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mis à jour le 01/10/2007
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2007
Dans ce numéro
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Une société malade.
Le gouvernement veut imposer de nouvelles franchises médicales. Le patient devra débourser de sa poche un demi-euro sur chaque boîte de médicaments, deux euros aussi pour les actes paramédicaux, comme chez le kiné par exemple, et deux euros encore si son état exige le déplacement en ambulance. Et ces franchises s'ajoutent à celles qui nous sont imposées depuis trois ans : le forfait d'un euro par acte médical, le forfait hospitalier porté à 18 euros par jour, sans parler du déremboursement, partiel ou total, de centaines de médicaments.
Il s'agit de sommes forfaitaires, les mêmes pour les plus riches que pour les plus pauvres. Elles frappent donc surtout ceux qui, tout en ne bénéficiant pas de la CMU, n'ont qu'un revenu modeste : bas salaires, précaires et la majorité des retraités.
La conséquence de ces mesures est évidente : tous ceux des classes populaires, qui ne s'en sortent pas avec ce qu'ils gagnent, y regarderont à deux fois avant d'aller chez le médecin. Ils se soigneront plus mal, plus tard, voire trop tard !
Pour justifier cette mesure inique, le gouvernement rechante le refrain sur le déficit de la Sécurité sociale. Ce gouvernement, qui ose se justifier par le déficit de 11 milliards de la Sécurité sociale prévu pour 2007, est le même qui a fait 15 milliards d'euros de cadeaux fiscaux pour les plus riches. Et ce n'est pourtant qu'une faible partie des 100 milliards d'aides que l'État verse aux entreprises, c'est-à-dire à leurs propriétaires.
On prend dans la poche des malades et des plus pauvres, au même moment où, par le biais des banques centrales, on déverse des dizaines de milliards pour voler au secours des spéculateurs en sauvant le système financier.
Et puis, d'où vient le déficit de la Sécurité sociale ? Les caisses de celle-ci servent à tous les gouvernements lorsqu'ils veulent faire des cadeaux aux entreprises. Il y a mille et une manières pour un patron de ne pas payer de charges sociales. C'est du vol pur et simple, car ces cotisations sociales font partie intégrante du salaire. Chaque diminution ou suppression de charges sociales est, en réalité, une réduction de salaire.
Si tous les patrons payaient les charges sociales, les caisses de la Sécurité sociale seraient largement bénéficiaires.
Bien sûr, l'État est censé compenser les baisses de charges sociales, mais il ne le fait que partiellement, en retard, voire pas du tout. Et de toute façon, même la part qui est remboursée à la Sécurité sociale sort des caisses de l'État. Voilà la raison pour laquelle l'État est en faillite, comme le dit Fillon. Voilà pourquoi il n'y a pas assez d'argent pour les écoles, pour les hôpitaux et pour les services publics.
Les journaux télévisés pourront bientôt faire l'économie de présentateurs, tant Sarkozy occupe les écrans de télévision, pour ainsi dire chaque jour depuis la rentrée de septembre. Sa fébrilité médiatique vise à faire passer au plus vite toutes les mesures que le patronat lui demande de faire passer : la réduction des retraites et l'aggravation des conditions dans lesquelles on peut les prendre, les suppressions d'emplois dans les services publics et les restrictions du droit de grève, c'est-à-dire des moyens de se défendre.
Les mesures contre les classes populaires se suivent en rafale, pendant que le grand patronat et les plus riches sont choyés... jusqu'à la dernière mesure qu'il ne faudra pas prendre, jusqu'à ce que la marmite explose sous la colère des victimes de cette politique, mettant ainsi fin aux gesticulations frénétiques de l'homme du patronat installé à l'Élysée.
En attendant, Lutte Ouvrière appelle à participer à toutes les protestations organisées contre les atteintes à notre niveau de vie.
Arlette Laguiller.
Halte aux crimes contre les femmes.
Le 18 septembre, une femme et un bébé ont été tués et une petite fille grièvement blessée par l'ex-mari qui sortait de prison où il avait déjà été emprisonné pour des faits de violence. À la suite de ce drame, la presse a rappelé combien nombreuses étaient les femmes mortes ou handicapées à vie, suite aux coups de leurs compagnons ou ex-compagnons depuis seulement trois ou quatre ans.
Le plus souvent elles avaient manifesté leurs craintes auprès de la police ou des services sociaux, sans succès à l'évidence. Aussi, beaucoup s'interrogent sur cette impuissance qu'ils trouvent à juste titre anormale. Des lois existent certes, mais elles ne peuvent pallier une volonté de protection qui n'existe pas vraiment et surtout faire totalement pièce à des préjugés entretenus depuis des siècles et très vivaces encore.
