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mis à jour le 01/03/2007
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2007
Dans ce numéro
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Airbus, Sarkozy, Royal et cie bavardent, les patrons licencient.
Pendant que les stars de cette campagne électorale, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, et le second rôle François Bayrou amusent la galerie avec leurs programmes et s'empaillent sur le chiffrage des coûts, deux conseils d'administration de grandes entreprises Airbus et Alcatel-Lucent, viennent de montrer qu'ils sont les véritables patrons, et pas seulement de leurs entreprises, mais de toute l'économie
Airbus vient d'annoncer qu'il a l'intention de supprimer 10 000 emplois, dont 4 300 en France. Six usines sont menacées de fermeture, dont deux en France.
Airbus, ce n'est pas une petite entreprise au bord de la faillite. C'est un grand groupe industriel qui fait du profit et qui distribue des dividendes à ses actionnaires privés, Lagardère en tête, une des plus grandes fortunes du pays.
Les dirigeants eux-mêmes reconnaissent que les retards de livraison à l'origine des problèmes de l'entreprise sont dus à des erreurs de coordination au niveau des différentes directions.
Les travailleurs n'y sont pour rien et ce n'est pas à eux de payer, et de payer doublement. Parce que paieront ceux dont la direction supprime l'emploi, mais tous les autres paieront aussi par l'augmentation de leur charge de travail.
La direction a profité des problèmes qu'elle a elle-même créés pour prétendre que, pour sauver l'entreprise, il n'y a pas d'autre moyen que de faire faire plus de travail avec moins d'effectif.
Devant l'annonce du plan de licenciements d'Airbus, la première réaction de Sarkozy a été d'affirmer que " le problème d'Airbus réside dans le manque d'actionnariat industriel ", mettant en cause le fait que l'État y est présent.
Comme si au même moment qu'Airbus, il n'y avait pas de licenciements dans cette entreprise du privé qu'est Alcatel-Lucent et qui annonce la suppression de 12 500 emplois, dont 1 468 en France. Comme si, ce lundi même, Streiff, le nouveau patron du trust Peugeot-Citroën, n'avait pas annoncé qu'il procédera lui aussi à une baisse des effectifs de son entreprise. Mais, pour Sarkozy, porte-voix du grand patronat, l'État n'a pas à se mêler des décisions des conseils d'administration qui doivent rester souverains pour décider ce qu'ils veulent et donc licencier.
Quant à Ségolène Royal, elle prétend prendre la tête d'une " riposte sociale ". Elle propose que les régions entrent dans le capital d'Airbus, un peu comme cela se pratique en Allemagne où les régions, les Länder, ont une part dans le capital de cette entreprise. Mais leur présence n'a pas empêché Airbus de licencier aussi en Allemagne !
En outre, si Ségolène Royal veut que les régions, voire l'État, entrent dans le capital d'Airbus, demande-t-elle aux capitaux privés, notamment ceux de Lagardère, d'en sortir ? Et si oui, à quel prix ?
Que l'argent public des régions vienne s'ajouter aux capitaux privés d'Airbus ou qu'il serve à racheter à prix élevé les actions de Lagardère, dans les deux cas, cet argent viendrait au secours du capital privé, sans même que ce soit une garantie pour les travailleurs que les emplois seront préservés.
Mais on n'a pas entendu Ségolène Royal affirmer clairement que, si elle est élue, elle s'opposera à toute suppression d'emploi chez Airbus. Le promettrait-elle qu'il faudrait veiller à ce qu'elle tienne sa parole, mais elle ne le promet même pas !
Ces suppressions d'emplois, c'est un gâchis humain et économique qui illustre le fonctionnement aberrant de ce système économique. Cela illustre aussi l'impuissance des dirigeants de l'État et leur refus de s'opposer aux grands groupes dont la décision de fermer une usine est une catastrophe pour les travailleurs jetés à la porte et pour toute la société.
Arlette LAGUILLER.
Après le passage de Gamède.
(Communiqué de Lutte Ouvrière du 05 mars 2007)
Le cyclone Gamède a causé de gros dégâts et dommages. Si un tel phénomène météorologique est somme toute assez fréquent dans la région, ses effets ne doivent pas tous être mis sur le compte de la fatalité.
Plus de 100 000 foyers ont été privés d'électricité et autant d'eau potable. De nombreuses routes principales et secondaires ont été coupées. Les conséquences auraient-elles eu autant d'ampleur si les arbres ou les branches qui ont cassé les fils électriques avaient été élagués suffisamment à l'avance et si le réseau électrique avait été régulièrement inspecté par EDF, comme cela se faisait auparavant ? Il faudrait du personnel en nombre plus important, ce à quoi se refuse EDF, alors même que les abonnés ont nettement augmenté ces dernières années.
