Articles sur La Réunion parus dans Lutte Ouvrière
Région ILE DE LA REUNION29/12/2006
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(LO #2004) - Madagascar - Ravalomanana réélu président.
Le président malgache, Marc Ravalomanana, a été réélu au début du mois de décembre avec près de 55% des suffrages. D'ici peu, la Haute Cour Constitutionnelle devrait officialiser son élection.
La victoire de Ravalomanna a été saluée par les principaux bailleurs internationaux: Union Européenne, Banque mondiale et FMI. De leur côté, les représentants des principales puissances tutélaires de Madagascar, Chirac en tête, ont été cette fois-ci plus prompts et moins hésitants qu'en mai 2002, au début de la première présidence de Ravalomanana, à lui apporter leur soutien.
Ravalomanana avait en effet succédé à Didier Ratsiraka qui régna presque sans partage depuis un coup d'Etat militaire en 1975. Ratsiraka avait perdu le pouvoir au cours de périodes électorales mouvementées, plus ou moins confuses et parsemées d'échauffourées, où Ravalomanana s'autoproclama président. Cela lui valut alors quelques gestes de désapprobation hypocrite de la part des Occidentaux, vite oubliée après que Chirac, ne voulant surtout pas porter tort aux investisseurs français, se fut empressé d'aller féliciter le nouveau président malgache.
Madagascar est resté de fait sous l'emprise de l'impérialisme français. Actuellement, 600 entreprises dont 230 en zones franches ont des capitaux français dont le Crédit Lyonnais-CA, BNP-Paribas, le groupe Total ou le Groupe Colas. Cent cinquante sociétés sont des filiales françaises. Les groupes réunionnais tels que Bourbon, Caillé, Ravate ne sont pas en reste et se disputent aussi leur part du gâteau.
Ravalomanana est lui-même un capitaliste, à la tête du groupe alimentaire Tiko, créé en 1981 grâce à un prêt de la Banque mondiale. Ce groupe qui a le monopole de la fabrication dans l'île des yaourts s'est aussi développé dans le BTP, a investi dans une compagnie aérienne, la télévision et la radio. Le "roi du yaourt", ancien maire de la capitale Tananarive, s'est frayé un chemin jusqu'au sommet du pouvoir, aidé par les quelques "Tiko boys" préalablement placés dans l'administration. Et comme deux précautions valent mieux qu'une, le président malgache a trouvé l'autorité religieuse en se faisant réélire en 2004 vice-président de l'Eglise réformée de Jésus-Christ qui a obtenu en 2005 un prêt de la Banque mondiale pour financer un rassemblement national de ses pasteurs.
Mais si Ravalomanana s'est beaucoup enrichi, si les investissements étrangers se portent bien, la croissance ne profite qu'à un petit nombre. Le pays est classé 146ème sur 177 sur une échelle du développement mondial, publiée par l'ONU. Les deux tiers des Malgaches vivent en dessous du seuil de pauvreté et 60% de la population souffrent de malnutrition. La population a beaucoup souffert de l'augmentation brutale du prix du riz en 2004. Les salaires sont très bas. Les pauvres ne fréquentent plus les hôpitaux publics depuis que le prix des consultations a été multiplié par dix en février 2005.
Depuis que la gestion de la compagnie nationale d'électricité a été confiée à la société allemande Lahmeyer en juin 2005, les coupures d'électricité sont quotidiennes et durent parfois une semaine, comme par exemple au début du mois de décembre dans certains quartiers de la ville de Maevatanàna. On est loin de "l'électrification de chaque foyer malgache" promise lors de la campagne électorale de 2002.
En dehors de quelques travaux d'infrastructures qui ont surtout profité aux capitalistes, à commencer par Ravalomanana lui-même, rien n'a été fait pour améliorer un tant soit peu les besoins, même les plus élémentaires de la population. Et dans les cinq ans qui viennent, les pauvres ne peuvent espérer guère mieux de la part de Ravalomanana et de sa clique.
Emile GRONDIN
(LO #2001) - Ile de la Réunion, Congé solidarité, les travailleurs dans la rue.
Le 21 novembre, 1500 personnes ont manifesté dans les rues de Saint-Denis de la Réunion, à l'appel de l'intersyndicale CGTR, CFDT, CFTC et UNSA, entre autre pour le maintien du congé solidarité, dispositif contenu dans la Loi Programme pour l'Outre-Mer, et qui doit se terminer le 31 décembre 2006.
