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Archives du mensuel régionalMensuel - archive 2007 |
| mis à jour le 01/04/2007 | |
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Dans ce numéro
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Le monde du travail doit faire entendre ses exigences.
Au-delà des échanges de petites phrases les "nerfs" de l'un, le "sens moral" de l'autre, ou autres amuse-galerie, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal s'emploient, selon la presse, à "ajuster" leur programme. Ce qui signifie que l'un comme l'autre proposent de nouvelles mesures à l'intention de la fraction de l'électorat qu'ils veulent séduire, celle des gens aisés.
La crise du logement condamne des millions de gens, faute d'appartements à louer à un prix abordable, à vivre dans des conditions indignes, voire dans la rue. Face à cela, Sarkozy promet, sous prétexte de faciliter l'accession à la propriété, qu'il fera déduire les intérêts d'emprunts du revenu imposable. Ce sera un très beau cadeau pour ceux qui achèteront des appartements de luxe. Mais cela ne changera absolument rien à la situation des plus pauvres, de ceux qui voudraient bien trouver à louer un appartement décent. Mais le candidat qui a les faveurs du Medef n'a rien à faire des mal-logés et des sans logis.
Ségolène Royal s'adresse au même électorat, même si elle essaye de donner un visage "social"à ses propositions. Elle vient par exemple d'inventer, sous prétexte de lutter contre le chômage des jeunes, un nouveau type de contrat à destination des entreprises de moins de dix salariés : le "contrat première chance". Un contrat d'un an, au cours duquel l'État paierait non seulement les cotisations sociales mais aussi le salaire lui-même. Quel salaire ? Ségolène Royal ne le précise même pas.
On voit mal quel employeur refuserait "d'embaucher" - si le mot a encore un sens dans ce cas-là - un salarié qui ne lui coûtera absolument rien, et qu'il pourra jeter sans formalité au bout d'un an, puisqu'il lui suffira de dire que ce jeune ne lui a pas donné satisfaction pour toute justification. Un homme ou une femme à tout faire gratuit, quelle aubaine !
Bonne opération pour le gouvernement aussi : cela ferait autant de jeunes qui sortiraient des statistiques du chômage.
En revanche, cela ne créera aucun emploi nouveau. Au contraire les petites entreprises qui auraient pu créer de vrais emplois ne le feront pas, puisqu'elles pourront recourir à ces travailleurs gratuits. Et cela ne manquera pas, aussi, de tirer l'ensemble des salaires vers le bas.
Décidément, la candidate du Parti socialiste considère qu'elle n'a aucun effort à faire pour obtenir les voix des travailleurs, que celles-ci lui sont acquises d'avance et qu'elle peut se contenter vis-à-vis des classes populaires de son chantage au vote utile.
Les travailleurs ont à juste titre envie d'empêcher cette droite arrogante qu'incarne aujourd'hui Sarkozy d'occuper cinq ans de plus l'Elysée. Mais il faut qu'au premier tour ils signifient clairement à Ségolène Royal qu'ils exigeront d'un éventuel gouvernement de gauche une tout autre politique que celle qui consiste à multiplier les cadeaux aux fractions les plus aisées de la population, en ignorant les besoins vitaux des classes populaires.
Face à la persistance du chômage, à la multiplication des fermetures d'entreprises et des plans de suppressions d'emplois, il faut interdire les licenciements collectifs, et que l'État consacre les finances publiques, plutôt que de distribuer des aides à fonds perdus au patronat, à créer lui-même de vrais emplois, dans les hôpitaux, l'enseignement, dans tous les services publics qui se dégradent de jour en jour, dans la construction aussi.
Face à la crise du logement, il faut en effet mettre en chantier les centaines de milliers de logements confortables et à loyers abordables qui manquent.
Face à la dégradation du pouvoir d'achat des classes populaires, il faut revaloriser le Smic à 1500 euros net immédiatement, et augmenter tous les salaires de 300 euros.
Voilà ce que les travailleurs seraient en droit d'attendre d'un gouvernement de gauche.
Et si je me présente à cette élection, c'est justement pour leur permettre de dire, en votant pour ma candidature, que telles sont bien leurs exigences.
