée comme un véritable service public et non servir de vache à lait à quelques grands groupes capitalistes pour lesquels l'Etat et la Région sont de surcroît prêts à racketter les usagers, c'est-à-dire principalement les travailleurs.
Ma seule préoccupation, l'intérêt des travailleurs.
Nous publions ci-après une déclaration d'Arlette LAGUILLER adressée aux travailleuses et aux travailleurs de La Réunion.
Pas plus que la France métropolitaine, la Réunion, comme tous les autres départements d'Outre-mer, n'échappe à l'opposition entre une minorité de possédants qui monopolisent les richesses et la classe qui n'a que son travail pour vivre.
Pour tous les actes de la vie économique, il faut des travailleurs. Des planteurs, des ouvriers agricoles pour cultiver les terres, des ouvriers dans les usines sucrières, dans le bâtiment et d'autres pour charger et décharger les marchandises au Port. Il faut des employés pour faire fonctionner les transports collectifs, encore trop peu nombreux il est vrai dans votre île. Les hyper et supermarchés qui font la richesse de grands groupes capitalistes, ne pourraient fonctionner sans les caissières, les magasiniers et les manoeuvres. Que seraient tous les services publics sans les employés qui y travaillent, les nombreuses banques, les compagnies d'assurance, ainsi que toute l'industrie touristique ?
Pour être peu nombreuse, la bourgeoisie réunionnaise, qu'elle soit d'ascendance créole ou originaire de l'Hexagone, est avide dans l'exploitation. Elle mène une guerre permanente contre les travailleurs, contre leurs conditions de travail et leur niveau de vie. Elle est toujours à l'affût pour bafouer ce qui, dans la législation sociale, protège les travailleurs et leur dignité. Et bien, dans cette lutte de classe, je suis sans réserve du côté des travailleurs lorsqu'ils revendiquent le droit à des salaires corrects, lorsqu'ils refusent les licenciements et lorsqu'ils cherchent à faire prévaloir leurs droits et leur dignité face à l'arrogance patronale.
Dans ma campagne électorale.
Ma campagne électorale est dans la continuité de ma politique : faire prévaloir les intérêts politiques et matériels du monde du travail. Le chômage, les licenciements, la précarité, la dégradation des conditions d'existence et de travail que je dénonce concernent évidemment le département de la Réunion autant, et plus même, que ceux de la métropole. Car le chômage y est plus élevé, la précarité plus générale, les salaires de la plupart des catégories sont plus bas, alors que les prix y sont plus élevés.
Juridiquement, la Réunion, comme les autres départements d'Outre-Mer, sont des départements français mais des départements qui, du point de vue social, sont moins égaux que d'autres. Il aura fallu attendre plus de quarante ans, après que la départementalisation ait été décidée, pour que le montant des allocations familiales soit aligné sur celui de la France et plus d'un demi-siècle pour que le Smic et le RMI le soient aussi.
En finir avec ce mal qui ronge toute la société.
Il n'est pas normal qu'une fraction aussi importante du monde du travail soit réduite au chômage et obligée de vivre du RMI. Plus de 100 000 chômeurs, 73 000 Rémistes, ce n'est pas humainement acceptable. Les besoins de la population étant fort nombreux, les emplois nécessaires à les satisfaire devraient l'être tout autant. Rien que dans le domaine des équipements, de la santé, de l'éducation, des transports collectifs et, de façon plus générale, dans tous les services publics, les insuffisances sont criantes.
Beaucoup parmi les classes populaires sont mal logés. Il manque à la Réunion des dizaines de milliers de logements sociaux, et si l'on construit dans votre île c'est, dans le cadre de la défiscalisation, uniquement pour les catégories sociales les plus aisées. C'est pourquoi, la construction doit être considérée comme un véritable service public. Il est plus qu'urgent que ce soit l'Etat et les principales collectivités territoriales qui prennent directement en charge, et à prix coûtant, tous les travaux nécessaires à la population, que ce soit dans le domaine routier, dans les transports collectifs ou bien encore dans celui du logement, là où les besoins sont tellement importants.
