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mis à jour le 01/08/2007
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2007
Dans ce numéro
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Un gouvernement qui assure le service maximum aux plus riches.
Sarkozy et sa majorité ont décidé d'imposer ce qu'ils appellent le " service minimum " en cas de grève dans les transports pour, disent-ils, répondre aux attentes des usagers.
En fait, c'est une mesure contre le droit de se défendre par la grève qui en prépare d'autres, non seulement contre les salariés des services publics mais aussi contre tous les autres travailleurs. Cela va dans le sens de ce qu'ils appellent " la réforme du code du travail ", c'est-à-dire la restriction accrue des droits des salariés.
Sarkozy et sa majorité se moque totalement des usagers des services publics et c'est l'Etat qui, depuis des années, réduit les services publics.
En restreignant le droit de grève un peu, puis beaucoup, puis totalement s'il le peut, Sarkozy est au service non pas du public mais du patronat. Par exemple, c'est parce que les grèves dans les transports gênent surtout le patronat qui y perd de l'argent, que ce sont les grèves dans ce secteur qui y sont les plus efficaces. Et c'est pourquoi Sarkozy s'y intéresse en premier. Les usagers ne viennent que loin derrière dans ses préoccupations.
Le gouvernement parle de s'en prendre ensuite à l'Education nationale. Mais qu'est-ce qui est le plus nuisible aux enfants et gênant pour leurs parents ? Quelques grèves ou la suppression annoncée de dix mille postes d'enseignants ? Sans parler de l'insuffisance des crèches et des garderies. Et il n'y a pas que là que les coupes sont annoncées. Il y a aussi la franchise sur les remboursements médicaux de 50 euros par an et par personne, à la charge de chaque malade.
Pourquoi toutes ces attaques contre les services publics, transports, éducation nationale, santé, sans parler de l'inaction dans le domaine du logement ? La réponse est évidente ! C'est parce que ce gouvernement veut réduire la majorité de la population et en premier lieu les classes populaires au service minimum afin de mieux assurer, sur les fonds publics, un service maximum aux plus riches.
Mais jusqu'à quand la population, les classes populaires, laisseront-elles faire ? On ne peut le prévoir, mais on peut dire que la réaction sera à la hauteur de ce que faire subir le gouvernement aux classes populaires.
Des travailleurs en lutte.
Ce mois de juillet les travailleurs de plusieurs entreprises de l'île se sont mis en grève, principalement pour des augmentations de salaires. Chez REP 80 salariés, répartis sur 13 sites, ont cessé de démonter et remonter les pneus pendant sept jours. Depuis le 23 juillet ils réclamaient 60 euros d'augmentation. Au terme de leur conflit, ils ont obtenu 41 euros nets et une hausse de la participation du patron pour les chèques déjeuner.
Dans un tract syndical, les travailleurs ont démontré, chiffre à l'appui, que le patron avait largement les moyens de payer : " une heure de salaire payée 8,27 euros bruts est facturée 400 euros aux clients [...] une demi-heure de salaire pour changer un pneu " génie civil " qui coûte 3000 euros, est facturée 6000 euros [...] . Chaque salarié réalise un chiffre d'affaires de 22 000 euros en moyenne pour l'entreprise ". REP appartient au groupe Hayot, bien placé dans l'automobile et qui est aussi un des propriétaires des magasins Carrefour.
Chez Rhum Réunion, au Port, 22 des 24 salariés réclament 150 euros en plus sur leurs salaires. Leur direction qui ne propose quant à elle qu'une augmentation de la prime d'intéressement et des chèques déjeuner n'a évidemment pas convaincu les salariés à reprendre le travail.
Le 30 juillet, au premier jour du démarrage de la campagne sucrière dans le Sud, les ouvriers de l'usine du Gol ont refusé de lancer les machines. Ils revendiquaient, entre autres, la hausse de la prime de nuit de 350 euros à 650 euros et la garantie pour les saisonniers de toucher les ASSEDIC en fin de coupe. C'est que la nouvelle réforme de l'allocation chômage prévoit, à partir de 2009, que les ASSEDIC ne seront plus versées aux saisonniers au bout de trois ans d'ancienneté.
Même dans le système actuel c'est l'incertitude. La campagne ne durant pas six mois, les ouvriers du Gol, comme ceux de Bois Rouge, ont dû prendre en compte, pendant plusieurs années de suite, leurs jours de congé pour totaliser le nombre d'heures nécessaires afin de pouvoir toucher les allocations. Lors de leur débrayage, les ouvriers ont donc réclamé une modification de leurs contrats ou bien avoir la possibilité de travailler pendant l'inter-campagne ou bien encore le versement d'une prime pour compenser les ASSEDIC.
