Articles sur La Réunion parus dans Lutte Ouvrière
Région ILE DE LA REUNION27/07/2007
 Retour
(LO #2034) - Ile de la Réunion - Un observatoire qui n'observe rien.
Réclamé depuis sept ans par diverses associations ainsi que par les partis de la gauche réunionnaise, accepté finalement dans les tout derniers temps du gouvernement Villepin, l'Observatoire des prix et des revenus vient d'être installé à l'île de la Réunion.
Cet Observatoire est censé éclairer la population sur la façon dont les prix se forment et faire la lumière sur la disparité des revenus. Le préfet préside aux destinées de l'organisme, accompagné des députés, des sénateurs, des présidents des Conseils général et régional et de bien d'autres notabilités, ayant toutes comme point commun leur éloignement des préoccupations du monde du travail.
Grâce à l'insistance des syndicats de salariés qui avaient menacé de boycotter les réunions de l'Observatoire si des représentants patronaux n'y siégeaient pas, ces derniers sont venus, du bout des pieds, mais uniquement en tant qu'observateurs, si jamais on leur demandait plus de transparence dans leur gestion et leur comptabilité. Mais le risque n'est pas bien grand.
Certes un contrôle serait nécessaire et d'ailleurs beaucoup à la Réunion l'appellent de leurs vSux. Cependant, pour qu'un observatoire puisse être utile aux travailleurs, il devrait d'abord être sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes.
Un organisme de contrôle des prix et des revenus, composé par les travailleurs ainsi que par les consommateurs, se donnerait pour tâche non seulement d'observer mais aussi de contrôler tous les aspects de la vie économique et sociale, tant dans le domaine du travail et de la production que dans celui de la consommation ou encore de la santé. Les associations, les syndicats, les travailleurs eux-mêmes auraient les moyens matériels et surtout humains de contrôler les comptes des entreprises, de vérifier dans quelles conditions les prix sont fixés, de voir quelle est la part des profits et quelle est celle des salaires, d'agir pour mettre le holà aux abus.
Autant de choses que l'on ne peut attendre d'un Observatoire créé par le gouvernement et présidé par un préfet. Mais cela pourrait donner des idées...
Emile GRONDIN.
(LO #2028) - Ile de la Réunion - Les difficultés du PCR.
Plus qu'en Métropole, le premier tour des élections législatives a été marqué à La Réunion par un fort taux d'abstention ayant dépassé les 50 %. Mais à l'inverse il n'y pas eu dans l'île de vague bleue, tout au plus la confirmation du vote de la présidentielle qui avait donné une nette avance à Ségolène Royal.
Contrairement à 2002 où la gauche avait présenté des candidats uniques, cette fois-ci le Parti socialiste et le Parti communiste ont présenté (ou soutenu) chacun des candidats dans les cinq circonscriptions. Cette marche séparée a davantage profité au Parti socialiste, le Parti communiste réunionnais ayant quant à lui eu plus de mal à convaincre les électeurs.
Elie Hoareau, le secrétaire général du PCR et ancien député-maire de Saint-Pierre, a été distancé au premier tour par le candidat de la droite et celui du PS, et de ce fait éliminé, tout comme Pierre Vergès. Quant à Paul Vergès, le président de la Région, c'est de justesse qu'il a pu se maintenir, ayant devancé de peu le candidat du Parti socialiste. Seule Huguette Bello sauve la face au PCR avec 46, 67% des voix dans sa circonscription. Cette dernière avait soutenu Ségolène Royal au premier tour des présidentielles, alors que son parti avait appelé à voter pour Marie-Georges Buffet.
Le " rassemblement de tous les Réunionnais " prôné par le PCR n'a donc pas fait recette. Présentée comme devant " sortir La Réunion de la précarité et du mal-vivre ", cette politique était avant tout destinée à préparer les entreprises locales à investir, à " créer un statut d'entreprises franches ", autrement dit à permettre aux patrons d'amasser des profits, comme si la richesse patronale allait nécessairement amener un mieux-être pour les travailleurs. A mener une politique que ne désapprouveraient pas le PS ni même la droite, rien d'étonnant qu'au bout du compte le PCR favorise ces partis à son détriment.
Lutte Ouvrière a présenté des candidats dans trois circonscriptions, qui ont respectivement obtenus 0,47%, 0,50% et 1,23% des voix.
Emile GRONDIN
(LO #2014) - Ile de la Réunion - Après le passage du cyclone.
A la Réunion, le passage du cyclone Gamède a causé de gros dégâts. Si un tel phénomène météorologique est somme toute assez fréquent dans la région, ses effets ne doivent pas tous être mis sur le compte de la fatalité.
