| Site régional | |
![]() |
Articles sur La Réunion parus dans Lutte OuvrièreArchives |
| mis à jour le 16/06/2006 | |
| ILE DE LA REUNION | |
|
Articles
Articles récents
Archives
Dans cette section
août - novembre 2007
janvier - juillet 2007
septembre - décembre 2006
janvier - juin 2006
juillet - novembre 2005
février - décembre 2004
février - octobre 2003
Dans cette page
16/06 - (LO #1976) - Archipel des Comores, un nouveau président mais aucun espoir pour la population.
16/06 - (LO #1976) - Mayotte, La voix de son maître.
16/06 - (LO #1976) - Mayotte, Le chikungunya continue de sévir.
03/03 - (LO #1961) - Ile de la Réunion, Trop-plein de moustiques... et de ministres!.
24/02 - (LO #1960) - L'épidémie de chikungunya, virus et fric, deux maux complémentaires.
03/02 - (LO #1957) - Epidémie de chikungunya à la Réunion, une réaction tardive.
27/01 - (LO #1956) - Ile de la Réunion - épidémie de chikungunya, les responsabilités de l'Etat.
|
16/06/2006
(LO #1976) - Archipel des Comores, un nouveau président mais aucun espoir pour la population.
A peine le nouveau président comorien, Ahmed Abdallah Sambi, a-t-il été élu et investi le 28 mai dernier, que Chirac le félicitait, espérant qu'il serait à même de maintenir l'unité de l'archipel.
Ancienne colonie française située dans l'océan Indien, entre les côtes de Madagascar et celles d'Afrique de l'Est, l'archipel des Comores compte quatre îles, la Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte. Les trois premières sont devenues indépendantes en 1975, alors que Mayotte choisissait, elle, de rester dans le giron de la France.
Ces îles ont été le théâtre des macabres exploits d'un mercenaire français, Bob Denard, qui y a organisé plusieurs coups d'Etat. En 1975, il orchestra le renversement d'Ahmed Abdallah (un quasi-homonyme de l'actuel président), puis le remit en selle trois ans plus tard, avant de l'assassiner quelque temps après. En 1978, il déposa Ali Soillih, qui lui aussi fut assassiné. Bob Denard fomenta un dernier coup d'Etat en 1995 contre Saïd Mohamed Djoar. Le gouvernement français se sentit alors obligé d'intervenir pour libérer Djoar et lui trouver refuge dans l'île de la Réunion.
Les élections qui viennent d'avoir lieu se sont déroulées sous contrôle d'une force armée de 800 hommes dépêchée par l'Organisation de l'Unité Africaine. Elles s'inscrivaient dans un processus dit de "réconciliation nationale" qui a donné naissance à une "Constitution de l'Union des Comores", censée cimenter l'unité des trois îles, mise à mal en 1997 par une proclamation d'indépendance faite par Anjouan. Certains de ceux qui à cette époque demandaient la séparation d'avec la Grande Comore, réclamaient un rattachement avec Mayotte, aussitôt refusé par la France. L'ancienne puissance coloniale ne voyait aucun intérêt à resserrer les liens avec une autre île de l'archipel, Mayotte lui suffisant pour affirmer sa présence dans cette partie du monde. Et comme rien, dans les productions comoriennes, n'avait un quelconque attrait pour les bourgeois de France, ces îles sont restées dans un abandon presque total, tentant de survivre avec quelques productions agricoles, dont la vanille.
Aujourd'hui, la population comorienne vit dans un état de grande pauvreté. L'espérance de vie est de moins de soixante ans. La mortalité infantile atteint 76 pour mille. Le tiers des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance. La récente flambée du prix du pétrole a encore enfoncé les 770000 habitants de ces îles dans le cercle infernal de l'appauvrissement. Rien d'étonnant alors que beaucoup de Comoriens, notamment les Anjouanais, voulant fuir la misère, tentent de gagner l'île proche de Mayotte, sur les embarcations de fortune et souvent au péril de leur vie.
Voilà où est le véritable problème du gouvernement français. Et quand Chirac félicite le nouvel élu en l'assurant de "la disponibilité de la France à appuyer ses efforts", ce n'est certainement pas pour que la population des Comores ait accès à un mieux-être, mais plutôt pour que ses gouvernants aient l'autorité nécessaire pour l'empêcher de tenter de fuir sa misère.