La violence faite aux femmes par un individu de sexe masculin est la première cause d'invalidité et de mortalité des Européennes de 16 à 44 ans, avant même les accidents de la route ou les maladies comme les cancers. Elle prospère presque naturellement au sein d'une société qui justifie les inégalités et les violences. Quand les guerres, la misère, le fonctionnement chaotique de tous les rapports sociaux sont présentés comme légitimes ou inévitables, rien d'étonnant alors que de tristes individus en viennent à exercer leurs violences contre celles qu'ils considèrent plus faibles qu'eux, entre autres contre les femmes vis-à-vis desquelles ils se croient tout permis et qu'ils s'estiment autorisés à dominer.
Certes, il faudrait bannir l'indifférence, le laisser-faire, l'individualisme croissant. Il faudrait réagir collectivement. Cela n'éviterait pas tous les drames, sans doute, mais cela créerait un environnement plus sécurisant, plus humain.
Par l'action collective, le mouvement socialiste et communiste a tenté de créer de telles relations. Il a été le premier à dénoncer la situation faite aux femmes et à expliquer, il y a à peu près deux siècles déjà, que le degré d'émancipation d'une société se mesurait au degré d'émancipation des femmes. Mais le mouvement ouvrier fit plus encore, il donna aux femmes la place qui était naturellement la leur dans les combats des opprimés. Et c'est dans ce combat que bien des femmes acquirent non seulement une égalité et une dignité mais aussi une protection qu'elles ne pouvaient trouver nulle part ailleurs.
C'est dans cette voie qu'il faut à nouveau s'engager.
Violences à l'école, quelles solutions ?
Jeudi 20 septembre, un élève du lycée professionnel Patu-de-Rosemon, de Saint-Benoît, s'est fait agressé par un groupe de jeunes devant l'établissement. C'est la deuxième agression en moins de quinze jours dans l'enceinte de la cité scolaire.
De tels incidents exaspèrent autant les professeurs que les parents ou les élèves, qui dénoncent à juste titre l'insécurité à l'école en réclamant que des mesures soient trouvées pour protéger les collégiens et les lycéens.
Depuis plusieurs années, il est question d'effectuer des travaux pour notamment sécuriser l'accès des élèves aux bus scolaires, mais les sommes nécessaires ne sont toujours pas débloquées. La mairie a aussi promis de recruter trois agents médiateurs supplémentaires après avoir baissé leur nombre de cinq à trois depuis l'année dernière. Malgré cette promesse, le nombre de médiateurs est nettement insuffisant pour encadrer les 3000 élèves qui fréquentent la cité scolaire bénédictine.
Mais toutes ces mesures, pour nécessaires qu'elles soient, n'enrayeront pas véritablement cette violence stérile. Face à ce problème, important et difficile, ce sont des mesures et une politique d'une toute autre ampleur qu'il faudrait mettre en place, à commencer par respecter le droit à l'instruction et à l'éducation des jeunes. Il est par exemple invraisemblable que 1600 élèves de troisième n'aient pas trouvé de place cette année en lycée professionnel. Il faudrait aussi que tous les jeunes arrivant sur le marché du travail aient un emploi, ce qui est très loin d'être le cas. Il faudrait encore que les jeunes aient la possibilité de se loger, sans être obligés de rester des années dans les logements surpeuplés de leur famille. Bref, ce sont tous les aspects de la vie sociale qu'il faudrait profondément bouleverser pour que les jeunes aient une autre espérance que celle qu'ils pensent trouver en suivant des petits caïds qui reproduisent parfois en pire toutes les tares de la société.
Tout cela peut apparaître utopique, mais en tout cas pas plus que de vouloir régler un problème crucial en refusant de s'en donner les moyens.
Loi sur l'immigration, Hortefeux exécuteur des basses oeuvres.
Le projet de loi du ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Brice Hortefeux, vise explicitement à rendre plus difficile le regroupement familial, c'est-à-dire le fait qu'un étranger travaillant et vivant légalement en France puisse y faire venir sa famille. Cette loi n'empêchera évidemment pas les conjoints de hauts cadres des multinationales de se retrouver à Paris, mais elle multipliera les obstacles mis aux déplacements des familles de travailleurs.
La loi stipule en effet que, pour faire venir sa famille dans des conditions décentes, il faut gagner plus de 1,2 et même dans certains cas plus de 1,33 fois le smic, salaire que bien peu de travailleurs non qualifiés perçoivent. Hortefeux prouve d'ailleurs au passage, s'il en était besoin, qu'une famille ouvrière, quelle que soit sa nationalité, ne peut pas vivre décemment avec un smic pour tout revenu.
En outre, les personnes âgées de plus de 16 ans devront connaître la langue française avant de venir. La loi ne dit pas dans quelles écoles elles pourraient l'apprendre. Les familles devront aussi connaître les " valeurs de la république ". Il y en a au moins une qu'elles connaissent déjà de première main : la toute-puissance de l'État et de ses représentants, qui peuvent toujours refuser un visa sans même avoir besoin de trouver un prétexte.