Arlette Laguiller.
Propositions pour la nouvelle étape du développement de la Réunion.
Comme tous les autres candidats à l'élection présidentielle, Arlette Laguiller a reçu les " Propositions pour la nouvelle étape du développement de la Réunion " que lui a fait parvenir Paul Vergès. Il lui était demandé de bien vouloir donner son avis sur des documents dont la base fondamentale était contenue dans le protocole d'accord, signé entre Villepin et Vergès lui-même le 9 janvier dernier, relatif au financement et à la réalisation du tram-train et de la route du littoral. S'y ajoutait aussi le contrat de projet Etat-Région signé le 15 février, les programmes opérationnels européens négociés avec Bruxelles, ainsi qu'une liste de " mesures urgentes et prioritaires " prenant en compte la situation à la Réunion.
Dans un communiqué du 16 mars le PCR déclarait qu'il attendra les réponses des différents candidats avant de faire connaître sa position quant au choix de celle ou de celui qu'il soutiendra.
Nous n'entendons absolument pas participer à ce " concours " qui ressemble fort d'ailleurs à celui qui, en 1995, conduisit Vergès à appeler à voter indifféremment pour de prétendus " candidats de l'égalité " au nombre desquels il avait rangé Chirac.
Voici donc les réponses envoyées par Arlette Laguiller et Jean-Yves Payet, au courrier de Paul Vergès.
Réponse de Arlette Laguiller.
Monsieur Vergès,
J'ai bien pris connaissance de votre courrier du 16 mars 2007, accompagnant vos " Propositions pour la nouvelle étape de développement de La Réunion ", adoptées le 11 février dernier.
Il n'est pas dans mon intention de répondre point par point au long développement que vous soumettez, non pas à cause du caractère répétitif et fastidieux que prendrait un tel exercice, mais parce que les propositions qui y sont contenues sont à mon sens tellement éloignées d'un programme de défense des intérêts politiques des travailleurs qu'il m'est difficile de les discuter.
Contrairement à vous, Monsieur Vergès, mes camarades de la Réunion ne rechercheront jamais " l'effort des réunionnais rassemblés ". Pour eux comme pour moi, le peuple réunionnais, comme tous les autres peuples du monde d'ailleurs, n'échappe pas à l'opposition entre une minorité de possédants qui monopolisent les richesses et la classe qui n'a que son travail pour vivre. Fort de cette conviction, de cette évidente constatation devrais-je même dire, j'entends, dans cette campagne électorale, faire prévaloir les intérêts politiques et matériels de tous ceux qui ne vivent que de leur travail, même si l'organisation sociale actuelle les en a privés. Le chômage, les licenciements, la précarité, la dégradation des conditions d'existence que je dénonce concernent évidemment le département de La Réunion, autant et plus même que ceux de la métropole car le chômage y est plus élevé, la précarité plus générale, les salaires de la plupart des catégories sociales plus bas.
Le programme que j'avance dans ces élections, personne d'autre ne le défend. Tous parlent des intérêts de la France ou de ceux de La Réunion en omettant volontairement de dire que la France ou La Réunion ne sont pas des entités indifférenciées. Ni en France ni à La Réunion, on ne peut mettre sur le même plan les grands capitalistes et l'ensemble des travailleurs, en laissant croire que les uns et les autres pourraient avoir des intérêts sociaux communs. Ce n'est jamais le cas, et c'est ma responsabilité de communiste d'être claire sur ce point.
J'ai évidemment transmis votre courrier à mes camarades de La Réunion qui m'ont fait part de leur avis et de leurs remarques, avec lesquels je suis en parfait accord. Ces avis et ces remarques je vous les transmets, en vous adressant, Monsieur Vergès, mes salutations toujours et sincèrement communistes.
Arlette LAGUILLER.
Réponse de Jean-Yves Payet.
