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Archives du mensuel régionalMensuel - archive 2007 |
| mis à jour le 01/09/2007 | |
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Dans ce numéro
Sarkozy prétend moraliser le capitalisme, autant demander du lait à un bouc.
Grève à la Brink's...
... et à la SAPHIR.
On ne sert plus à Esso Deux Canons.
Assez de mensonges !
Le PCR fait appel à Sarkozy.
Mayotte, Clandestins naufragés et responsabilités de la France.
Il y a soixante ans l'Inde accédait à l'indépendance.
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Sarkozy prétend moraliser le capitalisme, autant demander du lait à un bouc.
La chute des prix de l'immobilier aux USA a mis à mal toutes les sociétés financières spécialisées dans les prêts à des clients plus ou moins solvables pour construire ou acheter de l'immobilier. Elles ne prenaient aucun risque car les prix montaient en permanence et, si leurs clients ne pouvaient plus payer, elles récupéraient bien plus que leur mise en revendant leurs biens. La catastrophe est arrivée lorsque les prix de l'immobilier ont baissé, les logements n'arrivant plus à se vendre.
Mais cette crise n'a pas touché que les banques spécialisées dans ces prêts à risques. En effet, nombre de grandes banques ou même d'entreprises industrielles ou commerciales des États-Unis mais aussi d'Europe et d'Asie, avaient placé des fonds dans ces officines. Elles risquaient d'y perdre beaucoup. Et, dans l'ignorance de quelles sociétés étaient concernées, cela a suffi pour voir depuis un mois les Bourses du monde entier s'affoler.
La crise est passée, nous dit-on, et les actions en Bourse remonteraient. Mais le samedi 18, la Banque d'État allemande a dû encore injecter plus de 17 milliards d'euros dans une banque, la "Sachsen LB", pour lui permettre de ne pas fermer ses guichets. Rien ne garantit donc, malgré les discours optimistes de la ministre de l'Économie, que la crise soit vraiment "dernière nous".
La Bourse s'est peut-être stabilisée, mais à quel prix ?
Dans la semaine du 13 août, la Banque centrale européenne (BCE) a injecté dans les établissements financiers, mis à mal par cette crise, plus de 180 milliards d'euros. Mais ce sont les Banques centrales nationales qui financent la BCE, à raison d'environ 15 % pour la Banque de France. Cela signifie que celle-ci a sorti de ses caisses en quelques jours une trentaine de milliards d'euros (deux fois le déficit qu'on nous dit pourtant "abyssal" de la Sécurité Sociale) pour voler au secours de spéculateurs risquant l'argent des autres, de boursicoteurs et de grands groupes capitalistes. Et ce que la Banque de France aura perdu dans cette opération, c'est évidemment la population laborieuse qui en fera les frais, ne serait-ce que par une détérioration supplémentaire des services publics.
Sarkozy, de sa richissime résidence de vacances aux États-Unis, s'est déclaré "pour la moralisation du capitalisme financier", ajoutant qu'il était "pour une économie qui fasse toute sa place aux créateurs et aux salariés, pas aux spéculateurs". Mais en l'occurrence, les spéculateurs ne sont pas d'obscurs margoulins, mais les plus grandes sociétés du pays, celles que Sarkozy couvre de cadeaux, sous formes d'avantages fiscaux et de diminution des cotisations sociales, et tout cela justement au détriment des "créateurs et des salariés", car ce sont ces derniers les vrais "créateurs" de richesses. Il a réclamé plus de "transparence" dans les marchés financiers. Mais ce qui s'est passé là est la forme normale de fonctionnement du capitalisme. Et si la déclaration de Sarkozy est autre chose que des mots, que va-t-il faire ? Mettre en place une commission, composée d'amis de capitalistes, qui ne fera pas plus que ce que fait l'actuelle "Commission des opérations de bourse", qui n'a rien vu venir, et rien su empêcher ?
Car une vraie transparence, c'est ce qu'Arlette Laguiller réclamait, lors de la dernière campagne présidentielle, c'est-à-dire l'abolition du secret bancaire et du secret commercial, le contrôle de la population sur la comptabilité des banques, des assurances et des grandes entreprises. C'est aussi le droit pour tous les salariés d'informer l'ensemble des citoyens sur ce qu'ils savent de ce qui se passe dans leurs entreprises.
Ce n'est évidemment pas sur Sarkozy qu'il faut compter pour cela, ni sur aucun membre de la majorité ou de l'opposition. Mais cette "transparence"-là, il faudra bien que les travailleurs l'imposent, s'ils ne veulent pas vivre un jour une véritable, cette fois, crise économique catastrophique.
Grève à la Brink's...