Combien de ravines ou de rivières auraient dû être endiguées pour éviter qu'elles ne débordent ou ne sortent de leurs lits, mettant en péril des habitations ? Des enveloppes budgétaires existaient pour cela mais elles n'ont pas été utilisées. Même le président de la Région l'a reconnu.
Aujourd'hui, les autorités font mine de découvrir " des retards dans les infrastructures " ; retards qui sont dus à des responsabilités humaines et pour lesquels il ne suffit pas d'invoquer les fureurs de la nature.
Gamède a également contraint plusieurs dizaines de milliers de travailleurs à ne pas se rendre sur leur lieu de travail. Des entreprises seront sans doute indemnisées pour leurs pertes ou bien elles pourront faire jouer leurs assurances. Mais qui indemnisera les travailleurs ? Dans le BTP, par exemple, les patrons locaux ne cotisent pas à la Caisse nationale pour les intempéries, sous prétexte qu'il n'y en a pas beaucoup à la Réunion ! Alors, les ouvriers de ce secteur qui le peuvent, devront prendre sur les RTT ou sur leur quota d'heures supplémentaires pour ne pas perdre une partie de leur salaire.
Baroin, le ministre de l'Outre-mer, est venu dire qu'il fallait " faire jouer la solidarité ". Mais en guise de solidarité, pour les travailleurs il n'y a que du vent !
Grands mots et absence de mesures.
En annonçant son programme, Ségolène Royal a dénoncé le " règne sans frein du capital financier ". Après de tels propos, on aurait pu s'attendre à ce que les mesures qu'elle propose soient à la hauteur de la dénonciation. Eh bien non ! Sur les problèmes essentiels des classes populaires, le chômage, le pouvoir d'achat, la précarité, il n'y a rien qui puisse réellement changer la vie, aucun engagement concret.
Les quelques propositions qu'elle a formulées sont ridiculement dérisoires à côté de ce qui serait nécessaire. Le Smic sera porté à 1 500 euros, a-t-elle dit, mais elle a aussitôt précisé qu'il s'agit de 1500 euros brut, au bout de cinq ans de sa présidence. En gros, 5 % d'augmentation, par an.
Ce réalisme-là, qu'elle prêche aux smicards payés 984 euros net par mois, alors qu'elle n'a rien à redire sur les plantureux profits de la Bourse de Paris, est bien plus éloquent de ce que veut Royal, que tous ses discours à l'égard des plus démunis. D'autant qu'elle veut maintenir les 65 milliards d'aides que l'Etat consacre aux entreprises, plus de six fois le trou de la Sécurité sociale.
Pour les jeunes, Ségolène Royal propose " les emplois-tremplins que des Régions ont mis en place avec un objectif de 500 000 emplois-tremplins ". Cela ressemble aux emplois-jeunes qui ont, certes, dépanné des jeunes mais qui n'ont jamais été pérennisés. Et où vont tomber les jeunes après avoir sauté de ces tremplins ? La proposition de Ségolène Royal ne fait d'ailleurs que généraliser une pratique déjà existante dans certaines Régions mais sans préciser si l'Etat en reprendra le financement, ce qui serait la moindre des choses.
Les promesses électorales, de toute façon, ne valent pas grand-chose. Et on peut d'autant moins croire les dirigeants politiques que le véritable pouvoir ne leur appartient pas. Présidents et ministres ne font que gérer ce que leur demandent ceux qui possèdent les capitaux et que personne n'a élu, à part une minorité d'actionnaires.
Un observatoire qui n'observe rien.
Selon le projet de décret que doit publier le gouvernement, l'Observatoire des prix et des revenus serait présidé par le Préfet et son représentant. Il comprendrait à la Réunion les cinq députés, les trois sénateurs, les présidents du Conseil régional et général. Il y aurait en plus quatre représentants de l'Etat auxquels il faut ajouter les présidents de la Chambre du commerce et de l'industrie, de la Chambre des métiers et celle de l'agriculture, plus quelques autres membres aussi peu représentatifs des travailleurs. Et parmi tout ce beau monde, les organisations syndicales n'auraient, elles, que trois représentants.
Autant dire que cet Observatoire n'observera rien et n'aura surtout pas pour objectif de défendre les plus pauvres, les plus démunis contre la vie chère et les bas salaires.
