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Archives du mensuel régionalMensuel - archive 2006 |
| mis à jour le 01/02/2006 | |
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Mensuel - archives
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Dans ce numéro
Retrait du CPE.
Trop-plein de moustiques... et de ministres !
Apprentissage à 14 ans.
Cultivez-vous, qu'ils disent !
Une charte juteuse pour le patronat.
Les eaux troubles du capitalisme.
Grève chez les dockers.
Les priorités de Chirac.
Manifestations xénophobes à Mayotte.
Il y a quinze ans, la revolte du Chaudron.
Réunion publique de Lutte Ouvrière.
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Retrait du CPE.
Le CPE, le Contrat première embauche, qui vient s'ajouter aux autres contrats précaires déjà existants, donne aux patrons la possibilité de licencier sans justification pen-dant les deux premières années du contrat. Le monde du travail n'a rien à gagner à laisser passer le CPE. Bien au contraire.
Le gouvernement pré-tend que ces nouveaux contrats faciliteront les embauches. C'est un mensonge. Les entreprises n'embauchent que quand elles en ont besoin. Toutes les facilités accordées ces dernières années n'ont pas diminué le chômage. Au contraire, les patrons se servent de tous les contrats précaires pour diminuer le nom-bre réel de CDI. Si nous laissons faire, demain ce seront tous les salariés qui seront attaqués et rendus précaires.
Pour s'opposer à ce con-trat, des manifestations ont déjà eu lieu. Lutte Ouvrière s'associe à toutes les protestations et manifestations contre les mau-vais coups du gouvernement.
Même si le gouverne-ment a déjà mis en place le CPE, il peut encore reculer. En1994, Balladur qui voulait instaurer un SMIC jeunes a été contraint de faire marche arrière sous la pression de la rue alors que le Parlement avait déjà voté le texte.
Alors, pourquoi pas aujourd'hui aussi.
Trop-plein de moustiques... et de ministres !
Villepin, à grands renforts de publicité et de soutiens médiati-ques, est venu sur l'île apporter l'aide de l'État dans la lutte contre l'épidémie de chikungunya.
C'est à une centaine de millions d'euros que devraient se monter les sommes destinées non seulement à combattre le chikun-gunya mais surtout à faire face aux conséquences de l'épidémie.
Vingt-deux millions d'euros devraient être consacrés à la crise sanitaire et à la prévention. Dans ce domaine, l'État a promis de financer des produits anti-moustiques qui seront mis à la disposition du Conseil général et des communes, ces dernières étant chargées de distribuer gratuitement ces produits aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux enfants en bas âge, ainsi qu'aux plus pauvres de l'île. La recherche de nouveaux médicaments et de vaccins sera financée à hauteur de neuf millions d'euros. Quant aux 60 millions restants, ils seront mis à la disposition des patrons pour les aider à passer le cap difficile. Et ce n'est peut-être là qu'un acompte pouvant être révisé à la hausse en fonction des besoins.
Sitôt cette somme annoncée, le problème de sa répartition s'est immédiatement posé. Le Medef a d'abord réservé sa position, tout comme le Comité du tourisme, lui aussi sceptique sur les modalités de répartition des aides. L'un et l'autre auraient évidemment aimé pouvoir s'attribuer un maximum d'aides ; ce qui se fera certaine-ment au détriment des petits patrons dont la plupart craignent qu'aucune aide ne leur arrive, car elles auront été au passage accaparées par plus gros qu'eux.
Mais ce sont surtout les travailleurs qui sont les laissés pour compte des "largesses" de l'État. Des organisations syndi-cales ont d'ailleurs fait remarquer à juste raison que "les salariés étaient exclus du plan Villepin". Celui-ci a en effet été très bref sur la situation des travailleurs touchés par le virus. Rien par exemple n'a été annoncé concer-nant une prise en charge de leurs pertes de revenus liées à la maladie. Les trois jours de carence qui équivalent à une perte d'au moins 120 euros ne seront pas indemnisés. De la même façon, l'indemnité journa-lière versée par la Sécurité sociale aux salariés en congé maladie, et toujours inférieure au salaire, ne sera pas non plus compensée. La perte se monte à un minimum de 25,30 euros par jour de maladie. Au final, cela représente des sommes considérables, toutes prélevées dans la poche des travailleurs, c'est-à-dire de ceux qui en ont le plus besoin.