Soixante-dix à quatre-vingt salariés de la Brink's, plus particulièrement de la branche des transporteurs de fonds, ont fait grève pendant une semaine.
Au centre de leurs revendications, il y avait une augmentation de salaire de 4 %, une prime de risque de 120 euros brut, une prime de qualité d'un même montant ainsi qu'une prime de " surcroît de travail " de 250 euros.
La Brink's, qui détient 80 % du marché, travaille pour la plupart des banques de l'île. Elle transporte aussi les fonds de grosses entreprises, notamment des grandes surfaces.
La grève a commencé le 1er août et a immédiatement entraîné la majorité du personnel, c'est-à-dire les pourvoyeurs des distributeurs bancaires, les convoyeurs, les télésurveillants et les salariés du comptage, où travaillent trente-sept personnes dont trente femmes. Ces dernières sont parmi les plus mal payées de l'entreprise. Elles touchent 1 150 euros net. Leur travail consiste à compter l'argent contenu dans les nombreux sacs qui leur sont amenés chaque jour.
La plupart des revendications concernaient principalement le service de comptage, où les femmes qui y travaillent étaient déterminées à faire aboutir leurs demandes. Ce sont surtout elles qui ont animé la grève et occupé en permanence le piquet.
La grève a pris fin le 10 août après que les travailleurs eurent obtenu 2,7 % d'augmentation pour tous, avec des échelonnements selon les services, ainsi que 30 euros par mois de prime de qualité, uniquement pour le service de comptage, et 130 euros de prime exceptionnelle au mois d'août. Certes le compte n'y était pas, mais les travailleurs étaient satisfaits d'avoir fait reculer leur direction.
... et à la SAPHIR.
Les salariés de la SAPHIR, une entreprise qui distribue principalement de l'eau d'irrigation aux agriculteurs, ont cessé le travail pendant trois jours, du 20 au 22 août.
Ils contestaient un protocole d'accord sur les salaires signé entre la direction et un syndicat qui prévoyait des augmentations insuffisantes.
La grève qui a mobilisé plus de 80% du personnel a fait reculer la direction qui a dû signer avec les grévistes un nouveau protocole leur accordant au total 3,25% d'augmentation de salaires soit 50 euros en moyenne par salarié au lieu des 2,6% d'augmentation fixe et 2,1% pour la prime annuelle.
Depuis 30 ans, il n'y avait pas eu de grève à la SAPHIR. Ces trois jours ont permis aux salariés, cadres et non cadres, de se battre pour des revendications communes.
On ne sert plus à Esso Deux Canons.
Les salariés de la station-service Esso de la rue Léopold Rambo ne servent plus l'essence depuis lundi 20 août.
Ils protestent contre le licenciement d'un de leurs collègues qui survient après qu'il ait refusé une rétrogradation avec baisse de salaire. Les salariés reprochent également au nouveau gérant de leur mener la vie dure.
En octobre dernier, Esso a été vendu par son propriétaire à la compagnie pétrolière libyenne Tamoil.
Esso Réunion détient 17% des parts de marché dans la distribution des produits pétroliers dans le département et réalise 80 millions d'euros de chiffre d'affaires. La station des Deux Canons est l'une des plus fréquentées de l'île.
Elle a les reins solides, mais les salariés ne sont pas prêts de flancher non plus !
Assez de mensonges !
Régulièrement dans la presse, les ouvriers agricoles sont discrédités et sont traités de paresseux qui préfèrent toucher le RMI que de travailler ou encore de profiter du système en cumulant le RMI et le travail au noir.
En réalité, malgré les aides diverses, les planteurs refusent de déclarer les ouvriers agricoles s'il faut les payer au SMIC mensuel.
Les ouvriers agricoles sont plus nombreux que les planteurs (environ 7000). Le gros de la main d'Suvre est concentré sur la culture de la canne à sucre dont la production est d'environ 1 800 000 tonnes par an.
Mais leur isolement sur les petites exploitations qui emploient en moyenne trois ou quatre ouvriers et sur les grosses exploitations où ils sont divisés par petits groupes de dix sur différentes " basses-cours " rend difficile leur organisation pour défendre leurs droits, même les plus élémentaires.
C'est pour cette raison que ces exploités sans voix ont les salaires les plus faibles et travaillent à la tâche, alors même que la loi l'interdit.
Les coupeurs de canne sont payés à la tonne coupée et les prix varient de 9 euros sur les grosses exploitations à 16 euros sur certaines petites exploitations.
La différence de prix s'explique surtout par le fait que les petits planteurs coupent eux aussi la canne et subissent eux aussi le travail harassant de la coupe de cannes. Les gros planteurs, eux, profitent de l'abondance de la main d'Suvre pour faire chuter les prix de la tonne coupée.
