Archives du mensuel régional
Région ILE DE LA REUNION01/12/2007
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Il faut augmenter les salaires.
Il devait parler, annoncer des mesures sur les salaires. On allait voir ce qu'on allait voir. On n'a rien vu. Certes, Sarkozy a beaucoup parlé de lui dans sa dernière conférence de presse, mais quant à annoncer des mesures concrètes et chiffrées, rien n'est venu. Si un travailleur veut gagner plus, qu'il travaille plus, qu'il rachète ses RTT, qu'il se fasse payer ses heures supplémentaires, qu'il travaille le dimanche s'il est employé dans la distribution, que les fonds de participation (dans les grandes entreprises) soient débloqués, etc.
Mais concernant l'augmentation des salaires, rien. Pas question pour Sarkozy de contraindre en quoi que ce soit le patronat. Ce n'est pas de son ressort a-t-il dit. Mais en tant que chef de l'Etat, il aurait fort bien pu décider d'augmenter les fonctionnaires qui, comme les autres salariés, ont vu leurs revenus stagner depuis des années. Il aurait pu décider une augmentation du Smic et des minima sociaux. Il aurait pu au moins demander à ce que les patrons augmentent les salaires, sans compensation d'aucune sorte. Pour tout cela il n'y a paraît-il pas d'argent. Mais il y en a eu (15 milliards) pour offrir des cadeaux fiscaux aux plus riches. Et puis surtout, de l'argent il y en a dans les caisses du patronat, à en juger par les bénéfices affichés par les grosses entreprises. La première mesure à prendre pour augmenter le pouvoir d'achat de la population serait donc d'imposer une augmentation générale des salaires en puisant dans ces caisses patronales.
Budget de l'Outre-mer, tout pour arroser le patronat.
L'Assemblée vient de voter le projet de budget 2008 que Sarkozy a voulu " basé sur la valorisation du travail pour créer de la richesse et de l'activité ". C'est en fait un budget en stagnation que le gouvernement a présenté. Les sommes quasi identiques, versées en 2006 et en 2007, n'ont pas résolu les problèmes de l'emploi, du logement, de la précarité dans le travail. Elles ne les résoudront pas plus aujourd'hui, d'autant que, pour une grande part, elles vont dans les poches des patrons.
Le gouvernement a ainsi annoncé une baisse drastique de 20 à 25 millions d'euros des crédits dédiés au financement des " contrats aidés " (CAE, CEC, contrats d'avenir, CIA, Cirma). Plusieurs centaines de contrats ne pourront donc plus être financés et ce sont autant de salariés qui perdront leur emploi.
Pour se justifier, le gouvernement explique qu'il a décidé de réorienter ses aides vers le " secteur marchand " pour aider les employeurs privés à embaucher. Sur le budget de l'Outre-mer, 867 millions seront destinés aux exonérations de cotisations patronales qui augmenteront, elles, de 6 % par rapport à 2007, creusant d'autant le déficit de la caisse locale de la Sécurité sociale.
Malgré ce nouveau pont d'or offert par le gouvernement au patronat, rien ne garantit que celui-ci embauchera. Cela fait des années que les gouvernements accordent aux patrons des exonérations de cotisations sociales et le chômage touche toujours 30 % des travailleurs à la Réunion. En revanche, il est certain que l'argent utilisé jusqu'alors par l'Etat pour assurer un maigre revenu à quelques centaines d'ex-chômeurs va passer dans les poches de patrons qui n'en ont nullement besoin.
Quand le malheur des uns... fait le bonheur des autres.
À Salazie, le chômage touche une grande partie de la population en âge de travailler. Peu d'emplois sont offerts dans le cirque et quand c'est le cas ce sont la plupart du temps des emplois précaires et mal payés.