E.G.
16/06/2006
(LO #1976) - Mayotte, La voix de son maître.
Le maire UMP de Brandélé, une commune de Mayotte, a été condamné à un an de prison avec sursis et à deux ans de privation de ses droits civiques. Il avait donné l'ordre d'incendier des cases habitées par des personnes d'origine comorienne qui n'avaient pas de titre de séjour. Les victimes de cet incendie avaient tout perdu: argent, mobilier, papiers... Elles s'étaient retrouvées sans toit, alors que la période des pluies débutait.
Au tribunal, le maire a essayé de se justifier en prétextant que ces personnes vivaient dans des conditions d'insalubrité et d'insécurité. Mais si c'était là les raisons de son acte, pourquoi ne pas avoir tout fait pour aider à leur relogement dans des conditions décentes? En fait, son geste s'est inscrit dans la campagne contre l'immigration comorienne encouragée par les déclarations et la politique du gouvernement, en particulier celles de Barouin, le ministre de l'Outre-mer. Celui-ci avait récemment déclaré que les lois (déjà restrictives envers les immigrés) devaient être renforcées en Guyane et à Mayotte.
E.G.
16/06/2006
(LO #1976) - Mayotte, Le chikungunya continue de sévir.
Si, à la Réunion, l'épidémie de chikungunya ne fait plus la une de l'actualité, elle n'en continue pas moins à sévir. Entre 1000 et 1500 nouveaux cas sont recensés chaque semaine. Au total 270000 personnes, sur les 770000 habitants que compte l'île, ont été infectées par le virus. Parmi elles, 232 sont décédées.
Aujourd'hui, on est certes loin du chiffre de 47000 nouveaux cas par semaine, atteint lors du pic de la maladie à la fin du mois de janvier. Mais 1000 à 1500, c'est tout de même bien plus que les 83 nouveaux cas enregistrés chaque semaine à la fin de l'année 2005. C'est ce qui fait dire à certains que l'épidémie pourrait de nouveau repartir et qu'il est nécessaire de toujours prémunir la population contre sa propagation, pour l'heure freinée mais non enrayée.
En tout cas, les Réunionnais qui ont besoin de vigilance et de réactivité ne doivent surtout pas prendre exemple sur une mission parlementaire dénommée "Chikungunya". Cette mission avait été créée le 16 janvier dernier à la demande expresse d'une députée communiste de la Réunion. Mais ce n'est que le 6 juin, c'est-à-dire cinq mois plus tard, que ladite mission est arrivée dans l'île, après avoir pris tout son temps pour paraît-il étudier "hors sol" les diverses caractéristiques de la maladie. Le peu de sérieux de la mission a entre autres été attesté par le fait que le président-rapporteur, un homme de droite, a soigneusement évité de rencontrer les représentants du Conseil régional, présidé par Paul Vergès, principal dirigeant du Parti Communiste Réunionnais. Même attitude envers les maires de l'île, dont trois seulement ont été auditionnés. Mais cela n'a finalement aucune importance, puisque rien ne sortira de cette mission, en tout cas pas de nouvelles mesures qui seraient utiles et attendues, comme la distribution de kits insecticides à toute la population, pour qu'elle traite elle-même les sites larvaires proches de leur domicile.
La mission a tout de même semblé remplir sa fonction, quand elle s'est démenée pour rencontrer les représentants patronaux. Le contact a été pris, non pas avec trois d'entre eux seulement, mais avec tous. Les parlementaires ont en effet rencontré les organismes patronaux: la SGAR, l'IEDOM, l'Adir, le Medef, le président de la Chambre d'industrie et celui de la Chambre des métiers. Bref, tout ce que la Réunion compte de patrons s'était rassemblé auprès de la mission pour se féliciter qu'un nombre élevé de dossiers d'indemnisation aient été acceptés. Sur 963 demandes d'indemnisation, 761 ont déjà eu un avis favorable. Il n'en a évidemment pas été de même pour les travailleurs, dont beaucoup ont perdu sur leur salaire, sans espoir de toucher le moindre dédommagement.