La direction de l'usine a accepté le paiement de la prime de 650 euros sur trois ans, ainsi que la mise en place d'un plan de formation pour les saisonniers pendant l'inter-campagne. Mais cette dernière proposition ayant une allure somme toute provisoire, le sort des 180 saisonniers est loin d'être réglé.
Sarkozy en Afrique, continuité dans le soutien aux dictateurs.
Sarkozy avait promis lors de la campagne électorale " une relation nouvelle, assainie, décomplexée " avec l'Afrique. Il voulait tourner la page de la corruption, aller au Ghana, en Tanzanie, en République démocratique du Congo. Ce serait la fin de " la Françafrique " !
Mais pour son premier voyage en Afrique, Sarkozy a suivi les traces de ses prédécesseurs, de Giscard à Chirac en passant par Mitterrand, il a rendu visite aux principaux présidents dictateurs du pré- carré français, où se trouvent les principaux intérêts des multinationales, de Total, Bouygues ou Bolloré.
Dans ses discours sur " l'immigration choisie " et la " colonisation ", Sarkozy a fait preuve d'une rare condescendance. Il a certes qualifié la traite négrière et l'esclavage de crimes contre l'humanité. Il a reconnu du bout des lèvres " les méfaits de la colonisation " parlant en substance de l'exploitation et du pillage des ressources du sous-sol africain. Mais il a aussitôt atténué ses propos en affirmant avec cynisme que si les colonisateurs " se trompaient ", ils "étaient sincères " ! Ce qui aux yeux du président français les absout de tous les crimes. Certes, la colonisation a été une mauvaise chose, mais c'est du passé. Que voilà une façon cavalière et légère de balayer d'un revers de main les responsabilités, les crimes de l'impérialisme français commis en Afrique depuis le début du XIXe siècle.
Mais, comble de cynisme, Sarkozy a choisi de renvoyer dos à dos les responsabilités des colonisateurs et des ex-colonisés, déclarant que " l'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur : la colonisation n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs, du fanatisme, de la corruption et de la prévarication ".
Mais qui peut croire un seul instant que plusieurs siècles de traite négrière, de domination coloniale n'ont laissé aucune trace ? Qui peut croire qu'après avoir divisé les peuples, les avoir fait s'opposer les uns aux autres, pendant près de deux siècles, l'impérialisme français n'aurait plus de responsabilité dans la situation de l'Afrique d'aujourd'hui ? Qui peut croire que la France, ancienne puissance tutélaire, ait laissé s'échapper les marchés que représentaient les colonies sans réagir ? La principale stratégie des gouvernements français, dans les années soixante, a été justement de mettre en place des dirigeants africains favorables à la France, par le trucage des élections, par l'élimination physique quand cela s'avérait nécessaire.
Non seulement la France est intervenue militairement, faisant la guerre aux peuples colonisés qui combattaient pour leur indépendance à Madagascar, en 1947, et plus tard en Algérie, mais elle a aussi massacré de nombreux indépendantistes au Cameroun, au Togo où elle a mis en selle un soudard tortionnaire du nom d'Eyadema, ancien soldat de l'armée française. Au Tchad, la politique française fut plus directement interventionniste. Là, elle fit et défit les présidents, au gré de ses intérêts, de Tombalbaye à l'actuel dictateur Idriss Déby.
Depuis les années soixante, pas un chef d'État africain du pré-carré français qui ne soit en place sans l'aval de l'Élysée. Dans les années soixante-dix, la France est intervenue dans la guerre du Biafra qui a fait près de deux millions de morts. À la même époque au Zaïre, elle a sauvé à plusieurs reprises l'ancien dictateur Mobutu. Par compagnie pétrolière interposée, le gouvernement français a financé les belligérants de la guerre civile du Congo-Brazzaville, au cours des années quatre-vingt-dix, hissant Sassou Nguesso au pouvoir, pour garder la mainmise sur les puits de pétrole. Le même gouvernement a entraîné militairement, financé et soutenu politiquement les responsables du génocide au Rwanda, en 1994. Enfin, l'armée française est toujours présente en Côte-d'Ivoire, au Sénégal, au Tchad, à Djibouti et au Gabon.
Tous ces faits se sont déroulés bien après les indépendances africaines et illustrent l'omniprésence de l'impérialisme français en Afrique noire. Et ce n'est pas le dictateur gabonais Omar Bongo, cet ancien des services secrets français, mis en selle par l'armée française et qui se maintient au pouvoir par une dictature féroce depuis 1967, qui contredira Sarkozy : les loups ne se mangent pas entre eux.