La seule chose qu'ait annoncée Villepin c'est le remboursement intégral des médicaments contre la douleur, dès lors qu'ils sont prescrits par un médecin. Mais le sort des plus démunis importe si peu au Premier ministre et à ses conseillers qu'ils ont oublié d'exo-nérer les malades hospitalisés du forfait hospitalier.
La visite de Villepin avait aussi pour but de tenter d'effacer les carences de l'État durant toute la phase de développement de la maladie. À plusieurs reprises, il a répété d'une façon qui se voulait définitive que personne ne pouvait prévoir que l'épidémie de chikungunya puisse devenir aussi grave. Au moment où Villepin parlait, la maladie avait touché au bas mot 160000 personnes et provoqué directe-ment ou indirectement 77 décès.
Graphique à l'appui, Villepin a donc tenté de convaincre que le tournant de l'épidémie avait eu lieu récemment, en janvier de cette année, oubliant que durant les premiers huit mois de l'année 2005 des milliers de Réunionnais avaient été infectés par le virus, ce que les autorités gouvernemen-tales ne pouvaient ignorer. Deux parlementaires du Parti Commu-niste Réunionnais avaient d'ail-leurs interpellé le gouvernement à l'Assemblée et au Sénat. Mais celui-ci était resté sourd.
Il a en fait fallu que l'épidémie touche de plus en plus de monde, que des secteurs entiers de l'économie soient eux aussi touchés par le développement de la maladie, pour que des mesures commencent à être prises, au début avec parcimonie. Certes, l'État a fini par donner quelques dizaines de millions d'euros, mais en choisissant les heureux élus parmi la classe des riches et en évitant soigneusement les plus pauvres.
De toute façon, les travailleurs réunionnais ne se sont jamais fait d'illusions sur la générosité de l'État, beaucoup n'ayant pas oublié que bien des promesses faites après le passage en janvier 1989 du cyclone dévastateur Firinga n'ont à ce jour toujours pas été tenues. Certains, et en particulier parmi les plus démunis, attendent toujours les maigres indemnisations promises à l'époque.
Apprentissage à 14 ans.
Le gouvernement vient d'autoriser l'apprentissage dès l'âge de 14 ans, fournissant ainsi au patronat une main-d'Suvre jeune pour laquelle il est autorisé à leur verser un salaire très bas.
En abaissant l'âge de l'apprentissage à 14 ans, le gouvernement remet en cause le principe de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, en vigueur depuis 1959.
Toujours dans son élan de casse sociale, le gouvernement Villepin-Sarkozy a aussi permis le travail de nuit des jeunes dès l'âge de 15 ans dans certains secteurs d'activités comme la restauration ou l'hôtellerie.
Au XIX ème siècle, les travailleurs s'étaient battus pour améliorer leur sort et avaient notam-ment combattu l'exploitation des enfants au travail. Aujourd'hui, le mouvement s'est inversé et l'on retourne allégrement vers le XIX ème siècle. N'est-il pas temps de stopper cette marche à reculons ?
Cultivez-vous, qu'ils disent !
Le gouvernement vient de rehausser le coefficient multiplicateur des prix pour les livres à la Réunion. Ce coefficient était jusqu'alors de 1,10, ce qui revenait à faire supporter un surcoût de 10 % aux lecteurs de l'île par rapport à ceux de la métropole. Il passera au 1er mars à 1,15. Le prix des livres augmentera donc de 5 %.
Mais cette augmentation sera uniquement supportée par les lecteurs-consommateurs. L'aide gouvernementale aux libraires et autres grandes surfaces, et qui concerne la gratuité totale ou partielle du fret, est passée de 4 millions à 4,6 millions d'euros en 2005. L'augmentation du prix des livres ne touchera donc pas les bénéfices des commerçants mais il rendra encore un peu plus difficile l'accès à la culture aux plus faibles revenus.