Un coupeur coupe en moyenne entre 3 à 4 tonnes par jour. À 9 euros la tonne, cela ne fait que 27 à 36 euros pour une journée de huit heures, alors que le SMIC est à 59 brut pour une journée de 7 heures.
La récolte de la canne enrichit une minorité de gros planteurs et les usiniers et use une majorité mal payée.
Souhaitons que les ouvriers agricoles imposent qu'on leur paye leur dû !
Le PCR fait appel à Sarkozy.
Le PCR veut défendre, à juste titre, le pouvoir d'achat des Réunionnais. Il dénonce, entre autres, les augmentations des prix des produits de consommation courante et des soins que subit régulièrement la population.
Mais pour y remédier, le PCR demande à Sarkozy de respecter sa promesse de donner la priorité au pouvoir d'achat !
Le PCR attend également de Sarkozy un peu plus de " cohérence dans sa politique sociale " par la création d'emplois, la pérennisation des emplois aidés etc...
Les dirigeants du PCR ne sont pas aveugles au point de ne pas voir que depuis son élection, toute la politique Sarkozy consiste à faire le contraire de ce qu'ils demandent. Mais comme ils n'ont pas eux-mêmes un vrai programme pour la défense des intérêts des travailleurs, ils font croire à ces derniers que leurs injonctions auraient un quelconque effet sur la politique anti-ouvrière du gouvernement Sarkozy-Fillon.
Mais heureusement, les travailleurs qui doivent lutter pour leurs revendications dans les entreprises ne se bercent d'aucune de ces illusions distillées par le PCR.
Mayotte, Clandestins naufragés et responsabilités de la France.
Lundi 13 août, une barque transportant quarante clandestins en provenance de l'île d'Anjouan a fait naufrage à proximité de l'île de Mayotte, entraînant la mort de dix-sept personnes, dont huit enfants, et la disparition de dix-neuf autres.
Ce drame fait suite à beaucoup d'autres. Rien qu'au mois de juillet, cinq barques ont connu le même sort, faisant au total près de cent morts et disparus. Depuis qu'en 1994 le gouvernement de Balladur a décidé d'instaurer un visa pour les habitants des trois îles indépendantes (Grande-Comore, Anjouan et Mohéli) voulant se rendre dans l'île de Mayotte restée sous administration française, plusieurs milliers de Comoriens ont trouvé la mort dans les mers entourant les quatre îles de l'archipel.
Le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux en a profité pour redire " la détermination totale du gouvernement à poursuivre sans répit la lutte contre ces filières criminelles ", dénonçant " les trafiquants qui exploitent la misère de ces migrants ". Les chiffres du gouvernement font état de 16 000 Comoriens expulsés du territoire de Mayotte en 2006.
Ayant exercé sa tutelle coloniale sur l'ensemble de l'archipel durant des décennies, la France a de lourdes responsabilités dans la situation actuelle. Avec son statut de Collectivité d'outre-mer, Mayotte bénéficie des transferts de l'État français. Le niveau de vie y est bien plus élevé que dans les autres îles. Le salaire moyen est de 800 euros à Mayotte contre 30 euros dans le reste des Comores et l'île bénéficie de structures de santé qui n'existent pas ou presque pas chez ses voisines. C'est donc pour des raisons de survie que Mayotte attire les Comoriens qui sont prêts à s'entasser sur des embarcations de fortune pour tenter la traversée. Et cela sans compter que les déplacements d'une île à l'autre sont ancestraux et que quasiment toutes les familles comoriennes ont des membres établis à Mayotte. La séparation administrative des îles puis l'instauration du visa n'ont fait qu'ajouter des obstacles aux déplacements.
En promettant à la police de Mayotte plus de moyens pour détecter les mouvements de bateaux clandestins, le gouvernement français pense pouvoir empêcher ceux qui veulent se rendre à Mayotte pour des raisons économiques ou familiales de continuer à le faire. Il ne fera que leur rendre les conditions d'accès encore plus difficiles, au risque d'aggraver le nombre de morts.
Il y a soixante ans l'Inde accédait à l'indépendance.
En août 1947 l'Inde, après plus d'un siècle de domination par l'Angleterre, devient indépendante. La fin officielle de l'exploitation coloniale s'accompagne également de la partition de ce sous-continent en deux pays distinct : l'Inde actuelle et le Pakistan.
Depuis le XVème siècle l'Inde, un pays grand comme six fois la France, est convoitée par les puissances occidentales telles que le Portugal, la Hollande, la Grande Bretagne et plus tardivement la France. C'est l'Angleterre qui s'impose rapidement. Au XVIIIème siècle, elle règne presque sans partage sur le pays, notamment par le biais de la Compagnie anglaise des Indes orientales.