Ma chère Arlette,
Tout comme toi nous ne sommes en rien d'accord avec le contenu du texte intitulé " Propositions pour la nouvelle étape de développement de La Réunion ". Car même si nous pouvons partager quelques-unes des dénonciations, voire reprendre certaines revendications ponctuelles (et encore bien peu), concernant le logement ou l'éducation par exemple, la politique proposée par Vergès reste dans le droit fil de celle qu'il mène à la Région et qui consiste à défendre les intérêts des classes possédantes, en laissant croire que ce qui est bon pour elles le serait aussi pour les travailleurs de l'île.
Nous ne pouvons évidemment nous associer à une telle politique. Comme tu le rappelais dans une de tes déclaration, il faut des travailleurs pour tous les actes de la vie économique ; des planteurs, des ouvriers agricoles pour cultiver les terres, des ouvriers dans les usines sucrières, dans le bâtiment et d'autres pour charger ou décharger les marchandises au Port. Il faut des employés pour faire fonctionner les transports collectifs, encore trop peu nombreux, il est vrai, dans notre île. Les super et les hypermarchés, qui font la richesse de grands groupes capitalistes, ne pourraient fonctionner sans les caissières, les magasiniers et les manSuvres. Et puis, que seraient tous les services publics, les nombreuses banques, les compagnies d'assurance, ainsi que toute l'industrie touristique, sans les employés qui y travaillent ? Seulement, tous ces travailleurs n'ont pas les mêmes intérêts que ceux de la bourgeoisie réunionnaise qui, pour être peu nombreuse, est elle aussi avide dans l'exploitation. Qu'elle soit d'ascendance créole ou originaire de l'Hexagone, elle mène une guerre permanente contre les travailleurs, contre leurs conditions de travail et leur niveau de vie. Elle est toujours à l'affût pour bafouer ce qui, dans la législation sociale, protège les travailleurs et leur dignité. Eh bien, dans cette lutte de classe, nous sommes sans réserve du côté des travailleurs lorsqu'ils revendiquent le droit à des salaires corrects, lorsqu'ils refusent les licenciements et lorsqu'ils cherchent à faire prévaloir leurs droits et leur dignité face à l'arrogance patronale.
Si je me suis permis ce rappel, c'est pour bien souligner que nous ne tirons aucun trait d'égalité, ni ne voyons aucune convergence, entre un travailleur qui possède un emploi ou qui en a été privé, et un membre du conseil d'administration de Quartier Français, Bourbon ou d'une quelconque autre grande société d'import-export.
À cet égard, il nous faut souligner que dans les " Propositions ", il n'est jamais question des responsabilités de la bourgeoisie dans la " situation sociale... contrastée " que dépeint Vergès. Alors, comment espérer dans de telles conditions que " des mesures urgentes et prioritaires (puissent) être prises pour répondre aux préoccupations de la population, dans tous les domaines de leur vie personnelle, sociale ou professionnelle " ? Améliorer le sort de la population, cela ne peut se faire qu'en prenant l'argent sur les profits des classes riches. Il n'y a aucun autre moyen. Toutes les aides aux entreprises, toutes les niches fiscales dont elles bénéficient, toutes les défiscalisations qui leur sont offertes ne servent en fait qu'à les enrichir toujours plus. C'est pourquoi cette idée, au demeurant fort répandue, qui consiste à laisser entendre qu'un soutien au patronat serait le seul moyen d'aider à la création d'emplois et au mieux-être des salariés, est une contre-vérité que partage Vergès lorsque, entre autres, il propose l'extension d'un statut " d'entreprise franche ". Et pourtant, la réalité le force à reconnaître " qu'en dépit des différentes lois (YYYOM et YYYPOM) votées au cours des deux dernières législatures et basées sur les mêmes principes (défiscalisation, exonérations de charges, etc.), cette situation perdure ". Mais rien dans les " Propositions " soumises ne rompt véritablement avec cette politique et Vergès en vient toujours à promouvoir le recours aux emplois aidés, terme derrière lequel se cache la sempiternelle aide au patronat.
Il n'est pas normal qu'une fraction aussi importante du monde du travail soit réduite au chômage et obligée de vivre avec le RMI. Plus de 100 000 chômeurs, 73 000 Rmistes, ce n'est pas humainement acceptable. Les besoins de la population étant fort nombreux, les emplois nécessaires à les satisfaire devraient l'être tout autant. Rien que dans le domaine des équipements, de la santé, de l'éducation, des transports collectifs et, de façon plus générale dans tous les services publics, les insuffisances sont criantes.