La culture dans la société capitaliste n'est pas un droit, c'est une marchandise destinée à faire du profit.
Une charte juteuse pour le patronat.
La commune de Saint-Benoît, l'ANPE, la Région, le patronat... ont signé une charte dite de l'emploi dans le cadre du programme de rénovation urbaine, en faveur du quartier de Bras-Fusil. Ce programme devrait voir sortir de terre, 720 logements neufs (ZAC Madeleine), un collège, une école, une médiathèque, ainsi que l'aménagement et la réhabilitation de certaines voiries.
Audifax, le maire de Saint-Benoît, dit vouloir donner une ampleur sociale à ce projet, grâce aux emplois qui seront créés et qui devraient profiter aux travailleurs de Bras-Fusil, leur permettant ainsi de se réinsérer. C'est en tout cas ce qu'affirme le maire. Le quartier compte 5 000 habitants dont environ la moitié a moins de 20 ans. Le taux de chômage atteint 50%.
Audifax qui est également député, sait pertinemment que si les patrons embauchent des travailleurs de Bras-Fusil ce sera surtout avec des contrats précaires, tels que les contrats de chantier, des contrats avenir, voir même des CNE qu'il a lui-même contribués à faire naître grâce à ses votes à l'Assemblée.
Ces chantiers devraient durer entre deux et quatre ans. Ce n'est donc pas ce programme qui permettra aux pauvres du quartier de s'insérer dans la société comme le dit Audifax. Ce projet assurera surtout des profits aux entreprises et un avenir incertain aux travailleurs.
Les eaux troubles du capitalisme.
Les fortes précipitations qu'a récemment connues la Réunion, ont montré la fragilité du réseau d'alimentation en eau pour la population.
Certaines canalisations alimentant des quartiers comme celui des Orangers dans les hauts de Saint-Paul datent de plusieurs dizaines d'années. De nombreux sites de production d'eau potable sont dépourvus de station de traitement, aux dires même du responsable CGE de la région Ouest, si bien qu'à la première grosse pluie, l'eau est imbuvable.
Cette situation déplorable n'a pas pour seule cause les fortes précipitations, mais est aussi due au fait que les entreprises comme la CGE ou la CISE (qui alimente d'autres communes comme Sainte-Suzanne) n'investissent pas suffisamment pour que soit délivrée à la population une eau irréprochable.
Pourtant ces entreprises privées savent montrer de l'énergie quand il s'agit d'arracher les marchés aux régies communales. Elles savent aussi, l'affaire une fois négociée avec les mairies, prélever au titre de la taxe des eaux usagées des sommes équivalentes à la moitié de la facture et livrer une eau... non traitée et donc impropre à la consommation ! Un comble et un scandale.
On ne peut pas... arroser les actionnaires et satisfaire les usagers !
Grève chez les dockers.
Jeudi 23 février, les dockers se sont mis en grève. Les employeurs de la cinquantaine de conducteurs de chariots cavaliers avaient décidé de déclasser ces derniers, alors même qu'ils avaient suivi une nouvelle formation pour conduire leurs engins et que le tonnage effectué était passé de 40 à 68 tonnes.
Mieux formés, avec plus de responsabilités, et des salaires à la baisse, les conducteurs de chariots ont refusé ce marché de dupes. Ils sont donc partis en grève, avec le soutien de l'ensemble de leurs camarades dockers, bloquant ainsi toute activité sur le port.
Ils ont raison. Et si cela provoque une gêne, ce sont les patrons acconiers qui portent l'entière responsabilité de cette situation.
Les priorités de Chirac.
Le gouvernement français a décidé de " doubler sa présence aéronavale dans l'Océan Indien ". Une mission appelée " Agapanthe 06 " constituée d'au moins huit navires de guerre autour du porte-avions Charles de Gaulle va partir de Toulon pour effectuer des manoeuvres jusqu'au 8 juin. Sa mission : continuer la lutte contre les Talibans en Afghanistan mais aussi " effectuer un prépositionnement stratégique pour les intérêts énergétiques de la France ". En clair défendre les intérêts du trust pétrolier Total.