Il faudrait donc embaucher dans tous ces secteurs utiles à la collectivité. Mais comment financer ces emplois ? Et bien, en prenant l'argent là où il est, dans les poches des classes riches. Il faut augmenter les impôts sur les profits et sur les revenus des plus riches justement. Au-dessus d'un certain seuil, les impôts sur le revenu doivent être fortement progressifs. Il faut aussi imposer les profits boursiers et tous les profits spéculatifs, ceux tirés en particulier de la sphère immobilière. Il faut rétablir l'impôt sur les bénéfices au moins à ce qu'il était il y a trente ans sous Giscard, c'est-à-dire à 50 % au lieu de 35 % aujourd'hui. Il faut supprimer aussi toutes les niches fiscales dont se nourrissent les nantis. C'est donc sur l'argent accumulé par la classe bourgeoise, grâce à l'exploitation ou grâce aux cadeaux reçus des fonds publics, qu'il faut prendre, et pas dans la poche des plus pauvres.
Si la droite actuellement au gouvernement et si la gauche socialiste qui aspire à la remplacer voulaient vraiment trouver les financements nécessaires, la solution serait à portée de leurs mains. Les aides publiques aux entreprises se sont montées à 65 milliards d'euros ; alors, si cette somme était consacrée à construire des logements, en deux ans toutes les demandes pourraient être satisfaites.
Dans les départements d'Outre-mer comme dans l'hexagone je défends aussi, vous le savez, l'objectif de l'interdiction des licenciements collectifs sous peine de réquisition des entreprises qui ne respecteraient pas cette interdiction. Mais la défense des emplois existants et la création de nouveaux emplois utiles à la population posent tout naturellement la question de savoir qui contrôle les secteurs décisifs de l'économie : les grandes entreprises agro-alimentaires, industrielles, commerciales et bancaires.
Il faut un contrôle sur l'économie.
Ce contrôle est une préoccupation pour beaucoup d'entre vous. Depuis des mois, nombreux sont ceux qui demandent que soit mis en place un Observatoire des prix et des revenus. Mais pour qu'un tel organisme puisse être utile et aider les travailleurs, il faudrait qu'il soit bien différent de celui qui est proposé. Il ne suffit pas, en effet, de demander au gouvernement de le constituer et de le concevoir comme un organisme paritaire, avec des représentants patronaux et des membres désignés par l'Etat. Sous cette forme, ce serait un " machin " de plus, aussi inutile qu'inefficace. Un observatoire utile aux travailleurs devrait au contraire être un organisme composé par les travailleurs eux-mêmes ainsi que par la population, et qui se donnerait pour tâche non seulement d'observer mais aussi de contrôler tous les aspects de la vie économique et sociale, tant dans le domaine du travail et de la production que dans celui de la consommation ou encore de la santé. Les associations, les syndicats, les travailleurs eux-mêmes auraient les moyens matériels et surtout humains de mettre en place un tel organisme et de faire en sorte qu'il mette son nez partout où des décisions pourraient être prises, qui concerneraient les travailleurs et la population. Durant la crise sanitaire du chick, il aurait été par exemple bien utile que la population se mêle d'un peu plus près de la politique sanitaire qui était alors menée, ou plutôt mal menée.
On ose souvent affirmer que les départements d'Outre-mer sont des départements assistés, en évoquant le nombre de ceux qui vivent grâce au RMI. Eh bien, si les mouvements de capitaux entre les département d'Outre-mer et la métropole étaient transparents, si la population pouvait vérifier qui sont les principaux bénéficiaires des transferts d'argent en direction des départements d'Outre-mer, on se rendrait compte que les assistés ne sont pas à rechercher parmi la population laborieuse, mais parmi la bourgeoisie et plus encore parmi les groupes capitalistes de l'agro-alimentaire, de la grande distribution ou des banques de la France métropolitaine.
Le programme que j'avance dans ces élections, personne d'autre ne le défend. Tous vous parleront des intérêts de la France ou de ceux de la Réunion en omettant volontairement de dire que la France ou la Réunion ne sont pas des entités indifférenciées. Ni en France ni à la Réunion on ne peut mettre dans le même sac les grands capitalistes et l'ensemble des travailleurs.
Pour ma part, je chercherai dans cette campagne à faire prévaloir les intérêts des travailleurs, en entendant par là tous ceux qui vivent de leur travail, même si l'organisation sociale actuelle les en a privé.
Arlette Laguiller.
