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mis à jour le 01/03/2006
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2006
Dans ce numéro
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Jusqu'au retrait du CPE et du CNE.
Les manifestations du mardi 28 mars ont été un incontestable succès, en réunissant plus de manifestants, tant dans la jeunesse des facultés et des lycées que parmi les travailleurs.
Pour l'instant, Villepin n'a pas changé ni de langage, ni d'atti-tude. Il continue à proclamer qu'il ne retirera pas sa loi, prétextant du fait qu'elle a été votée. Mais il se déclare prêt à l'aménager, ce qui est parfaite-ment contradictoire.
Visiblement, la majorité est de plus en plus divisée sur la tactique à suivre. Chirac a même du annuler le voyage qu'il devait faire le 30 mars au Havre. Imposer un recul au gouverne-ment dans sa tentative de légaliser la précarité par le CPE et le CNE apparaît donc de plus en plus à la portée du mouvement.
Il est maintenant urgent d'annoncer rapidement le pro-chain objectif. Les faits montrent clairement que, quand les étapes de la mobilisation sont annon-cées, et ne revêtent pas le caractère de journées d'action isolées, sans lendemain, elles permettent aux hésitants de prendre confiance dans la capa-cité du monde du travail à atteindre ses objectifs par la lutte. C'est dans cette voie-là qu'il faut continuer.
Le mouvement de la jeunesse existe et il ne cesse de s'amplifier. Mais pour remporter de nou-veaux succès il faut continuer dans la voie de ce qui a réussi, c'est-à-dire rechercher l'élargisse-ment du mouvement.
Car la lutte est loin d'être terminée. C'est évident si Villepin persévère dans sa volonté de passer en force, comme certains lui en prêtent l'intention. Mais c'est vrai aussi si le Conseil constitutionnel, qui doit statuer le 30 mars, rejette opportunément le CPE, offrant ainsi une sortie " honorable " au gouvernement. Car ce n'est pas seulement le CPE qui est en cause et qu'il faut mettre en échec. C'est la politique qui vise à légaliser la précarité croissante de l'emploi.
Cette volonté de précariser le travail et de ne pas créer d'emplois pérennes ne date pas d'aujourd'hui. Depuis plus de vingt ans, les différents gouver-nements ont créé de multiples contrats (TUC, SIVP, CES, CEC, contractuels, vacataires...) pour ne pas contraindre les employ-eurs à embaucher en CDI et pour leur permettre de se débarrasser légalement et facilement des salariés à la fin de leurs contrats. Avec le CPE et le CNE, le gouvernement et derrière lui le patronat souhaitent, à terme, supprimer les contrats à durée indéterminée.
La lutte doit donc se poursui-vre jusqu'au retrait définitif du CPE et du CNE. Lutte Ouvrière s'associe à toutes les mobilisa-tions des syndicats et des étudiants qui vont dans ce sens.
La route du littoral, les patrons aussi doivent payer.
La route du littoral a malheureusement encore fait des victimes suite à un énorme éboulis. Depuis sa mise en service dans les années 60, et même si la Région et l'État ont depuis apporté des améliora-tions, cette route a connu de nombreux accidents, dont cer-tains mortels.
Bien des demandes ont été faites à l'État pour trouver une solution plus sécurisée, afin de relier le nord et l'ouest de l'île. Pour l'heure, non seulement les moyens nécessaires n'ont pas été dégagés, mais surtout l'État espère redonner la gestion de cette route à la Région au 1er janvier 2007 comme le prévoit la loi de décentralisation votée en 2003.
La Région insiste, elle, sur le fait que cette route n'est pas de sa compétence même si elle a participé au financement des filets qui sécurisent la falaise. Elle ne veut donc pas, et on la comprend, avoir à supporter le désengagement de l'État pour un entretien et des travaux qui coûtent très chers.
Cependant Vergès avait fait la promesse en 1998 pendant la campagne des Régionales, de régler très rapidement le pro-blème de la route du littoral s'il devenait président de la Région. Mais huit ans après la situation restant inchangée, sa promesse passe pour un gros mensonge.
De son côté, la droite, surtout en la personne de Virapoullé, a profité de cette occasion pour déverser sa bile sur Vergès. Mais qu'a fait Virapoullé pour exiger que les différents gouvernements qu'il a soutenus assument leurs responsabilités au sujet de la route du littoral ? Et surtout, Virapoullé est bien mal placé pour donner des leçons aux autres, lui qui est incapable d'entretenir les routes de sa commune qu'il gère depuis plus de 30 ans ; lui qui est incapable de combler les nids de poule qui apparaissent à la moindre averse, notamment dans les quartiers populaires !
Chaque jour, des dizaines de milliers de travailleurs sont obligés d'emprunter cette route, plusieurs fois dans la journée, dans le cadre de leur travail.
S'il est urgent donc, que les pouvoirs publics trouvent une solution, il serait juste aussi de demander aux patrons de mettre la main à la poche afin de participer au financement d'une route mieux sécurisée. Car, c'est également pour eux que des travailleurs l'utilisent quotidiennement.
Zone franche urbaine, y a bon pour les patrons.