Plus de 100 000 foyers ont été privés d'électricité et autant d'eau potable. De nombreuses routes principales et secondaires ont été coupées. Les conséquences auraient-elles eu autant d'ampleur si les arbres ou les branches qui ont cassé les fils électriques avaient été élagués suffisamment à l'avance et si le réseau électrique avait été régulièrement inspecté par EDF, comme cela se faisait auparavant ? Il faudrait du personnel en nombre plus important, ce à quoi se refuse EDF, alors même que le nombre des abonnés a nettement augmenté ces dernières années.
Combien de ravines ou de rivières auraient dû être endiguées pour éviter qu'elles ne débordent ou ne sortent de leur lit, mettant en péril des habitations ? Des enveloppes budgétaires existaient pour cela, mais elles n'ont pas été utilisées. Même le président de la Région l'a reconnu.
Aujourd'hui, les autorités font mine de découvrir " des retards dans les infrastructures " ; retards qui sont dus à des responsabilités humaines et pour lesquels il ne suffit pas d'invoquer les fureurs de la nature.
Gamède a également contraint plusieurs dizaines de milliers de travailleurs à ne pas se rendre sur leur lieu de travail. Des entreprises seront sans doute indemnisées pour leurs pertes, ou bien elles pourront faire jouer leurs assurances. Mais qui indemnisera les travailleurs ? Dans le BTP par exemple, les patrons locaux ne cotisent pas à la Caisse nationale pour les intempéries, sous prétexte qu'il n'y en a pas beaucoup à la Réunion ! Alors, les ouvriers de ce secteur qui le peuvent devront prendre sur les RTT ou sur leur quota d'heures supplémentaires, pour ne pas perdre une partie de leur salaire.
François Barouin, le ministre de l'Outre-mer, est venu dire qu'il fallait " faire jouer la solidarité ". Mais en guise de solidarité, pour les travailleurs il n'y a que du vent !
Correspondant LO
(LO #2010) - Ile de la Réunion - Démoustication = danger.
Depuis la fin de l'épidémie de chikungunya à La Réunion, une équipe d'une douzaine de personnes, employées par la Drass, continue d'effectuer les opérations de démoustication. Cela consiste en des aspersions nocturnes de produits insecticides, qui ne sont pas sans danger pour ceux qui les manipulent.
Dans les heures qui suivent les aspersions, les agents souffrent parfois de maux de tête, de troubles intestinaux et de douleurs articulaires. Ils opèrent par deux, entre minuit et quatre heures du matin au moyen d'un 4x4 sur lequel est monté un pulvérisateur commandé depuis la cabine et qui diffuse de la K-Othrine diluée dans un solvant pétrolier.
Le produit, théoriquement diffusé à environ cinq mètres de hauteur, n'est pas censé les atteindre mais il suffit qu'il y ait un peu de vent ou que les agents soient obligés de faire demi-tour quand ils se trouvent dans une impasse, pour qu'ils se retrouvent face au nuage. Le simple masque à une cartouche s'avère alors inefficace et laisse passer le produit. À maintes reprises, les salariés ont demandé à leur direction des masques à deux cartouches, mieux adaptés à ce type de travail, comme ceux qu'avaient utilisés les militaires quand ces derniers participaient à la démoustication, au plus fort de l'épidémie. Leurs demandes sont restées vaines, tout comme est restée sans réponse leur demande d'être formés au réglage et au calibrage de la machine à pulvériser. Un minimum de formation aurait peut-être évité que l'un d'eux reçoive le produit en pleine figure alors qu'il inspectait une machine qui ne démarrait pas.
Les opérations de démoustication, qui ont lieu presque toutes les nuits, se passent aujourd'hui dans l'indifférence. On est loin des polémiques qui faisaient rage sur l'utilisation des divers produits possibles, entre les partisans des produits "bio" et les défenseurs d'autres types de produits, que les premiers jugeaient plus agressifs. Toujours est-il que seuls les militaires ont pu utiliser le BTI, un produit jugé comme étant le moins nocif.
Dans quelque temps, les démoustiqueurs au nombre de seize vont perdre leur emploi. Un Groupement d'intérêt public auquel ils auraient dû être intégrés a été mis en place mais le recrutement s'est fait sur concours. Et alors qu'ils font ce travail depuis des mois, on leur a imposé des épreuves écrites largement au-dessus de leurs capacités: aucun d'entre eux n'a été admissible.
Il n'y a pas que le moustique qui pique.
Emile GRONDIN
(LO #2006) - Départements d'outre-mer, La scandaleuse crise du logement.
Alors que le gouvernement s'est maintes fois félicité de la relance de la construction de logements sociaux en France métropolitaine, quitte pour cela à torturer quelque peu les chiffres, il n'a pu le faire concernant les départements d'outre-mer, tant la situation y est déplorable.