De toute façon, en demandant au gouvernement de mettre en place un tel organisme, on ne pouvait s'attendre à autre chose. Leur Observatoire n'est rien d'autre qu'un vulgaire " machin ".
Et pourtant il serait nécessaire, vital même, que les salariés, les consommateurs aient les moyens d'observer bien sûr, mais surtout de contrôler tous les aspects de la vie économique et sociale, et cela dans tous les domaines. Ce serait là le rôle des syndicats, des associations, des travailleurs eux-mêmes. Il faudrait que la collectivité puisse savoir ce que fait la minorité qui dirige, et ensuite puisse donner son avis, voire l'imposer.
Les riches et tous ceux qui les défendent ne se gênent pas pour créer des organismes sous leur contrôle total. Les travailleurs ne pourraient-ils pas agir de la sorte... mais pour eux-mêmes ?
Sarkozy,Royal, ils ne répondent pas aux problèmes de l'heure.
Pour les classes populaires, les plus graves problèmes de l'heure sont le chômage, la baisse du niveau de vie et le logement. Il y en a bien d'autres, comme la santé, l'éducation des jeunes ou l'environnement, mais ces problèmes, sans être secondaires, dépendent en grande partie des premiers.
Le chômage, que ce soit celui des jeunes, des seniors ou de tous les autres, touche des millions de personnes : deux millions et demi selon les chiffres officiels ; chiffres que tout le monde aujourd'hui considère comme étant sous-évalués. Et à toutes ces personnes privées de travail s'en ajoutent au moins autant qui n'occupent que des emplois précaires, à temps partiel imposé. De ce fait, ils n'ont pour vivre que des revenus inférieurs au SMIC, ce qui en fait des travailleurs pauvres, voire très pauvres.
À La Réunion, la situation est pire encore puisque le taux du chômage dépasse les 30 %, puisque 144 000 foyers disposent d'un revenu inférieur au Smic, puisque 180 000 personnes sont au RMI.
Quant au problème du logement, autre catastrophe sociale, il n'a jamais été aussi grave. Un million deux cent mille familles attendent des logements qui n'existent pas. Et deux autres millions, sinon plus, habitent des logements de fortune, voire dans des taudis.
La diminution du pouvoir d'achat est tout aussi dramatique. Le niveau de vie des travailleurs et des classes populaires n'a cessé de se détériorer depuis trente ans ; et bien qu'il ait légèrement augmenté en suivant de loin les indices officiels et mensongers du coût de la vie, la situation sociale des salariés a, depuis, constamment empiré.
Concernant les propositions de Sarkozy et de Ségolène Royal, aucune n'est nette, précise, chiffrée et susceptible d'inverser la situation que connaît le monde du travail. Aucune des 100 propositions de Royal, pas plus d'ailleurs que les propos cyniques et provocateurs de Sarkozy, n'apporte la moindre solution à ces trois catastrophes sociales majeures qui nécessiteraient des solutions d'urgence nationale.
Pour Sarkozy le propos est particulièrement méprisant : " Pour gagner plus, il faut travailler plus ", ose-t-il affirmer, alors que des millions de travailleurs crèvent de ne pas trouver d'emploi. Mais quand Sarkozy s'adresse aux gens de sa classe, il ne leur demande rien. Il leur dit simplement qu'ils n'ont pas "à s'excuser d'avoir un patrimoine en contrepartie de leur travail ". Et comme beaucoup d'entre eux ne travaillent pas, il les exonère par avance en leur expliquant qu'ils n'ont pas non plus à s'excuser d'avoir eu des parents qui leur ont laissé du patrimoine. C'est donc à ceux qui sont nés avec une cuillère en or dans la bouche que Sarkozy s'adresse : aux Rotschild, Dassault, de Wendel, Michelin et autres Peugeot, dont la progéniture n'a eu que le mal de naître. Sans oublier les de Chateauvieux, Isautier et autres Barau réunionnais.
Du côté de Royal, il y a aussi bien peu de chose pour les travailleurs. Un SMIC à 1500 euros en 2012, le temps simplement que les augmentations annuelles fassent leur effet. Quant aux licenciements, pas question pour elle de les interdire. Tout au plus, Royal accepterait-elle de " conditionner les aides publiques aux entreprises à l'engagement de ne pas licencier quand l'entreprise dégage des profits ". Pour elle comme pour les autres, aides et subventions aux entreprises restent incontournables, alors qu'on devrait plutôt les supprimer pour consacrer l'argent ainsi économisé à satisfaire les besoins de ceux qui en ont le plus besoin, dans le domaine de la santé, de l'éducation ou du logement par exemple.