Voilà où passe l'argent de nos impôts : à assurer les intérêts et les bénéfices d'un trust qui a engrangé 12 milliards de bénéfices en 2005. Pour cela il n'y a pas besoin de débat parlementaire ni même d'utiliser l'article 49-3 de la constitution. Le gouvernement décide d'agir et on l'apprend après.
Combien de dizaines de millions d'euros une telle campagne militaire va-t-elle coûter ? A combien d'années de recherches et de traitements contre le chikungunya, le cancer et le sida cette dépense équivaut-elle ? Il serait édifiant de le savoir !
Manifestations xénophobes à Mayotte.
À Mayotte, des femmes surnommées " les Chatouilleuses " mènent des actions xénophobes contre des personnes d'origine comorienne. On les a vues manifester assez violemment contre les travailleurs venus des autres îles de l'archipel. Elles font pression sur les autorités à Mayotte pour que les postes de cadres dans les administrations ne soient pas occupés par les Comoriens, même si ces derniers ont la nationalité française.
Si depuis quelque temps, ces femmes agissent plus ouvertement et plus violemment, leur mouvement ne date pas d'aujourd'hui. Elles bénéficient en fait du fort soutien des dirigeants du Conseil général et d'une complicité plus ou moins passive de certains élus locaux.
Cette chasse aux " mauvais Français " ne suscite pas la désapprobation des autorités françaises. Au contraire, elle s'inscrit dans la logique de la politique du gouvernement actuel et dans celle du ministre Baroin qui a relancé l'idée d'une remise en cause du droit de sol pour tous ceux qui voudraient acquérir la nationalité française.
Il y a quinze ans, la revolte du Chaudron.
Il y a quinze ans, entre février et mars 1991, éclataient ce que l'on appela par la suite " les événements du Chaudron ".
Tout commença par une manifestation de soutien à Télé Freedom. Cette télé, alors non autorisée, était menacée de saisie. La manifestation rencontra un énorme succès. Quelques échauffou-rées eurent lieu entre la police et des manifestants dont la colère fut attisée par l'attitude intransigeante du préfet et du gouvernement socialiste qui voulaient à tout prix faire taire Télé Freedom.
Dans les semaines qui suivirent, des voitures furent incendiées, et surtout des magasins. Ce fut par exemple le cas de Score. Il y eut des morts dans les incendies de ces magasins, symboles d'une richesse inaccessible pour une grande partie des habitants. N'était-ce pas une provocation d'avoir installé au Chaudron un concessionnaire Porsche ?
Ces événements ont été profondément ressentis dans l'île et au-delà, car ils révélaient le profond malaise que vivaient nombre de Réunionnais.
Si cette manifestation a eu autant de succès, c'est que Télé Freedom bénéficiait d'une large audience auprès de la population. Elle offrait une tribune à des personnes des milieux populaires, leur permettant de s'exprimer librement sur tous les sujets et donc de pouvoir dénoncer leurs mauvaises conditions de vie.
Le Chaudron, où s'était déroulé l'essentiel des émeutes, concentrait tous les problèmes de la population laborieuse : un chômage qui dépassait 50% (surtout chez les jeunes) ; des logements vétustes, pas entretenus et étroits où logeaient des familles souvent nombreuses...
Dépassées dans un premier temps, les autorités étaient parvenues à ramener le calme en offrant à Télé Freedom une autorisation d'émettre à condition de respecter les règles du CSA, en promettant d'améliorer le cadre de vie de la population et de donner du travail aux jeunes.
Depuis, les façades ont bien été rafraîchies et quelques jeunes ont bénéficié de CES et autres contrats précaires. Cependant, aucun des vrais problèmes n'a été résolu, comme le chômage toujours aussi important.
Aujourd'hui, quinze ans après, la situation des plus pauvres n'a guère changé : manque de travail, manque de logements, salaires insuffisants pour ceux qui ont la chance d'avoir un emploi, mépris des gouvernants et des riches pour la souffrance des démunis.
Les ingrédients sont toujours là qui pourraient à tout instant faire exploser le chaudron !
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