Lors de son passage aux Antilles en octobre dernier, Villepin avait promis "un effort important en faveur du logement outre-mer". Depuis, les alizés ont fait s'envoler ses belles promesses et la réalité est restée aussi dure qu'elle l'était auparavant.
Dans les DOM, la situation est véritablement indigne. Plus de 26% des résidences principales peuvent être considérées comme insalubres. Il faudrait y construire des dizaines de milliers de logements pour répondre aux besoins les plus urgents. Il faudrait aussi que l'Etat débloque les fonds promis pour le logement mais jamais versés et que certains estiment à un milliard d'euros; non pas dans plusieurs mois, comme l'a laissé entendre le Premier ministre en Guadeloupe, mais immédiatement. Et puis, pourquoi le Plan de cohésion sociale du 19 janvier 2005, même peu contraignant et peu efficace, et qui est censé fixer la programmation du logement social pour la période 2005-2009, ne concerne-t-il pas les DOM?
A la Réunion par exemple, la situation s'est nettement dégradée ces dernières années. Au lieu de 1400 logements locatifs sociaux prévus pour l'année 2006, l'offre n'aura été que de 1200. À titre de comparaison, sur la période 1995-1999, la construction de ce type de logements avait été de 2450 par an. Concernant la production de logements évolutifs sociaux, le chiffre de la construction a chuté de moitié depuis les années 1990, passant de 800 à 400 logements. L'année 2005 a été encore plus catastrophique avec seulement 235 logements livrés cette année-là.
Et pourtant, bien des immeubles et bien des maisons individuelles sont construits dans les DOM. Ces dernières années, il y a même eu un afflux de commandes qui ont fait s'envoler les prix des terrains. Cette situation qui peut paraître paradoxale est due en fait aux mesures de défiscalisation en vigueur. La loi de défiscalisation porte sur l'achat ou la construction de la résidence principale, l'acquisition d'un immeuble en vue de le louer, la souscription de parts ou d'actions de sociétés qui édifient des habitations neuves, des travaux de réhabilitation de logements de plus de quarante ans, etc. La loi permet à ceux qui investissent dans l'habitat des DOM de bénéficier de fortes réductions d'impôts. En 2005 ces réductions ont été estimées à 175 millions d'euros, soit un montant équivalant aux crédits que l'Etat verse en faveur du logement social.
Dans les DOM, on construit surtout pour les riches !
Emile GRONDIN
(LO #2006) - Mayotte - Chasse aux sans-papiers, le triste record.
La direction centrale de la Police des frontières de Mayotte, île située dans l'océan Indien entre Madagascar et la côte est de l'Afrique, qui est un territoire français, s'était fixé pour objectif d'exécuter 900 interpellations de clandestins dans les derniers jours de l'année 2006. Les services de police, de la marine et de la gendarmerie se sont bien acquittés de cette mission, battant, paraît-il, des records nationaux dans l'arrestation des sans-papiers.
Cette année, 12000 reconduites à la frontière ont en effet été effectuées à Mayotte. Ce chiffre correspond à la moitié des expulsions réalisées sur l'ensemble du territoire national annoncées par le ministère de l'Intérieur.
Les émigrants qui viennent des autres îles de l'archipel des Comores, principalement d'Anjouan, fuient la misère à bord d'embarcations de fortune, les "kwassa-kwassa". Ils payent environ 400 euros pour franchir, souvent au péril de leur vie, les 70 kilomètres qui les séparent de l'île de Mayotte. Depuis janvier 2006, pas moins de 88 de ces "bateaux" ont été interceptés.
Arrivés à Mayotte, les Comoriens sont victimes d'individus peu scrupuleux, de policiers et d'hommes politiques qui affichent sans vergogne leur mépris pour les "étrangers", comme si tous les habitants de l'archipel n'étaient pas un même peuple.
La volonté du ministre de l'Outre-mer, de Sarkozy et du député de Mayotte, Mansour Kamardine, d'enrayer ce qu'ils considèrent comme un fléau, relève non seulement de l'infamie mais aussi de l'absurdité. Sur les 160000 habitants que compte Mayotte, un tiers sont considérés comme étant des clandestins. Koungou, la deuxième ville de l'île, compte plus d'immigrés et de sans-papiers que de population dite d'origine.
Malheureusement, cette politique répressive à l'égard des Comoriens trouve un certain écho parmi une partie de la population mahoraise, qui voit d'un mauvais Sil cette concurrence "étrangère". Elle se trompe bien entendu d'adversaire, mais surtout encourage des individus aux propos nauséabonds et aux gestes comme celui de ce maire UMP de Brandelé, récemment condamné pour avoir donné l'ordre d'incendier des cases habitées par des personnes d'origine comorienne.
Emile GRONDIN