Après avoir quitté la Réunion, la mission parlementaire s'est rendue dans l'île française de Mayotte, où l'épidémie de chikungunya atteint son pic le plus élevé. Actuellement 45000 personnes, sur les 180000 habitants que compte l'île, sont touchées par la maladie, 10% d'entre elles développent des formes graves et invalidantes. L'épidémie agit comme un révélateur du mauvais état sanitaire dans lequel vit la population de l'île. Les services hospitaliers, le seul hôpital et les quelques dispensaires, ont des possibilités d'accueil notoirement insuffisantes pour faire face aux besoins de la population, qui doit faire des heures de queue avant de pouvoir consulter. Et, là comme ailleurs, il est envisagé, par souci d'économies, de regrouper des dispensaires. Autrement dit, il est envisagé de fermer certains établissements, ce qui rallongerait d'autant les temps de transport. La pauvreté des Mahorais -la moitié d'entre eux n'ont pas de travail et beaucoup de ceux qui en ont un touchent un smic à 650 euros- ajoute encore aux difficultés de se soigner. Et pour parfaire le scandale, des médecins mahorais ont révélé les difficultés qu'ils rencontrent pour procéder dans les cas graves à des évacuations sanitaires vers les hôpitaux réunionnais, dont les administrations refusent les patients.
Les populations ne sont donc pas victimes du seul virus, mais aussi de la pauvreté et du sous-équipement.
Emile GRONDIN
03/03/2006
(LO #1961) - Ile de la Réunion, Trop-plein de moustiques... et de ministres!.
Après les ministres de l'Outre-mer, de la Santé, du Tourisme, c'est le premier d'entre eux qui, à grands renforts de publicité et de soutiens médiatiques, est venu sur l'île de la Réunion apporter l'aide de l'Etat dans la lutte contre l'épidémie de chikungunya.
Baroin, qui avait précédé Villepin, n'avait pas dévoilé le montant des fonds que le gouvernement serait prêt à débloquer, voulant sans doute lui laisser l'effet d'annonce. C'est donc à une centaine de millions d'euros que devraient se monter les sommes destinées non seulement à combattre le chikungunya mais surtout à faire face aux conséquences de l'épidémie.
Vingt-deux millions d'euros devraient être consacrés à la crise sanitaire et à la prévention. Dans ce domaine, l'Etat a promis de financer des produits anti-moustiques qui seront mis à la disposition du Conseil général et des communes, ces dernières étant chargées de distribuer gratuitement ces produits aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux enfants en bas âge, ainsi qu'aux plus pauvres de l'île.
La recherche de nouveaux médicaments et de vaccins sera financée à hauteur de neuf millions d'euros. Quant aux 60 millions restants, ils seront mis à la disposition des patrons pour les aider à passer le cap difficile. Et ce n'est peut-être là qu'un acompte pouvant être révisé à la hausse en fonction des besoins.
Sitôt cette somme annoncée, le problème de sa répartition s'est immédiatement posé. Le Medef a d'abord réservé sa position, tout comme le Comité du tourisme, lui aussi sceptique sur les modalités de répartition des aides. L'un et l'autre auraient évidemment aimé pouvoir s'attribuer un maximum d'aides; ce qui se fera certainement au détriment des petits patrons dont la plupart craignent qu'aucune aide ne leur arrive, car elles auront été au passage accaparées par plus gros qu'eux.
Mais ce sont surtout les travailleurs qui sont les laissés pour compte des "largesses" de l'Etat. Des organisations syndicales ont d'ailleurs fait remarquer à juste raison que "les salariés étaient exclus du plan Villepin". Celui-ci a en effet été très bref sur la situation des travailleurs touchés par le virus. Rien par exemple n'a été annoncé concernant une prise en charge de leurs pertes de revenus liées à la maladie. Les trois jours de carence qui équivalent à une perte d'au moins 120 euros ne seront pas indemnisés. De la même façon, l'indemnité journalière versée par la Sécurité sociale aux salariés en congé maladie, et toujours inférieure au salaire, ne sera pas non plus compensée. La perte se monte à un minimum de 25,30 euros par jour de maladie. Au final, cela représente des sommes considérables, toutes prélevées dans la poche des travailleurs, c'est-à-dire de ceux qui en ont le plus besoin. La seule chose qu'ait annoncée Villepin c'est le remboursement intégral des médicaments contre la douleur, dès lors qu'ils sont prescrits par un médecin. Mais le sort des plus démunis importe si peu au Premier ministre et à ses conseillers qu'ils ont oublié d'exonérer les malades hospitalisés du forfait hospitalier.