Récemment la commune a ouvert une maison de l'emploi. Les chômeurs n'auront donc pas besoin de descendre à Saint-André ou Saint-Benoît pour prendre connaissance des annonces. Mais surprise, ce n'est pas un bureau de l'ANPE (organisme public) que la maison de l'emploi hébergera, mais une antenne... d'Adecco, officine privée de placement d'emplois précaires ! Même des collectivités locales s'y mettent pour permettre à quelques requins de s'engraisser sur la détresse des sans emplois.
Alon met ansamb.
Mardi 20 novembre deux mille grévistes ont manifesté dans les rues de Saint-Denis et de Saint-Pierre : ouvriers TOS de l'Education nationale opposés à la suppression de leurs emplois, personnel hospitalier dénonçant le manque d'emplois dans les hôpitaux, mais aussi étudiants et lycéens opposés à la loi Pécresse sur l'autonomie des universités. Ici comme en France, la politique de la droite au gouvernement provoque la réaction et la colère des travailleurs et de la jeunesse.
Le mécontentement concerne l'insuffisance des emplois, les bas salaires et le manque de perspectives d'avenir. Certains comme les TOS ont déclaré qu'ils n'arrêteraient pas la lutte en si bon chemin. Ils ont raison ! Et d'ailleurs, plus nous serons nombreux à nous faire entendre, plus nous aurons de chance de l'emporter.
Gauche, droite, ils veulent tous nous faire marcher au pas.
Interviewés par l'hebdomadaire l'Express à propos de la réforme des retraites voulue par Sarkozy, Ségolène Royal et François Hollande ont déclaré que " le passage à 40 annuités de cotisations était inéluctable ", mais que s'ils avaient été au pouvoir, ils auraient, eux, privilégié la négociation.
À entendre les dirigeants nationaux du PS, on comprend mieux comment certains n'ont eu aucune difficulté à participer au gouvernement Sarkozy !
De l'argent pour les crèches et les écoles.
En matière de crèches, l'État aurait paraît-il pris conscience du retard de La Réunion par rapport à la Métropole. Il annonce donc des aides à la création d'une crèche par commune... à condition qu'elle en fasse la demande et qu'elle mette à disposition un terrain constructible viabilisé. Il propose également de financer la création de micro crèches de quartier pour neuf enfants de moins de six ans... "à titre expérimental " !
Non seulement le réveil de l'État est tardif, mais ses propositions sont loin de satisfaire les besoins en crèches ou autres structures d'accueil pour la petite enfance.
Actuellement, pour 1 000 enfants, le nombre de crèches avoisine les 35 (contre 63 pour 1 000 en Métropole). Par ailleurs, le taux de scolarisation des enfants de deux ans est de 14 % pour l'ensemble de l'île, un chiffre bien trop bas.
Le nombre d'enfants de moins de trois ans est d'environ 43 000 alors que les places disponibles ne dépassent pas 27 000.
Le manque cruel de structures d'accueil et d'assistantes maternelles dans l'île pose un vrai problème aux familles, notamment aux femmes qui doivent se débrouiller pour faire garder leurs marmailles lorsqu'elles travaillent. Parfois, elles doivent renoncer à chercher du travail, voire à l'abandonner.
Sachant que la lutte contre l'échec scolaire doit se faire dès la maternelle, il est urgent que l'État, le Conseil général et les communes consacrent davantage d'argent pour l'encadrement et l'éducation des enfants.
Le patronat n'en a jamais assez.
Parisot, la présidente du syndicat patronal le MEDEF, pense que Sarkozy ne va pas assez loin et pas assez vite dans sa politique de démolition sociale. Elle a récemment déclaré qu'elle était pour supprimer la durée maximale du travail. Revenir un siècle en arrière quand les patrons pouvaient exploiter les travailleurs douze voire quatorze heures par jour, voilà ce à quoi rêve la représentante du MEDEF !
Quelques jours plus tard, elle est revenue à la charge proposant au gouvernement de porter la période d'essai d'un CDI d'un mois à six mois pour les ouvriers et employés, et à un an pour les cadres. Elle voudrait aussi donner aux patrons la possibilité de licencier un travailleur "à l'amiable ", c'est à dire, sans avoir à lui payer d'indemnités de licenciement. Les patrons pensent qu'ils ont le vent en poupe. Il est temps que le vent tourne !