Entre la droite arrogante et la gauche molle, les intérêts du monde du travail n'ont pas leur place.
Qu'il retourne à ses livres.
C'est fou comme certains hommes politiques peuvent perdre la mémoire quand il s'agit pour eux de gagner quelques voix.
Parlant de la France, Sarkozy n'a pas été gêné d'affirmer que " son inclination naturelle (celle de la France) l'a bien plus souvent porté vers la défense de la liberté et les droits de l'homme que vers des choix moins honorables ".
C'est oublier que lors du second conflit mondial, la France a eu des camps sur son territoire, comme à Argelès, où elle a parqué en 1939 les réfugiés de l'armée républicaine espagnole qui fuyaient Franco. Elle a eu aussi des camps de concentration en Indochine, comme le tristement célèbre bagne de Poulo-Condor. Elle a eu de tels bagnes dans d'autres pays, en Afrique et à Madagascar, moins grands, moins célèbres, mais qui existaient quand même. En Afrique noire, il y a eu aussi le travail forcé, ne serait-ce -et ce n'est pas le seul cas- pour la construction du chemin de fer Congo-Océan. André Gide, un écrivain français, avait écrit que le matériel utilisé sur cette ligne avait coûté " une traverse, un nègre, une traverse, un nègre, une traverse, un nègre... " tellement il y a eu de morts !
La France a été esclavagiste pendant des siècles et les fortunes qu'ont légué les grandes familles nantaises, bordelaises, antillaises et réunionnaises, leurs descendants ne les ont pas reniées. Ils n'ont peut-être pas tous revendiqué l'héritage, mais ils l'ont gardé. Nos fabricants de pneus ont créé de véritables bagnes de travail forcé dans leurs plantations d'hévéas en Indochine. Les grands planteurs de la Réunion n'ont pas été plus tendres avec les esclaves ou les engagés qu'ils exploitaient. Alors, Sarkozy ferait bien de réviser les livres d'histoire dont il parle.
De la solidarité et des devoirs, nous devons en avoir entre nous, et vis-à-vis de tous ces peuples qui ont été opprimés par le colonialisme et l'impérialisme français.
Grands chantiers, des profits à la pelle.
Le 19 mars, la Région et la préfecture avaient invité les représentants patronaux de la CCIR, de la Chambre des métiers ainsi que le président de la Fédération nationale des travaux publics pour leur expliquer tout l'intérêt des futurs grands chantiers que seront le Tram-train et la route du littoral. Et bien sûr, comme on n'attrape pas des mouches avec du vinaigre, c'est de " gros sous " qu'il s'est essentiellement agi.
Le secrétaire général de la préfecture a rappelé que le contrat Etat-Région, pour la période 2007-2013, prévoit d'injecter quatre milliards d'euros dans l'économie réunionnaise dont 2,2 milliards pour les deux seuls grands chantiers, soit deux fois plus que pour la route des Tamarins.
Paul Vergès et le représentant de la préfecture veulent ainsi garantir " la stabilité " des entreprises de l'île pour, disent-ils, avoir la " certitude " qu'elles embaucheront pendant sept à dix ans. Mais si les patrons du BTP sont assurés d'engranger les profits, la réalité que vivent les travailleurs est bien moins idyllique.
En effet, la plupart des ouvriers qui ont été formés pour la route des Tamarins, l'ont été pour effectuer des travaux spécifiques comme le terrassement ou le génie civil. Ils ont été embauchés avec des " contrats de chantiers " ou des " contrats de tâches " de moins de deux ans. Les patrons se gardent de faire travailler les ouvriers au-delà de cette durée car un jour de plus sur le chantier leur garantirait un CDI. Il n'est donc pas rare que les patrons alternent des " contrats de chantiers " avec des périodes d'intérim.
Aujourd'hui, environ un quart des 1500 salariés qui ont été occupés sur les divers chantiers n'y travaillent plus. Vers la fin de l'année prochaine, presque autant devront ranger leurs outils, bien que le chantier de la route des Tamarins ne se terminera qu'en 2010.
Si les patrons du BTP sont donc assurés pour les dix ans à venir, les ouvriers du BTP, eux, le sont moins. C'est pourquoi certains, comme ceux de l'entreprise Fougerolle-Balot ont fait grève à deux reprises et ont obtenu, en janvier 2006, plus de 300 euros d'augmentation de salaires. Et ce n'était là qu'une part de ce qui leur est dû.