La visite de Villepin avait aussi pour but de tenter d'effacer les carences de l'Etat durant toute la phase de développement de la maladie. À plusieurs reprises, il a répété d'une façon qui se voulait définitive que personne ne pouvait prévoir que l'épidémie de chikungunya puisse devenir aussi grave. Au moment où Villepin parlait, la maladie avait touché au bas mot 160000 personnes et provoqué directement ou indirectement près de 80 décès. Graphique à l'appui, Villepin a donc tenté de convaincre que le tournant de l'épidémie avait eu lieu récemment, en janvier de cette année, oubliant que durant les premiers huit mois de l'année 2005 des milliers de Réunionnais avaient été infectés par le virus, ce que les autorités gouvernementales ne pouvaient ignorer. Deux parlementaires du Parti Communiste Réunionnais avaient d'ailleurs interpellé le gouvernement à l'Assemblée et au Sénat. Mais celui-ci était resté sourd. Voilà l'exacte vérité. Il a en fait fallu que l'épidémie touche de plus en plus de monde, que des secteurs entiers de l'économie soient eux aussi touchés par le développement de la maladie, pour que des mesures commencent à être prises, au début avec parcimonie. Certes, l'Etat a fini par donner quelques dizaines de millions d'euros, mais en choisissant les heureux élus parmi la classe des riches et en évitant soigneusement les plus pauvres.
De toute façon, les travailleurs réunionnais ne se sont jamais fait d'illusions sur la générosité de l'Etat, beaucoup n'ayant pas oublié que bien des promesses faites après le passage en janvier 1989 du cyclone dévastateur Firinga n'ont à ce jour toujours pas été tenues. Certains, et en particulier parmi les plus démunis, attendent toujours les maigres indemnisations promises à l'époque.
24/02/2006
(LO #1960) - L'épidémie de chikungunya, virus et fric, deux maux complémentaires.
A la Réunion, l'épidémie de chikungunya continue de s'étendre. Il y aurait près de 22000 nouveaux cas par semaine, au moins 120000 personnes auraient été atteintes par la maladie et plus de cinquante décès seraient directement ou indirectement dus au chikungunya.
Certaines associations estiment que ces chiffres sont en-deçà de la réalité puisque des malades ne se rendent pas chez le médecin et que d'autres ne sont pas répertoriés par les services sanitaires. En tout cas, il y a un chiffre sur lequel tout le monde semble s'accorder: au minimum 15% de la population réunionnaise sont ou ont été frappés par la maladie.
Après des mois d'une attitude on ne peut plus laxiste, durant lesquels les autorités sanitaires n'ont pas su ou pas voulu faire face au risque évident, prévu et même annoncé par certains, de l'extension de la maladie, l'Etat a finalement dégagé plus de moyens en matériel et en hommes dans la lutte contre le vecteur du chikungunya: un moustique qu'il faut éliminer, lui et ses larves.
Des centaines de militaires sont venus de métropole. Du matériel nécessaire à la démoustication a été acheminé.Plusieurs centaines de travailleurs réunionnais ayant le statut "emploi vert" ont été aussi mis à disposition. La population n'est pas pour autant rassurée et beaucoup craignent que les tonnes de produits déversés sur l'île aient des effets néfastes, non seulement sur l'environnement mais aussi sur la santé de la population. D'ailleurs, une note préfectorale qui informait des recommandations à prendre lors de l'épandage des insecticides, n'était pas faite pour mettre en confiance.
Elle conseillait instamment par exemple, de ne surtout pas "manger les fruits et légumes du jardin avant quinze jours; passé ce délai, les laver et les peler avant consommation".
Rien d'étonnant alors qu'une polémique se soit développée sur la nocivité des insecticides utilisés. Plusieurs communes ont demandé le droit de pouvoir choisir elles-mêmes les produits devant servir à éradiquer les moustiques, leur préférence allant au BTI, un produit utilisé depuis 1984 aux Etats-Unis et au Canada, et dont l'efficacité, alliée à une absence de nuisance, a été maintes fois reconnue.
