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mis à jour le 01/02/2006
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2006
Dans ce numéro
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Trop-plein de moustiques... et de ministres !
Villepin, à grands renforts de publicité et de soutiens médiati-ques, est venu sur l'île apporter l'aide de l'État dans la lutte contre l'épidémie de chikungunya.
C'est à une centaine de millions d'euros que devraient se monter les sommes destinées non seulement à combattre le chikun-gunya mais surtout à faire face aux conséquences de l'épidémie.
Vingt-deux millions d'euros devraient être consacrés à la crise sanitaire et à la prévention. Dans ce domaine, l'État a promis de financer des produits anti-moustiques qui seront mis à la disposition du Conseil général et des communes, ces dernières étant chargées de distribuer gratuitement ces produits aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux enfants en bas âge, ainsi qu'aux plus pauvres de l'île. La recherche de nouveaux médicaments et de vaccins sera financée à hauteur de neuf millions d'euros. Quant aux 60 millions restants, ils seront mis à la disposition des patrons pour les aider à passer le cap difficile. Et ce n'est peut-être là qu'un acompte pouvant être révisé à la hausse en fonction des besoins.
Sitôt cette somme annoncée, le problème de sa répartition s'est immédiatement posé. Le Medef a d'abord réservé sa position, tout comme le Comité du tourisme, lui aussi sceptique sur les modalités de répartition des aides. L'un et l'autre auraient évidemment aimé pouvoir s'attribuer un maximum d'aides ; ce qui se fera certaine-ment au détriment des petits patrons dont la plupart craignent qu'aucune aide ne leur arrive, car elles auront été au passage accaparées par plus gros qu'eux.
Mais ce sont surtout les travailleurs qui sont les laissés pour compte des "largesses" de l'État. Des organisations syndi-cales ont d'ailleurs fait remarquer à juste raison que "les salariés étaient exclus du plan Villepin". Celui-ci a en effet été très bref sur la situation des travailleurs touchés par le virus. Rien par exemple n'a été annoncé concer-nant une prise en charge de leurs pertes de revenus liées à la maladie. Les trois jours de carence qui équivalent à une perte d'au moins 120 euros ne seront pas indemnisés. De la même façon, l'indemnité journa-lière versée par la Sécurité sociale aux salariés en congé maladie, et toujours inférieure au salaire, ne sera pas non plus compensée. La perte se monte à un minimum de 25,30 euros par jour de maladie. Au final, cela représente des sommes considérables, toutes prélevées dans la poche des travailleurs, c'est-à-dire de ceux qui en ont le plus besoin.
La seule chose qu'ait annoncée Villepin c'est le remboursement intégral des médicaments contre la douleur, dès lors qu'ils sont prescrits par un médecin. Mais le sort des plus démunis importe si peu au Premier ministre et à ses conseillers qu'ils ont oublié d'exo-nérer les malades hospitalisés du forfait hospitalier.
La visite de Villepin avait aussi pour but de tenter d'effacer les carences de l'État durant toute la phase de développement de la maladie. À plusieurs reprises, il a répété d'une façon qui se voulait définitive que personne ne pouvait prévoir que l'épidémie de chikungunya puisse devenir aussi grave. Au moment où Villepin parlait, la maladie avait touché au bas mot 160000 personnes et provoqué directe-ment ou indirectement 77 décès.
Graphique à l'appui, Villepin a donc tenté de convaincre que le tournant de l'épidémie avait eu lieu récemment, en janvier de cette année, oubliant que durant les premiers huit mois de l'année 2005 des milliers de Réunionnais avaient été infectés par le virus, ce que les autorités gouvernemen-tales ne pouvaient ignorer. Deux parlementaires du Parti Commu-niste Réunionnais avaient d'ail-leurs interpellé le gouvernement à l'Assemblée et au Sénat. Mais celui-ci était resté sourd.
Il a en fait fallu que l'épidémie touche de plus en plus de monde, que des secteurs entiers de l'économie soient eux aussi touchés par le développement de la maladie, pour que des mesures commencent à être prises, au début avec parcimonie. Certes, l'État a fini par donner quelques dizaines de millions d'euros, mais en choisissant les heureux élus parmi la classe des riches et en évitant soigneusement les plus pauvres.
De toute façon, les travailleurs réunionnais ne se sont jamais fait d'illusions sur la générosité de l'État, beaucoup n'ayant pas oublié que bien des promesses faites après le passage en janvier 1989 du cyclone dévastateur Firinga n'ont à ce jour toujours pas été tenues. Certains, et en particulier parmi les plus démunis, attendent toujours les maigres indemnisations promises à l'époque.
Il y a quinze ans, la revolte du Chaudron.
Il y a quinze ans, entre février et mars 1991, éclataient ce que l'on appela par la suite " les événements du Chaudron ".
Tout commença par une manifestation de soutien à Télé Freedom. Cette télé, alors non autorisée, était menacée de saisie. La manifestation rencontra un énorme succès. Quelques échauffou-rées eurent lieu entre la police et des manifestants dont la colère fut attisée par l'attitude intransigeante du préfet et du gouvernement socialiste qui voulaient à tout prix faire taire Télé Freedom.
Dans les semaines qui suivirent, des voitures furent incendiées, et surtout des magasins. Ce fut par exemple le cas de Score. Il y eut des morts dans les incendies de ces magasins, symboles d'une richesse inaccessible pour une grande partie des habitants. N'était-ce pas une provocation d'avoir installé au Chaudron un concessionnaire Porsche ?
Ces événements ont été profondément ressentis dans l'île et au-delà, car ils révélaient le profond malaise que vivaient nombre de Réunionnais.
Si cette manifestation a eu autant de succès, c'est que Télé Freedom bénéficiait d'une large audience auprès de la population. Elle offrait une tribune à des personnes des milieux populaires, leur permettant de s'exprimer librement sur tous les sujets et donc de pouvoir dénoncer leurs mauvaises conditions de vie.
Le Chaudron, où s'était déroulé l'essentiel des émeutes, concentrait tous les problèmes de la population laborieuse : un chômage qui dépassait 50% (surtout chez les jeunes) ; des logements vétustes, pas entretenus et étroits où logeaient des familles souvent nombreuses...
Dépassées dans un premier temps, les autorités étaient parvenues à ramener le calme en offrant à Télé Freedom une autorisation d'émettre à condition de respecter les règles du CSA, en promettant d'améliorer le cadre de vie de la population et de donner du travail aux jeunes.
Depuis, les façades ont bien été rafraîchies et quelques jeunes ont bénéficié de CES et autres contrats précaires. Cependant, aucun des vrais problèmes n'a été résolu, comme le chômage toujours aussi important.
Aujourd'hui, quinze ans après, la situation des plus pauvres n'a guère changé : manque de travail, manque de logements, salaires insuffisants pour ceux qui ont la chance d'avoir un emploi, mépris des gouvernants et des riches pour la souffrance des démunis.
Les ingrédients sont toujours là qui pourraient à tout instant faire exploser le chaudron !