Durant des décennies, les capitalistes anglais, après avoir imposé leur monopole en évinçant les marchands indiens et européens, réalisent des fortunes dans le commerce de produits indiens, en particulier, les épices, les soieries, les cotonnades. Peu à peu le commerce se transforme en pillage. La puissance coloniale anglaise, oblige les paysans à produire essentiellement des matières premières pour les industries, notamment textiles, qui se développent sur le sol anglais.
Les conséquences directes, de ce pillage et de l'exploitation accrue de la main-d'Suvre indienne est la ruine de nombreux paysans et artisans et la baisse inexorable du niveau de vie de la population. Celle-ci s'accompagne de famines de plus en plus fréquentes qui entraînent à leur tour une diminution importante de la population.
Pour asseoir sa domination sur tout un pays et tout un peuple, l'État anglais, représenté en Inde par un vice-roi, n'hésite pas un instant à utiliser, outre l'armée coloniale, les divisions qui existent en Inde. Il maintient le système de castes. Pour obtenir la loyauté des notables indiens et les avoir comme alliés contre les masses, le vice-roi leur accorde quelques places, sans réel pouvoir, dans l'administration. Il laisse également une partie du pays sous le contrôle de princes indiens, les Radjas.
Les oppositions religieuses sont aussi un instrument de division dont usent sans scrupules les Anglais.
Le développement du commerce et de l'industrie en Inde profite aussi aux couches privilégiées indiennes. Cette bourgeoisie, sans s'opposer réellement au pouvoir colonial revendique davantage de considération.
En 1885, elle crée le parti du Congrès national, ancêtre du parti du Congrès qui est encore au pouvoir aujourd'hui. Tout en prétendant représenter le peuple indien, ce parti qui représente la bourgeoisie et les propriétaires fonciers indiens est une caution indigène au pouvoir colonial qui ne tient pas compte de son avis.
Gandhi est issu d'une de ces familles commerçantes aisées. Après des études d'avocat en Angleterre, des allers-retours entre l'Afrique du Sud et l'Inde, il rentre définitivement en Inde en 1914.
Son mode de vie simple contraste avec celui des membres du congrès et impose le respect. Il s'attire la sympathie des masses qui s'identifient à cet homme qui prêche la non-violence. Mais l'art de Gandhi réside justement dans sa capacité extraordinaire à tromper la population pauvre. Il soutient la division de la société en castes qu'il considère comme " naturelles et essentielles ". Il rejette les progrès de la médecine et les hôpitaux qui " sont des institutions pour la propagande du pêcher " et surtout il exhorte les pauvres à la " résistance passive " dans un pays où ceux-ci sont victimes de violences inouïes. Cette politique vise à désarmer les masses face à leurs oppresseurs.
Malgré lui, les révoltes de la population pauvre et des travailleurs sont de plus en plus nombreuses et se radicalisent. Dans la période 1918-1930, des grèves ouvrières éclatent dans les villes industrielles comme Bombay et se transforment en émeutes qui sont réprimées dans le sang par l'autorité britannique.
Les masses sont en ébullition et la classe ouvrière est sur le devant de la scène. Le mouvement des masses réalise l'unité des populations de religions différentes dans la rue. Ceci n'est pas pour plaire aux fondamentalistes religieux, qu'ils soient musulmans ou hindous, qui créent des organisations politiques qui jouent ouvertement sur le terrain de la division sous l'Sil bienveillant de l'autorité coloniale.
C'est dans ce contexte que les membres du parti du Congrès commencent à parler de l'Indépendance. Gandhi s'y oppose dans un premier temps.
À sa sortie de prison en 1931, Gandhi participe à Londres aux négociations de la Table Ronde où il n'est toujours pas question de l'indépendance.
Lors de la seconde guerre mondiale à laquelle il refuse tout soutien, contrairement à ce qu'il fit en 1914, Gandhi met en avant un mot d'ordre plus radical : il exige que les Britanniques quittent l'Inde.
Au sortir de la guerre, l'agitation reprend de plus belle et la marche vers l'indépendance s'accélère.
En mai 1946, une mission ministérielle anglaise arrive en Inde sous la direction du dernier vice-roi, Lord Mountbatten.
Le parti du Congrès et la Ligue musulmane se concurrencent pour se positionner aux mieux dans la course au pouvoir.
En février 1947, Lord Mountbatten propose de couper l'Inde en deux en créant le Pakistan. La délimitation des frontières reste secrète jusqu'à la proclamation de l'indépendance.
Des millions de personnes, suivant leur religion, se retrouvent du mauvais côté de la frontière. Il en résulte du côté musulman comme du côté hindou, des massacres atroces qui font entre 180 000 et 500 000 morts.
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