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mis à jour le 01/04/2006
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2006
Dans ce numéro
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Observatoire des prix... et des profits.
La Loi d'Orientation pour l'Outre Mer votée en 2000 prévoyait la mise en place d'un Observatoire des prix et des revenus à la Réunion. Six ans plus tard, cette structure n'existe toujours pas.
Récemment, et sans que l'on en perçoive très bien l'intérêt, Agir Pou Nout Tout a lancé une campagne de pétitions pour exiger sa mise en place.
Rappelons tout de même que ceux qui avaient réclamé en 2000 qu'un tel observatoire voit le jour, le PCR entre autres, mais aussi certains syndicats n'avaient pas agi par amour des statisti-ques. Leur but, plus ou moins avoué, était de démontrer que les fonctionnaires ont des salaires trop élevés, et qu'en conséquence, l'équité voudrait que leurs salaires soient baissés par la diminution, voire la suppression de la prime de vie chère.
Une telle politique, fausse et choquante, ne peut que diviser les salariés. S'il y a une chose à revendiquer, c'est que tous les salaires soient alignés par le haut et non par le bas... comme le souhaitent les patrons.
Et puis, méfions-nous des enquêtes et autres études deman-dées par les autorités. Elles ne sont jamais neutres et sont souvent proposées pour justifier une "réforme" néfaste pour les travailleurs.
Des chiffres et des statistiques, il en existe publiés par UFC Que choisir et l'INSEE. Ils montrent que l'écart des prix entre la France et la Réunion varie entre 25 et 57 %. Alors, à quoi bon réclamer à cors et à cris un Observatoire des prix, il vaudrait mieux exiger un observatoire des profits et la possibilité pour les travailleurs d'avoir accès aux comptes des entreprises. Et là, on verrait vraiment qui profite réellement des prix exorbitants pratiqués dans l'île.
Et puis, tout cela ne doit pas nous faire oublier que si les familles ont de plus en plus de mal à subvenir à leurs besoins, c'est que bon nombre d'entre elles vivent uniquement du RMI, des indemnités de chômage ou des bas salaires.
Un emploi, des salaires décents, voilà ce qu'il faut pour vivre correctement.
L'UMP à la chasse aux voix réactionnaires.
Une quarantaine de députés UMP, dans une lettre adressée à Chirac, ont demandé l'abrogation de l'article de la loi de 2001 qui qualifie l'esclavage de crime contre l'humanité.
Leur argument est simple : il y a quelques mois, le Conseil constitutionnel avait décidé de supprimer l'article de loi qui préconisait notamment l'enseignement du "rôle positif" de la colonisation. Les signataires de la lettre exigent donc maintenant qu'il en aille de même pour l'esclavage par "souci d'égalité de traitement", comme si une mauvaise décision devrait automatiquement être prise, au prétexte qu'une bonne mesure l'a été auparavant.
Mais en fait, ce "souci d'égalité" dont se prévalent ces députés est le dernier de leurs soucis. La majorité d'entre eux viennent de départements du sud de la France où les nostalgiques de l'Algérie française constituent une part non négligeable de leur électorat. Ainsi, sous couvert d'une campagne pour "l'égalité", les députés signataires entendent avant tout préparer les législatives de l'an prochain.
Mais à l'hypocrisie des députés réactionnaires de l'UMP fait écho l'hypocrisie de la bourgeoisie française dans son ensemble. Le butin accumulé par des siècles de commerce triangulaire a depuis eu le temps de prospérer. Et de nos jours encore, les lointains descendants des trafiquants que sont certaines des grosses fortunes actuelles continuent de piller allègrement le continent africain.
Quelques larmes officielles versées lors d'une "journée des mémoires" consacrée à l'esclavage et à la traite coûtent moins cher qu'un geste en faveur des peuples écrasés hier par les esclavagistes, aujourd'hui par un capitalisme.
Nous sommes tous des travailleurs immigrés !