Se prémunir contre les moustiques doit aussi pouvoir se faire à une échelle personnelle par l'utilisation de produits répulsifs (serpentins, spray...). Seulement, ces produits deviennent difficiles à trouver et parfois très chers, vendus au double de leur prix, et de ce fait inaccessibles aux plus pauvres. Certains accusent des pharmaciens de spéculer sur le besoin de santé; les pharmaciens se défendent en s'en prenant aux laboratoires ou aux sociétés de grossistes qui ne fournissent pas suffisamment.
Quoi qu'il en soit, et même si les responsabilités sont partagées, tout cela se fait au détriment des plus démunis, des 75000 foyers érémistes, des 33000 personnes au minimum vieillesse et des 31% de la population au chômage. Devant l'ampleur de l'épidémie, il serait pourtant normal que les produits répulsifs soient distribués gratuitement à la population, comme le réclame le syndicat des médecins généralistes de la Réunion. "Difficultés économiques", "baisse du chiffre d'affaires", "entreprises en perdition", tout le monde se penche sur les problèmes des patrons, oubliant que dans les entreprises existent aussi des travailleurs dont les pertes financières sont très importantes et toujours difficiles à supporter. Le syndicat CGTR de l'Est a ainsi calculé qu'un travailleur gagnant 1000 euros par mois et qui s'est arrêté une semaine pour cause de maladie, perd 187 euros (les trois jours de carence auxquels s'ajoute une prise en charge de 65% seulement sur les deux jours restants). Autre situation tout à fait anormale, celle qui concerne le chômage partiel. "Ce qui est appliqué ici, a expliqué le secrétaire de la CGTR, c'est une rémunération mensuelle minimale, au smic, même pour ceux dont le salaire égale 1,3 ou 1,5 ou deux fois le smic". La CGTR réclame donc une compensation pour que les travailleurs n'aient pas de perte de salaire. L'Etat, maintes fois sollicité, devrait finalement prendre en charge la totalité de l'indemnité du chômage partiel, mais tout est encore formulé au conditionnel. Ce qui choque aussi, c'est que jusqu'à présent rien n'a été fait pour étudier le virus. Il a pourtant été répertorié pour la première fois il y a plus d'un demi-siècle, en 1952-1953, dans des zones de l'Afrique de l'Est et aux Comores, où il ne touchait que des populations non solvables. Quels intérêts pouvaient alors avoir les instituts et surtout les laboratoires à se lancer dans des recherches onéreuses pour lesquelles aucun retour sur investissement ne pouvait être attendu? Aujourd'hui, à la Réunion, c'est aussi de ce laisser-aller et de cette âpreté au gain que la population souffre.
03/02/2006
(LO #1957) - Epidémie de chikungunya à la Réunion, une réaction tardive.
Il aura fallu attendre onze mois après que les premiers cas de chikungunya se soient déclarés à la Réunion, pour qu'enfin les autorités de l'Etat semblent prendre la mesure du problème. Mais en onze mois, la maladie qui aurait certainement pu être rapidement stoppée si les moyens nécessaires avaient été mis en Suvre en temps voulu, s'est aujourd'hui fortement développée, au point qu'il s'agit maintenant d'une véritable épidémie.
Fièvre, douleurs articulaires intenses qui peuvent durer jusqu'à trois mois après leur apparition dans les cas les plus sévères, tels sont les symptômes du chikungunya. Ce terme désigne d'ailleurs certaines des caractéristiques de la maladie. En langage swahili il signifie "celui qui est courbé", en raison des douleurs articulaires qui obligent la personne atteinte à adopter cette posture. C'est dire que le chikungunya n'est pas une maladie bénigne. Et même si on n'en meurt pas (sauf les sujets fragilisés par l'âge ou une autre affection), ce que se plaisent à répéter les diverses autorités, sans doute pour justifier la lenteur de leurs interventions, la maladie est suffisamment handicapante pour être redoutée.