Des députés de l'UMP ont ajouté des amendements pour durcir encore cette loi. Ils demandent en particulier, pour vérifier que les enfants sont bien ceux du père qu'ils veulent aller rejoindre, de recourir aux tests ADN, à leurs frais, bien entendu ; une mesure que seul un juge peut exiger lorsqu'il s'agit d'un citoyen français.
Au nom de quoi imposer un pareil test aux demandeurs de regroupement familial ? En quoi l'ADN devrait-il être un critère, alors que, pour de multiples raisons, le père génétique et le père réel peuvent ne pas être forcément la même personne. En ravalant les familles d'immigrants au rang de sujets de laboratoire, Sarkozy et Hortefeux font un geste de complaisance envers des députés de droite et les préjugés les plus odieux d'une partie de leur électorat.
Le débat actuel se mène " en urgence ", pour bien montrer que le gouvernement " s'occupe de l'immigration ", c'est-à-dire s'en prend aux immigrés, les contrôle, les expulse, les brime de toutes les façons possibles
Outre un jeu politicien nauséabond, il y a aussi là une attaque contre tous les travailleurs. Car soumettre une partie d'entre eux à l'arbitraire policier et administratif, désigner une partie d'entre eux comme responsables de tous les maux de la société, vise à les diviser et à les affaiblir tous.
À La Réunion, Ibrahim Dindar, vice-président du Conseil général et président de l'Union Centriste et Libérale, avait lui aussi proposé par le passé le test ADN pour les ressortissants Comoriens et Mahorais dans le but de démasquer les Comoriens qui veulent usurper la nationalité française, pour eux ou pour leurs proches.
Mal lui en avait pris. Les propos de Dindar avaient soulevé un tollé au sein de la communauté mahoraise et comorienne et quelques uns de ses membres l'avaient même molesté devant le Conseil général.
Les Hortefeux et consorts en mériteraient tout autant.
Ile de Mayotte, le droit à la santé bafoué.
À Mayotte, il n'est pas un jour de consultation au dispensaire qui ne se fasse sans le contrôle de la Police de l'Air aux Frontières, témoignent des représentants de Médecins du monde. Alors que le droit aux soins devrait être total pour tout le monde, il est battu en brèche dans cette île de l'Océan Indien, située au nord-ouest des côtes de Madagascar et administrée par la France.
Ainsi, dans le cadre d'une politique visant à stopper la venue de populations en provenance des autres îles de l'archipel comorien, une ordonnance de juillet 2004 a mis fin à la gratuité des soins dans les hôpitaux et dispensaires. De ce fait, 35 % de la population dite irrégulière, soit entre 50 000 et 70 000 personnes, n'ont plus aujourd'hui accès à des soins gratuits.
Les rafles quotidiennes pour atteindre les objectifs de reconduites à la frontière fixées par le gouvernement ont eu d'importantes conséquences sur le système sanitaire. Et bien que Mayotte ait été dotée d'une Caisse générale de Sécurité sociale (l'équivalent des CRAM pour les départements d'Outre-mer), ni la CMU, ni l'Aide médicale d'Etat n'y sont pour l'heure applicables.
Depuis 2005, les consultations ont diminué de 20 % dans les dispensaires. Certes, jusqu'en 2010, la gratuité des soins devrait être conservée pour les affiliés sociaux français ou migrants en situation régulière mais pour les personnes dépourvues de titre de séjour, l'accès aux soins passe par le paiement, au guichet, d'un forfait qui varie selon le type de soins. Cela va de 10 euros pour une consultation médicale avec traitements médicamenteux, à 300 euros pour un accouchement.
L'Agence régionale d'hospitalisation a néanmoins établi deux exceptions pour lesquelles une prise en charge est censée être assurée, sans avance de frais. L'une concerne les maladies transmissibles et durables, l'autre des actes d'urgence scrupuleusement répertoriés. À condition toutefois que le critère d'urgence soit accepté, non par un professionnel de santé mais par un agent administratif, ce qui laisse la porte ouverte à tous les arbitraires. Il n'est donc pas rare que des personnes " en situation irrégulière " mais ayant besoin de soins d'urgence, soient renvoyées vers les autres îles des Comores.
C'est d'ailleurs, entre autres pour ces raisons, que la France a été condamnée par la Commission européenne des Droits de l'Homme pour irrégularité dans ses dispositifs de prise en charge des étrangers.
Mais de cela le gouvernement se moque éperdument, seul compte pour lui le nombre des reconduites effectuées. En ce domaine Mayotte se situe d'ailleurs en tête pour les " bons chiffres " du gouvernement. Avec plus de 16 000 expulsés en 2006, l'île totalise à elle seule plus de la moitié des expulsions. Un bien triste record.