Articles sur La Réunion parus dans Lutte Ouvrière
Région ILE DE LA REUNION02/11/2007
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(LO #2048) - Madagascar touché par la famine.
Depuis des mois, les régions du sud de Madagascar subissent une sécheresse qui entraîne la famine (en malgache, kéré) et frappe les populations qui y vivent.Ces régions sont constamment menacées par le kéré faute notamment d'approvisionnement en eau.
Bien que récurrent, le kéré n'est pas pour autant une fatalité. La famine est due davantage à l'inaction des gouvernements successifs, aux ponctions prélevées par les capitalistes et la classe riche de Madagascar, et aux choix des pays occidentaux, prompts à piller les ressources du sol et du sous-sol malgache.
La production de riz étant nettement insuffisante pour nourrir la population, son importation ne cesse de croître, au grand bonheur des importateurs privés.
Le capitaliste réunionnais François Caillé a demandé à l'Etat malgache 1 000 hectares pour produire diverses denrées et... les exporter ensuite vers la Réunion.
A l'heure actuelle, il a obtenu une concession de 300 hectares.Depuis le 1er janvier 2007, le président malgache a lancé son MAP (Madagascar Action Plan), qui veut un programme de développement sur cinq ans. Ce nouveau plan, tout comme le précédent, le bien mal nommé DSRP - Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté - ne vise pas à enrayer la pauvreté ni à supprimer la famine dans le pays. Le MAP concerne en premier lieu les infrastructures, c'est-à-dire les routes, les voies ferrées, les aéroports, les ports, les moyens de télécommunication et la formation des cadres malgaches. Il contribuera sans doute à faire prospérer les affaires des capitalistes locaux et étrangers, mais laissera 63 % de la population malgache dans l'insécurité alimentaire.
Quant au Programme alimentaire mondial de l'ONU, il n'a jamais fait reculer la misère. Pire, les responsables de ce programme ont trouvé le moyen d'engraisser la compagnie d'assurances française Axa-ré en lui passant des contrats, soi-disant pour débloquer rapidement des fonds en cas de sécheresse dans les pays pauvres. Le hic, c'est qu'Axa-ré ne verse les primes qu'en fonction d'un seuil minimum (et vraiment minimum) de pluviométrie.Il y a une semaine, il a commencé à pleuvoir sur la région de Ambovombe-Androy. Avec un peu de chance, la situation pourrait être moins catastrophique que celle de l'an passé dans cette région.
Mais qu'en sera-t-il des autres régions touchées par le kéré ?
Emile GRONDIN.
(LO #2041) - Ile de la Réunion - Mayotte, le droit à la santé bafoué.
A Mayotte, il n'est pas un jour de consultation au dispensaire qui ne se fasse sans le contrôle de la Police de l'Air et des Frontières, témoignent des représentants de Médecins du Monde. Le droit aux soins, qui devrait être universel, est battu en brèche dans cette île de l'océan Indien, située au nord-ouest des côtes de Madagascar et administrée par la France.
Ainsi, dans le cadre d'une politique visant à stopper l'entrée de populations en provenance des autres îles de l'archipel comorien, une ordonnance de juillet 2004 a mis fin à la gratuité des soins dans les hôpitaux et dispensaires. De ce fait, 35 % de la population, dite irrégulière, soit entre 50 000 et 70 000 personnes, n'a plus aujourd'hui accès à des soins gratuits.
Et bien que Mayotte ait été dotée d'une Caisse générale de Sécurité sociale (l'équivalent des CRAM pour les départements d'Outre-mer), ni la CMU, ni l'Aide médicale d'Etat n'y sont pour l'heure applicables.
Les rafles quotidiennes pour atteindre les objectifs de reconduites à la frontière fixés par le gouvernement ont eu d'importantes conséquences sur le système sanitaire, si bien que, depuis 2005, les consultations ont diminué de 20 % dans les dispensaires. Jusqu'en 2010, la gratuité des soins devrait être conservée pour les affiliés sociaux français ou migrants en situation régulière. En revanche, pour les personnes dépourvues de titre de séjour, l'accès aux soins passe par le paiement, au guichet, d'un forfait qui varie selon le type de soins. Cela va de 10 euros pour une consultation médicale avec traitements médicamenteux, à 300 euros pour un accouchement.
L'Agence régionale d'hospitalisation a néanmoins établi deux exceptions, pour lesquelles une prise en charge est censée être assurée, sans avance de frais. L'une concerne les maladies transmissibles et durables, l'autre des actes d'urgence scrupuleusement répertoriés. Cependant le critère d'urgence doit être accepté, non par un professionnel de santé, mais par un agent administratif, ce qui laisse la porte ouverte à tous les arbitraires. Il n'est donc pas rare que des personnes " en situation irrégulière " mais ayant besoin de soins d'urgence soient renvoyées vers les autres îles des Comores.