La prudence dont a fait preuve Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, lors de sa venue dans l'île témoigne bien de la crainte qu'inspire le chikungunya. Lors d'une visite effectuée dans la ville de Saint-Benoît, située dans la partie est de l'île, la plus touchée, le ministre a pris soin de rester couvert. Malgré la chaleur et les regards étonnés, il n'a pas tombé la veste ni ôté la cravate, plus pour se protéger du moustique vecteur de la maladie que par souci d'élégance. Attiré par une chair blanche et grasse, un moustique aurait bien pu faire de Bertrand le premier ministre "chikungunyé" du gouvernement. Lors de sa tournée, y compris dans les couloirs de la clinique de Saint-Benoît, Bertrand était suivi par un de ses collaborateurs qui, le Mousti-cologne à la main, était prêt à intervenir au moindre vol suspect. Et comme deux précautions valent mieux qu'une, les services de la mairie étaient venus le matin même débroussailler et nettoyer une rue que devait emprunter le ministre.
L'actuel renforcement des moyens d'action sera-t-il suffisant pour venir rapidement à bout de l'épidémie? Il faut bien sûr l'espérer. Mais si c'est le cas, cela soulignerait, s'il en était besoin, les responsabilités du gouvernement. Car les moyens qu'il met en Suvre aujourd'hui: deux millions d'euros supplémentaires, plusieurs équipes médicales venues de France, quatre tonnes d'équipements de démoustiqueurs, des couveuses, des médicaments, du matériel de pédiatrie et 420 militaires qui doivent démoustiquer chez les particuliers étaient tout de même à la portée d'un des pays les plus riches de la planète.
En fait, c'est un laissez-aller dont n'était pas absente une volonté d'économie qui a conduit à la situation présente. Certains laissent entendre que si le gouvernement et les autorités locales n'ont rien fait pendant si longtemps, c'est qu'ils comptaient sur la saison la moins chaude et la plus sèche, l'hiver austral, pour voir la maladie reculer naturellement. Ce ne fut pas le cas. Et aujourd'hui l'épidémie, qui a déjà touché plus de 40000 personnes et fait plus de 5000 nouveaux cas par semaine, nécessite un traitement autrement plus important. Et le fait qu'elle touche dorénavant les zones les plus touristiques de l'île n'est peut-être pas étranger à l'empressement du gouvernement.
Les représentants de la CGT-Santé de la Réunion se sont insurgés, eux qui avaient depuis longtemps alerté les services. L'un d'eux a ainsi déclaré: "La négligence par rapport au virus reste incomprise... Le congrès de l'Union hospitalière, tenu en mars 2005, avait été marqué par l'intervention d'un représentant comorien, qui signalait l'existence du chikungunya. Le médecin inspecteur de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Drass) avait complété ce propos en signalant à son tour que deux cas de chikungunya avaient déjà été révélés dans le sud de la Réunion."
À Mayotte, une île proche de la Grande-Comore où l'épidémie s'était répandue, des moyens de prévention avaient aussitôt été déployés avec 80 agents sur le terrain. Cela a suffi à enrayer la maladie et dans l'île de Mayotte il n'y eut que 64 personnes touchées par le virus. Par contre, à la Réunion, non seulement les choses ont traîné en longueur mais les personnels étaient en nombre très insuffisant pour faire face à la propagation de la maladie. Ceux de la Drass, par exemple, ne sont aujourd'hui que quarante à l'effectif, alors qu'ils étaient encore 160 en 1985.
Mais les grands moyens mis en Suvre actuellement contre le chikungunya restent tout de même mesurés. Pour l'heure, seules des interventions ponctuelles sont mises en place. Ainsi, il n'est pas prévu d'augmenter comme il se devrait le personnel de la Drass. Quant à la mise en place du service départemental de prophylaxie prévue par l'Etat et le Conseil général, on en parle encore au conditionnel. Tout cela fait dire à nombre de Réunionnais: "Un ministre n'a jamais tué un moustique."
27/01/2006
(LO #1956) - Ile de la Réunion - épidémie de chikungunya,les responsabilités de l'Etat.
Depuis bientôt un an une maladie ronge la Réunion, le chikungunya. Cette maladie, aujourd'hui véritable épidémie, est transmise par un moustique, l'Aedes. Elle provoque chez les personnes atteintes une forte fièvre, des démangeaisons et des douleurs musculaires et articulaires intenses. Certains malades se retrouvent dans l'incapacité de se déplacer sans l'aide d'une tierce personne. Les symptômes peuvent disparaître au bout de quelques jours mais parfois les douleurs durent bien plus longtemps.