Après une première loi sur l'immigration en 2003, Sarkozy remet ça. Comme l'ont fait, depuis trente ans, tant de ses prédécesseurs au ministère de l'Intérieur, qui prétendaient tous réguler l'immigration en limitant en général les droits des immigrés.
Comme si l'immigration posait un problème ! Mais depuis au bas mot un siècle, l'économie de ce pays ne tournerait pas sans l'apport d'un courant permanent d'immigrés. La classe ouvrière de ce pays a toujours été composée, pour une part importante, de travailleurs venus d'ailleurs, du Maroc, d'Algérie, de Turquie, d'Afrique noire ou d'Asie et, avant eux, du Portugal, d'Espagne, d'Italie, de Pologne ou d'ailleurs.
Et il en est ainsi de tous les pays industriels. Aux États-Unis par exemple, où les immigrés originaires d'Amérique latine, clandestins ou pas, en refusant de travailler et d'acheter un 1er mai -qui, aux États-Unis, n'est pas férié-, viennent de montrer que, sans eux, l'économie tourne au ralenti.
Dans la concurrence que Sarkozy, Le Pen et Villiers se livrent pour capter les votes de l'électorat d'extrême droite, non seulement ils nient cette réalité, mais ils rendent même l'immigration responsable de tous les maux de la société, du chômage en particulier. Comme si les licencieurs étaient les travailleurs immigrés, et pas les patrons! L'immigration leur sert d'épouvantail, pour ne pas s'en prendre à la véritable cause du chômage: aux bénéfices des grandes entre-prises qui explosent, en pesant sur les revenus du travail, en diminuant les effectifs, en intensifiant la pénibilité du travail.
La loi que le gouvernement propose aggrave les conditions d'obtention de la carte de séjour, au point de rendre pratiquement impossible pour un sans-papiers la régularisation de sa situation, même s'il peut justifier de dix ans de présence dans le pays. Des milliers de sans-papiers seront condamnés à le rester jusqu'à la fin des temps, à la merci des rafles et des expulsions.
Mais la loi rendra plus dure la vie de tous les travailleurs immigrés, même ceux avec papiers, en interdisant pratiquement le regroupement familial, en fragilisant leur situation.
Sarkozy et ses semblables savent que les chaînes de production des grandes entreprises ou encore le bâtiment et les grands travaux ne peuvent pas se passer des travailleurs immigrés. Alors, ils parlent "d'immigration choisie" et proposent de sélectionner les immigrés en fonction des besoins de l'économie. Ce qui signifie, en clair, les importer en fonction des besoins du grand patronat.
Les immigrés devraient être célibataires, en bonne santé, en bonne condition physique, exploitables à merci, sans les frais d'une famille. Et il faudrait en plus qu'ils considèrent le droit de se faire exploiter ici comme un privilège, qu'ils se fassent tout petits et qu'ils acceptent tout!
Cette loi est un coup contre tous les travailleurs car, si le gouvernement parvenait à rendre une fraction de la classe ouvrière plus malléable, c'est l'ensemble des travailleurs qui seraient affaiblis, qu'ils aient la carte d'identité française ou pas.
Alors, il ne faut pas accepter cela. Quelles que soient leur nationalité ou leur origine, tous les travailleurs font partie d'une même classe ouvrière. Il faut qu'ils aient tous les mêmes droits. Y compris le droit de vote dans toutes les élections. Car, en écartant les travailleurs immigrés du droit de voter, c'est une partie de la classe ouvrière qu'on prive de ce droit élémentaire, en favorisant du coup l'électorat réactionnaire. Avant que le suffrage universel s'impose, pendant très longtemps on a imposé le suffrage dit "censitaire", ne donnant le droit de vote qu'à ceux qui disposaient d'un certain revenu, c'est-à-dire les bourgeois petits et grands, en écartant les travailleurs. Eh bien, en écartant les immigrés, on réinvente la même méthode!
Travailleurs immigrés et travailleurs nés en France, c'est notre travail qui fait marcher l'économie! Il faut rejeter toutes les lois contre les travailleurs immigrés et imposer la régularisation de tous les sans-papiers!
Arlette Laguiller.