Beaucoup parmi les classes populaires sont mal logés. Il manque à la Réunion des dizaines de milliers de logements sociaux et si l'on construit dans notre île, c'est dans le cadre de la défiscalisation, uniquement pour les catégories sociales les plus aisées. C'est pourquoi nous pensons nous aussi que la construction doit être considérée comme un véritable service public. Il est plus qu'urgent que ce soit l'Etat et les principales collectivités territoriales qui prennent directement en charge, et à prix coûtant, tous les travaux nécessaires à la population, que ce soit dans le domaine routier, dans les transports collectifs ou bien encore dans celui du logement, là où les besoins sont tellement importants.
Si la droite actuellement au gouvernement et si le Parti socialiste, qui aspire à la remplacer, voulaient vraiment trouver les financements nécessaires, la solution serait à portée de leurs mains. Les aides publiques aux entreprises sont annuellement très importantes. Les dernières connues se sont montées à 65 milliards d'euros ; alors, si une telle somme était consacrée, entre autres, à construire des logements, en deux ans toutes les demandes pourraient être satisfaites.
Tout comme en métropole, nous défendons aussi à La Réunion l'objectif de l'interdiction des licenciements collectifs dans les entreprises qui font du profit, sous peine de réquisition. Mais la défense des emplois existants et la création de nouveaux emplois utiles à la population posent tout naturellement la question de savoir qui contrôle les secteurs décisifs de l'économie : les grandes entreprises agro-alimentaires, industrielles, commerciales et bancaires.
Seulement, ce nécessaire contrôle, que beaucoup appellent de leurs vSux à La Réunion, ne peut se confondre avec la mise en place d'un Observatoire des prix et des revenus tel qu'il est réclamé dans " Les propositions ". Car, pour qu'un tel organisme puisse être utile et aider les travailleurs, il faudrait qu'il soit bien différent de celui qui est proposé. Il ne suffit pas, en effet, de demander au gouvernement de le constituer en le concevant comme un organisme paritaire, avec une majorité de représentants patronaux et de membres désignés par l'Etat. Sous cette forme, ce serait un " machin " de plus, aussi inutile qu'inefficace. Un observatoire utile aux travailleurs devrait au contraire être un organisme composé par les travailleurs eux-mêmes ainsi que par la population, et qui se donnerait pour tâche non seulement d'observer mais aussi de contrôler tous les aspects de la vie économique et sociale, tant dans le domaine du travail et de la production que dans celui de la consommation ou encore de la santé. Les associations, les syndicats, les travailleurs eux-mêmes auraient les moyens matériels et surtout humains de mettre en place un tel organisme et de faire en sorte qu'il mette son nez partout où des décisions pourraient être prises, qui concerneraient les travailleurs et la population.
Certains dirigeants politiques osent souvent affirmer que les départements et territoires d'Outre-mer sont des départements assistés, en évoquant le nombre de ceux qui vivent grâce au RMI. Eh bien, si les mouvements de capitaux entre l'Outre-mer et la métropole étaient transparents, si la population pouvait vérifier qui sont les principaux bénéficiaires des transferts d'argent en direction de l'Outre-mer, on se rendrait compte que les assistés ne sont pas à rechercher parmi la population laborieuse, mais parmi les grands groupes capitalistes.
Voilà quelques-unes des remarques que nous ont inspirées les " Propositions pour la nouvelle étape de développement de la Réunion " qui t'ont été transmises par Vergès. Nous aurions certes pu faire bien d'autres commentaires mais nous avons préféré nous arrêter sur ce qui nous semble être l'essentiel, à savoir cette absence de préoccupation concernant le monde du travail, et qui fait que ce programme convient fort bien aux classes sociales dirigeantes de La Réunion, tout comme la politique que mène Vergès à la Région d'ailleurs.
Nous t'envoyons tous, ma chère Arlette, nos salutations géographiquement lointaines mais oh ! combien proches politiquement.
Jean-Yves PAYET.
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