La visite de Sarkozy, mais qui sont les véritables assistés ?
Lors de son passage à la Réunion les 16 et 17 février, Sarkozy a réaffirmé son soutien sans faille aux riches et aux patrons. Pour la population par contre, pour les travailleurs, les chômeurs, les jeunes, il n'y avait strictement rien dans ses propos, si ce n'est quelques paroles condescendantes, voire méprisantes.
"L'avenir n'est pas au RMI" a osé poursuivre Sarkozy, comme si les 73 000 allocataires que compte l'île se délectaient de la difficile situation dans laquelle ils se trouvent, comme si les travailleurs étaient, eux, responsables du sort qui leur est fait. Mais qui payent les bas salaires, qui aggrave les conditions de travail et leur intensité, qui n'embauche pas autrement qu'au compte-gouttes et en contrats précaires et sous-payés, qui jette les travailleurs au chômage, au RMI, dans la misère ? Qui d'autre que ces patrons auxquels Sarkozy est venu apporter appui et assistance ?
Car pour eux, le candidat de l'UMP n'a pas lésiné. Il a bien entendu confirmé que le régime de défiscalisation outre-mer serait conservé, mais pas seulement. Pour faire bonne figure, il a plaidé pour l'instauration de zones franches globales dans les DOM, qui devraient concerner les nombreuses entreprises déjà fiscalement aidées par la loi programme pour l'Outre-mer. Dans le même registre, Sarkozy s'est dit également favorable à la mise en place d'un système d'exonération des droits de douane pour les matières premières et les produits semi-finis, ainsi qu'à un nouveau mécanisme de crédit d'impôt, qui concernerait les entreprises tournées vers l'exportation.
Et après cela, après avoir gavé le patronat et les riches de cadeaux fiscaux de toute sorte, Sarkozy ose parler des assistés en pointant du doigt les quelques aides difficilement octroyées à ceux qui n'ont rien et que le système laisse sur le bord du chemin.
Sarkozy-Vergès, je t'aime, moi non plus.
Rien de ce qu'a pu dire et proposer Sarkozy lors de sa venue n'a semblé heurter le Parti communiste réunionnais, du moins ses principaux dirigeants, dont aucun n'a émis la moindre critique à l'égard du représentant de l'UMP, en particulier pas Vergès, président de la Région Réunion.
Entre les deux hommes les relations semblent avoir été apaisées. Oubliés les propos tenus par un Sarkozy, il y a deux ans, affirmant que "la Réunion ne peut être représentée par un parti communiste, fût-il réunionnais". Aujourd'hui, vis-à-vis de Vergès le ton est tout autre. Sarkozy dit plutôt ne pas craindre "d'imaginer des ouvertures politiques avec tous ceux qui, par leur intelligence et leur pragmatisme, peuvent servir l'intérêt général" ; l'intérêt général se confondant évidemment ici avec l'intérêt qu'a Sarkozy d'être élu.
La Réunion, avec ses presque 800 000 habitants, dont la moitié sont inscrits sur les listes électorales, vaut bien une accolade appuyée donnée à un Vergès consentant. D'autant que ce dernier représente tout de même le parti le plus influent de l'île. Et pour Sarkozy le geste était d'autant plus tentant qu'il savait fort bien que Vergès n'avait pas hésité, lors des élections présidentielles de 1995, à appeler à voter pour les "candidats de l'égalité" au nombre desquels il avait rangé Chirac.
De son côté, Vergès a oublié toutes les critiques formulées en 2004 à l'encontre du gouvernement Raffarin -Sarkozy et au "vote sanction" auquel il appelait alors l'électorat réunionnais. Depuis, d'importantes subventions sont arrivées pour la route du littoral et le tram-train, qui ont laissé Vergès dans un état d'indécision tel qu'il n'a pas encore annoncé le nom du candidat qu'il soutiendra à l'élection présidentielle. Dans le journal du PCR, les éloges à Sarkozy n'ont pas manqué non plus : un "homme à forte capacité de séduction", qui "sait évoluer" qui tient des "propos qui élargissent les horizons d'une classe politique trop majoritairement, hélas, enlisée dans des ambitions personnelles" (Témoignages du 17 février 2007).
Ne se fait-on pas les amis qu'on mérite ?