Si les chiffres de la préfecture font actuellement état de 10500 personnes atteintes par le virus du chikungunya, ceux fournis par l'ordre des médecins sont largement supérieurs, au bas mot quatre fois plus importants. Plusieurs décès sont maintenant attribués à la maladie. L'épidémie est devenue telle que l'établissement français du sang a suspendu tout prélèvement sur l'île de la Réunion.
Aujourd'hui les autorités préfectorales disent vouloir prendre la mesure du problème et parlent même de faire intervenir l'armée dans des opérations de démoustication, mais le moins que l'on puisse dire est qu'elles ont beaucoup tardé. Pourtant, dès les premiers mois de l'épidémie, une députée et une sénatrice du Parti Communiste Réunionnais (PCR) avaient à maintes reprises interpellé les autorités locales ainsi que le gouvernement sur ce problème de santé publique. Elles n'ont eu aucune réponse satisfaisante de la part du gouvernement, seulement des attitudes méprisantes de ceux qui estimaient qu'elles n'avaient pas les compétences requises pour parler du problème et que le chiffre des 30000 malades qu'elles avançaient était faux, étant donné que les responsables de la Direction des affaires sanitaires et sociales, la DRASS, n'en dénombraient que 4 500.
Tout au long de l'année 2005, l'Etat a ainsi fait la sourde oreille. La seule fois où le préfet est intervenu, c'était pour dire, condescendant, qu'il ne pouvait rien contre le virus mais qu'il comprenait la souffrance des malades. Seulement, cette incompétence affichée masquait d'autres problèmes, comme la faiblesse des moyens mis en Suvre dans l'éradication de l'épidémie.
La DRASS disposait auparavant d'un important service de prophylaxie qui avait d'ailleurs contribué à l'éradication du paludisme à la Réunion. Or, l'Etat a supprimé 120 postes dans ce service entre 1985 et 2005. Aujourd'hui il ne reste que 40 agents pour toute l'île, ce qui est bien insuffisant pour lutter contre le moustique vecteur du chikungunya. Non seulement les services de l'Etat ne se sont pas pressés pour bien informer la population sur l'origine et les conséquences de cette maladie, mais surtout ils n'ont presque rien fait pour lutter contre sa propagation. Ils auraient pu par exemple distribuer aux habitants les produits antimoustiques comme l'a fait le maire PCR de la ville du Port, eh bien non! Et même la baisse des taxes à l'importation sur les produits susceptibles d'aider à l'éradication a été refusée. Les autorités ont au contraire tenté de culpabiliser la population en l'accusant de maintenir des sites larvaires à travers des points d'eaux stagnantes ou par la présence de déchets dans les cours.
Bien sûr, la contribution de la population est nécessaire pour lutter contre l'épidémie, mais cela ne doit pas dédouaner l'Etat de ses responsabilités. C'est seulement ce mois-ci que le gouvernement a promis de débloquer une enveloppe, bien faible, de 600 000 euros afin de mener des actions de sensibilisation, d'information et de démoustication. Si le préfet a réagi ainsi, ce n'est pas par compassion, mais parce que la population avait de plus en plus le sentiment que l'on se moquait de sa santé et qu'on lui cachait la vérité.
De plus en plus de médecins affirmaient d'ailleurs que les chiffres de la préfecture étaient faux et très loin de la réalité. Trente- deux médecins de Saint-Louis, une commune de 50 000 habitants, ont déclaré par exemple que, sur leur seule ville, ils ont enregistré plus de 7 000 cas de personnes contaminées par le virus.
Ce virus qui frappe la Réunion n'est pas inconnu des autorités sanitaires. Répertorié au début des années cinquante, il touche l'Afrique de l'Est depuis de nombreuses années. Il n'existe certes pas de médicaments contre cette maladie, peut-être simplement parce que la mise au point d'un antiviral ne serait pas suffisamment rentable. Restent alors les actions de prévention. Mais là c'est l'Etat et ses économies qui sont responsables. Concernant la contamination par le chikungunya, le moustique n'est donc pas seul en cause. Il semble fortement aidé par le ministère.
|