Et nos salaires ?
La presse vient d'annoncer une probable augmentation de la viande pays de 40 à 50 % au prétexte que les aliments pour animaux composés principalement d'oléagineux voient leurs prix s'envoler sur le marché mondial où, dans le même temps, se développe une spéculation sur les prix de certaines graines qui servent à produire du carburant " vert ".
Les prix s'envolent, seuls nos salaires font du sur place. Il est grand temps qu'ils suivent le même mouvement ascendant que les prix !
Tepa dans l'coup.
Avec sa loi du 21 août 2007 " en faveur " du Travail, de l'Emploi et du Pouvoir d'Achat (dite TEPA), Fillon, le Premier ministre de Sarkozy, prétendait relancer l'économie par la demande.
Défiscaliser les heures supplémentaires (coût : six milliards d'euros sur trois ans), devait paraît-il permettre aux salariés de " gagner plus en travaillant plus ".
Mais les patrons n'utilisent les heures supplémentaires que lorsqu'ils en ont besoin, et ne les paient pas toujours. Les salaires restant par ailleurs toujours bloqués, le pouvoir d'achat des salariés régresse.
La presse réunionnaise affirmait récemment, sondage à l'appui, que les salariés réduiraient leurs dépenses pour les fêtes de fin d'année, la priorité étant aux achats de première nécessité.
Le slogan de campagne électorale de Sarkozy : du vent, du vide !
Travailler pour gagner sa vie, pas pour risquer de la perdre.
Un grave accident a eu lieu il y a quelques semaines chez Pico. Deux ouvriers de cette entreprise du bâtiment travaillant à Sainte-Marie sur le chantier d'évacuation des eaux usées ont été ensevelis dans une tranchée profonde de plus de trois mètres, suite à l'éboulement de talus de terre. La tranchée n'avait pas été " blindée " comme l'avaient demandé ces deux ouvriers. Le patron de Pico n'ayant pas jugé bon de " perdre du temps "à cela, il a préféré prendre le risque d'un accident. Un de ces travailleurs a eu deux côtes cassées et un fémur fracturé, l'autre a été fortement contusionné. Tous deux sont gravement choqués.
Pour se donner bonne conscience et "être en règle " avec la Sécu, le patron a convoqué tous les ouvriers au siège de son entreprise pour faire un point expéditif sur l'accident d'où il ressortait qu'il n'y était pour rien.
Que vaut la vie d'un travailleur pour un tel patron ?
Accord de partenariat économique, un marché de dupe.
Plusieurs articles parus dans la presse locale ont relaté les inquiétudes de ceux que l'on désigne couramment sous le vocable d'" acteurs économiques ", en l'occurrence le président de la Région, Paul Vergès, celle du département, les patrons, le président de la Chambre d'Agriculture et divers autres dirigeants syndicaux. Le spectre qui hante leur esprit : les Accords de partenariat économique (APE).
Il faudrait, d'après eux, se mobiliser contre la menace représentée par ces accords qui permettraient aux pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) bien plus pauvres que les pays européens, d'exporter sans entraves leurs produits en Europe et donc à La Réunion.
Leurs solutions seraient d'exclure les DOM de ces accords, tout en obtenant la garantie que l'octroi de mer, cette taxe sur la consommation soit maintenue.
Pour donner foi à ses doléances, tout ce beau monde se pose en défenseur des petits commerçants, artisans ou agriculteurs... en oubliant que ces derniers sont d'abord les victimes de plus gros qu'eux et des banques qui ne leur font aucun cadeau.