Ce dispositif est censé encourager l'embauche des jeunes en remplacement du départ des anciens. Il permet aux salariés du privé de partir en pré-retraite à partir de 55 ans s'ils ont plus de dix ans d'activité et cinq ans dans la même entreprise. Le salarié qui part touche entre 55 et 65 % d'un salaire de référence, déterminé d'après ses rémunérations brutes des douze derniers mois. En retour le patron doit embaucher un jeune de moins de trente ans avec obligation de le garder au moins six mois et de ne pas baisser l'effectif de l'entreprise pendant les deux années suivantes.
Pour 2007, le gouvernement a décidé de baisser sa participation au paiement du congé solidarité, la ramenant de 60 à 50 %. Mais alors, qui paiera ces 10 % manquant ? Les patrons ? Certainement pas ! Dans ce dispositif ce sont eux les plus choyés. En échange d'une participation se montant à 15 % de l'allocation, ils ont la possibilité de rajeunir leur personnel et, comme cela se passe en pareil cas, de le payer moindre. Quant aux 10 % que l'Etat refuse dorénavant de payer, ce seront donc très certainement le Conseil général et régional qui devront mettre la main à la poche.
La plupart des travailleurs ne pouvant envisager un recours au congé-solidarité, ne serait-ce qu'à cause de la faiblesse du montant de la pré-retraite, les effets de ce dispositif ont été inférieurs à ceux annoncés : 2 000 départs au lieu des 7 000 escomptés. Quant aux embauches auxquelles les patrons sont engagés, elles ont sûrement été moindres encore, tant les obligations qui leur sont faites sont facilement contournables.
Malgré tout, il est bien normal que les travailleurs ne veuillent pas voir disparaître cette possibilité de prendre congé de leur patron, ni même qu'elle soit écornée.
(LO #1989) - Ile de la Réunion, grève à l'usine sucrière de Bois-Rouge.
Les travailleurs de l'usine sucrière de Bois-Rouge à la Réunion ont repris le travail lundi 11 septembre après une semaine de grève. La quasi-totalité des 94 ouvriers permanents qui avaient cessé le travail réclamaient une augmentation de 200 euros brut, l'instauration de diverses primes et la réembauche de tous les saisonniers à chaque campagne sucrière. Les saisonniers sont près de 69 dans l'usine, dont la majorité était aussi en grève. Les travailleurs de Bois-Rouge, avec le soutien de la CGTR, ont mené leur grève avec détermination. Organisés sur leurs piquets de grève, ils ont eu la visite et le soutien de militants et de travailleurs d'autres secteurs. Dès le premier jour, les grévistes se sont adressés aux petits planteurs en leur expliquant les raisons de leur mouvement et en les convainquant de ne pas s'y opposer. Et de fait, même si la CGPER (le syndicat des planteurs) n'a pas officiellement soutenu la grève, elle a toutefois fait pression sur la direction de l'usine pour qu'elle accepte de négocier avec les grévistes. La direction de l'usine qui espérait obtenir une reprise rapide du travail n'a, dans un premier temps, rien voulu céder pour finalement signer un protocole d'accord prévoyant la réembauche des saisonniers pour les prochaines années et, toujours pour ces travailleurs, un treizième mois proportionnel au temps passé dans l'entreprise. Ils ont aussi obtenu des tickets restaurants, ainsi qu'une prime de 38,11 euros et 35 kilos de sucre. Les travailleurs permanents ont obtenu, eux, 80 kilos de sucre et la prise en charge par l'entreprise de leurs frais de mutuelle à hauteur de 65% au lieu de 50%. Enfin, tous les travailleurs auront droit à une prime de 250 euros en début de campagne. Les travailleurs permanents n'ont pas obtenu gain de cause sur les salaires mais ils ont repris le travail satisfaits d'avoir fait reculer leur patron sur d'autres revendications. Pour les 200 euros de plus par mois qui sont nécessaires au budget des travailleurs il faudra d'autres luttes. L'entreprise doit payer, elle qui non seulement fait des bénéfices mais qui a obtenu plusieurs millions d'euros de subventions par an, et ce chaque année jusqu'en 2014.