Pour ces raisons entre autres, la France a été condamnée par la Commission européenne des Droits de l'Homme pour irrégularité dans ses dispositifs de prise en charge des étrangers. Mais de cela le gouvernement se moque éperdument, seul compte pour lui le nombre des reconduites effectuées. En ce domaine, Mayotte se situe d'ailleurs en tête pour les " bons chiffres " du gouvernement. Avec plus de 16 000 expulsés en 2006, l'île totalise à elle seule plus de la moitié des expulsions qui sont effectuées à l'échelle nationale. Un bien triste record.
Emile GRONDIN
(LO #2038) - Ile de la Réunion - Mayotte, clandestins naufragés et responsabilités de la France.
Lundi 13 août, une barque transportant quarante clandestins en provenance de l'île d'Anjouan a fait naufrage à proximité de l'île de Mayotte, entraînant la mort de dix-sept personnes, dont huit enfants, et la disparition de dix-neuf autres.
Ce drame fait suite à beaucoup d'autres. Rien qu'au mois de juillet, cinq barques ont connu le même sort, faisant au total près de cent morts et disparus. Depuis qu'en 1994 le gouvernement de Balladur a décidé d'instaurer un visa pour les habitants des trois îles indépendantes (Grande-Comore, Anjouan et Mohéli) voulant se rendre dans l'île de Mayotte restée sous administration française, plusieurs milliers de Comoriens ont trouvé la mort dans les mers entourant les quatre îles de l'archipel.
Le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux en a profité pour redire " la détermination totale du gouvernement à poursuivre sans répit la lutte contre ces filières criminelles ", dénonçant " les trafiquants qui exploitent la misère de ces migrants ". Les chiffres du gouvernement font état de 16 000 Comoriens expulsés du territoire de Mayotte en 2006.
Ayant exercé sa tutelle coloniale sur l'ensemble de l'archipel durant des décennies, la France a de lourdes responsabilités dans la situation actuelle. Avec son statut de Collectivité d'outre-mer, Mayotte bénéficie des transferts de l'Etat français. Le niveau de vie y est bien plus élevé que dans les autres îles. Le salaire moyen est de 800 euros à Mayotte contre 30 euros dans le reste des Comores et l'île bénéficie de structures de santé qui n'existent pas ou presque pas chez ses voisines. C'est donc pour des raisons de survie que Mayotte attire les Comoriens qui sont prêts à s'entasser sur des embarcations de fortune pour tenter la traversée. Et cela sans compter que les déplacements d'une île à l'autre sont ancestraux et que quasiment toutes les familles comoriennes ont des membres établis à Mayotte. La séparation administrative des îles puis l'instauration du visa n'ont fait qu'ajouter des obstacles aux déplacements.
En promettant à la police de Mayotte plus de moyens pour détecter les mouvements de bateaux clandestins, le gouvernement français pense pouvoir empêcher ceux qui veulent se rendre à Mayotte pour des raisons économiques ou familiales de continuer à le faire. Il ne fera que leur rendre les conditions d'accès encore plus difficiles, au risque d'aggraver le nombre de morts.
Emile GRONDIN
(LO #2038) - Ile de la Réunion - Grève à la Brink's.
Soixante-dix à quatre-vingts salariés de la Brink's, plus particulièrement de la branche des transporteurs de fonds, ont fait grève pendant une semaine.Au centre de leurs revendications, il y avait une augmentation de salaire de 4 %, une prime de risque de 120 euros brut, une prime de qualité d'un même montant ainsi qu'une prime de " surcroît de travail " de 250 euros.La Brink's, qui détient 80 % du marché, travaille pour la plupart des banques de l'île. Elle transporte aussi les fonds de grosses entreprises, notamment des grandes surfaces.
La grève a commencé le 1er août et a immédiatement entraîné la majorité du personnel, c'est-à-dire les pourvoyeurs des distributeurs bancaires, les convoyeurs, les télésurveillants et les salariés du comptage, où travaillent trente-sept personnes dont trente femmes. Ces dernières sont parmi les plus mal payées de l'entreprise. Elles touchent 1 150 euros net. Leur travail consiste à compter l'argent contenu dans les nombreux sacs qui leur sont amenés chaque jour.
La plupart des revendications concernaient principalement le service de comptage, où les femmes qui y travaillent étaient déterminées à faire aboutir leurs demandes. Ce sont surtout elles qui ont animé la grève et occupé en permanence le piquet.
La grève a pris fin le 10 août après que les travailleurs eurent obtenu 2,7 % d'augmentation pour tous, avec des échelonnements selon les services, ainsi que 30 euros par mois de prime de qualité, uniquement pour le service de comptage, et 130 euros de prime exceptionnelle au mois d'août. Certes le compte n'y était pas, mais les travailleurs étaient satisfaits d'avoir fait reculer leur direction.
Correspondant LO