Les élus de l'Est, Virapoullé en tête, sont heureux. Ils ont obtenu ce qu'ils demandaient au gouver-nement depuis quelques mois, à savoir l'installation de zone franche urbaine sur Saint-André, Bras-Panon et Saint-Benoît. Cela signifie que les entreprises de moins de 250 salariés de la zone, bénéficieront de multiples avanta-ges : exonérations d'impôts sur les bénéfices, ainsi que sur la taxe professionnelle et la taxe foncière sur les propriétés bâties.
Ces entreprises seront aussi totalement exonérées des cotisa-tions sociales patronales pendant cinq ans, puis bénéficieront de taux dégressifs pendant les neuf années suivantes.
Les grands patrons pourront eux aussi bénéficier de certains avantages à condition qu'ils investissent dans une entreprise de moins de 250 salariés sur le territoire concerné. Au vu de ces cadeaux, on comprend aisément la joie des patrons et des élus.
Pour justifier tous ces avan-tages donnés aux patrons, élus et gouvernement nous font croire que la création de la zone franche urbaine a pour but de créer des emplois. En réalité, c'est là une façon d'offrir des cadeaux supplé-mentaires aux patrons. Rien de plus. Aucune obligation par exemple ne leur ait faite d'embau-cher. Quant aux aides multiples qu'ils recevront, elles se feront au détriment de la population : il y aura moins d'argent dans les caisses de l'Etat et dans celles des communes, ce qui se traduira soit par une hausse des impôts, soit par une baisse des financements des infrastructures, écoles, routes communales, maisons de quartiers...
S'il fallait la preuve de la totale inefficacité des zones franches sur l'emploi, la métropole la fournit. En France où ce dispositif existe depuis 1996, le taux de chômage dans les zones concernées continue à se situer bien au-dessus de la moyenne nationale.
Mars 1946, la Réunion devenait departement français.
Il y a 60 ans, le 19 mars 1946, la Réunion devenait département français. Auparavant, son statut était celui d'une colonie, c'est-à-dire que les lois votées en métropole n'étaient pas systéma-tiquement appliquées dans l'île. Pour cela, il fallait une décision du gouvernement français.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la situation de l'île était catastrophique pour l'immense majorité de la popula-tion. Les plus pauvres en étaient les principales victimes. Ils souffraient de maladies, du palu-disme en particulier. Les salaires étaient très bas, le coût de la vie élevé, les infrastructures scolaires et sanitaires quasi-inexistantes.
Cette situation avait empiré pendant la guerre. Cependant, tous ne la vécurent pas de la même façon : tandis que les riches continuaient à bien vivre, de nombreuses familles réunionnai-ses n'avaient qu'un seul repas par jour, très souvent constitué de manioc uniquement.
Dans ce contexte, des militants communistes, syndicalistes, mili-tants des droits de l'Homme, démocrates se regroupèrent au sein du CRADS (Comité Républi-cain d'Action Démocratique et Sociale). Leur objectif était d'obtenir l'assimilation de l'île à la France.
Cette revendication n'était d'ailleurs pas nouvelle. Elle fut évoquée sous la IIème et la IIIème République et plus encore durant les années 30, à l'époque du Front Populaire. Une des revendica-tions des organisations ouvrières était alors : " la Réunion, départe-ment français ". Ce fut surtout des hommes de gauche qui l'a réclamèrent. Les possédants, eux, s'inquiétaient plutôt de voir appliquer dans l'île les lois de la métropole, surtout celles concer-nant la législation sociale et l'impôt sur le revenu, inexistant dans les colonies.
Pour le CRADS, dont les principaux dirigeants étaient de Lépervanche et Raymond Vergès, cette revendication devait per-mettre l'application des mesures sociales votées en métropole, et donc une amélioration des condi-tions de vie des masses popu-laires. Parmi les slogans de la campagne du CRADS lors des élections municipales et législa-tives de 1945, on trouvait " La Réunion, département français ; les personnes âgées pourront ainsi bénéficier de l'argent " vieux moun ", d'une meilleure protection sociale, la scolarisation gratuite pour tous les enfants ".
Aux élections d'octobre 1945, Vergès et de Lépervanche furent élus à l'Assemblée. Après quoi, ils demandèrent avec des députés antillais et guyanais le change-ment de statut de l'île, ainsi que celui de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.
Revendiquer l'application à la Réunion de toutes les lois sociales en vigueur en France était tout à fait normal. Mais cela aurait pu se faire sans soutien aux autorités de la métropole, sans pousser la population à placer sa confiance dans un Etat bourgeois et colonial, dont les forces réprimaient les travailleurs à chacun de leurs mouvements. Ce ne fut pas la voie que prirent Vergès, de Lépervanche et les autres députés des Antilles ou de Guyane qui se répandirent plutôt en louanges à l'égard des représentants de l'im-périalisme français qui, départe-mentalisation ou pas, restaient des adversaires des travailleurs.
S'il y eut un changement de statut, il n'y eut pas de change-ment immédiat dans les condi-tions de vie de la classe ouvrière. Contrairement à de Lépervanche qui avait assuré qu'à la fin de l'année 1946 tous " jouiront des droits économiques et sociaux accordés aux Français du continent ", il fallut en fait attendre des années, voire des dizaines d'années ; il fallut aussi bien des luttes pour que soient appliquées à la Réunion les lois de la métropole. Ainsi, le SMIC local n'a été aligné sur celui de France qu'en 1996 !