Mais il ne faut pas s'y tromper. Dans cette affaire, ce qui se discute ce ne sont absolument pas les intérêts de la population mais ceux parfois contradictoires, de la classe capitaliste. Certains d'entre eux, ceux qui produisent exclusivement à La Réunion peuvent évidemment se sentir fortement concurrencés par des productions venant de pays où la main d'Suvre est meilleur marché. Et, pour cette raison, ces mêmes patrons peuvent demander que soient maintenues les taxes à l'importation censées les protéger. Mais d'autres patrons, qui eux produisent dans les pays pauvres, ont tout intérêt à ce que les marchés soient ouverts. Produire à très bas coûts et vendre au plus cher, quel bonheur pour un patron !
Dans toutes ces discussions, l'intérêt des populations des pays pauvres de la zone ACP n'est jamais pris en compte. Et quand les dirigeants politiques de la France ou de l'Europe prétendent que leur but est de " stimuler les exportations, les investissements et le développement des pays ACP ", ils mentent effrontément, sachant fort bien que tous les accords qui se concoctent ont pour seul but de permettre aux capitalistes européens de tirer avantage de l'exploitation des richesses et de la surexploitation des travailleurs de ces pays.
L'échange entre les pays capitalistes occidentaux et ces pays, presque tous anciennement colonisés, a toujours été fortement inégalitaire. Lors d'un précédent cycle de négociations portant sur la définition des termes de l'échange, un expert africain expliquait : " Nous pouvons exporter en franchise douanière des ordinateurs, des voitures de sport et du matériel de centrale nucléaire. L'inconvénient, c'est que nous n'en fabriquons pas. Il est émouvant de savoir que nous pouvons exporter vers l'Europe du sorgho, du manioc. Mais malheureusement, le consommateur européen n'en veut pas... ". Après cela, parler de " partenariat " est une véritable fumisterie. Quant aux travailleurs Réunionnais, ils n'ont pas à choisir un camp plutôt qu'un autre, entre ceux qui prônent le protectionnisme et ceux qui se disent partisans du libre-échangisme. Tous mènent une politique défavorable au monde du travail et doivent être perçus comme tels.
Vis ma vie... pour de faux.
Le 21 novembre, une quinzaine de membres de l'Éducation nationale d'un côté et autant de chefs d'entreprises de l'autre se sont prêté à un jeu de rôles consistant à vivre, pour une journée, les métiers des uns et des autres.
Le tandem de choc était constitué de Paul Canioni et de François Caillé, respectivement recteur de l'académie et président du MEDEF local.
Le but de cette journée était de rapprocher l'école et les élèves de l'entreprise et vice-versa. Mais dans la vraie vie, les choses ne se passent pas exactement comme cela et les anciens élèves ne vont pas s'asseoir, ne serait-ce qu'une journée, dans le fauteuil d'un patron. Ils galèrent plutôt avant de trouver un travail. Quant aux patrons, aucun d'entre eux n'accepterait de se mettre dans la peau d'un demandeur d'emploi.
Mais dans la vraie vie, il y a ceux qui travaillent ou demandent à travailler et ceux qui vivent du travail des autres. Et cette réalité là, aucun jeu ne pourra la gommer.
Aux Antilles, l'épidémie de dengue et l'insuffisance des moyens.
Aux Antilles, une épidémie de dengue ne cesse de progresser avec quelque 6 000 cas recensés. Les pouvoirs publics s'en inquiètent mais comme c'est souvent le cas, avec retard et dans un affolement qui donne l'impression que les autorités ne savent pas trop quoi faire.
Ce n'est pas la première fois qu'une telle épidémie frappe. En 1995, la Direction de la santé et du développement social avait fait preuve d'inefficacité, liée principalement au manque de moyens.
Alors que cette fois-ci l'épidémie est encore plus importante, les manques sont toujours les mêmes. À la base, il y a une insuffisance de moyens matériels et humains : le nombre d'agents chargés de la prévention est en régression et ils ne disposent pas de matériel suffisant.
Aux Antilles avec la dengue ou à La Réunion avec le chikungunya, les problèmes sont identiques. Dans l'un et l'autre de ces départements, la santé de la population n'est pas une priorité pour les pouvoirs publics.