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Archives du mensuel régionalMensuel - archive 2006 |
| mis à jour le 01/06/2006 | |
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Mensuel - archives
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Dans ce numéro
Le PS et l'Outre-mer, que du bon pour les patrons.
Un toit est un droit !
Grave accident à Bois-Rouge.
BTP doit payer.
Le patron de "Faire Plus" recule.
Apavou, fermeture d'hôtels.
Hippodrome de Cambaie.
Maurice, toujours plus pressurer les travailleurs.
Chagos, une première victoire.
Mayotte, la voix de son maître.
Comores, un nouveau président, mais aucun espoir pour la population.
L'exemple de juin 36.
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Le PS et l'Outre-mer, que du bon pour les patrons.
À l'occasion de la Convention Outre-mer du Parti socialiste qui s'est déroulée en Martinique, Hollande a indiqué quelques uns des thèmes que son parti devrait développer lors des élections présidentielles de 2007.
Derrière quelques formu-les qui se veulent positives, du genre : "Notre démarche est nouvelle", "Droit à l'égalité réelle" mais qui n'engagent strictement à rien, Hollande n'a fait aucune proposition concrète qui répon-drait aux attentes de travailleurs et des plus pauvres. Par contre, concernant les patrons, la hotte est pleine.
Le Parti socialiste propo-serait de mettre en place un dispositif de zone franche globale qui accompagnerait des mesures d'exonérations fiscales et sociales dont bénéficieraient les employ-eurs. Il y aurait aussi des compensations accordées par l'Etat aux collectivités territoria-les si celles-ci, au titre de l'aide à divers secteurs économiques, diminuent leurs taxes locales.
Et puis, dans les propos d'Hollande on trouve aussi des idées maintes fois ressassées tel cet "accompagnement à la moderni-sation des secteurs en transition, comme les filières canne ou banane". Rien de concret, rien de chiffré bien sûr, tout juste un flou volontaire qui ne parvient pas à tromper sur toutes ces politiques qui consistent à soutenir les capitalistes de ces secteurs, tout en abandonnant leurs travail-leurs.
Il n'y a là aucune "démarche nouvelle" qui puisse répondre aux attentes des sala-riés, aucune mesure qui puisse permettre aux chômeurs d'espé-rer trouver un travail rapide-ment, pas d'amélioration de salaire non plus. En fait, tout ce dont est capable le Parti socia-liste, c'est de tout petits gestes qui se veulent symboliques mais qui sont inutiles et surtout qui ne coûtent rien aux plus riches. Ainsi, la nomination d'un origi-naire de l'Outre-mer au gouver-nement pour "peser pour que l'Outre-mer soit pleinement pris en compte dans chaque volet de l'action gouvernementale" ; comme s'il y avait là une quelconque garantie pour les travailleurs.
Le Parti socialiste n'innove donc pas. Comme à son habitude il propose des politi-ques qui peuvent aussi bien être mises en oeuvre par la gauche que par la droite.
Un toit est un droit !
Un Dionysien doit aujourd'hui débourser entre 600 et 700 euros par mois pour un T2 et jusqu'à 900 euros pour un T3. Rien d'étonnant dans ces conditions à ce que beaucoup de familles se résignent à se serrer à deux ou trois générations sous le même toit, avec tous les problèmes de cohabitation qui en découlent.
Comment payer de tels loyers quand on a que le SMIC, ce qui est le lot de la majorité des travailleurs à la Réunion ? C'est tout simplement impossible.
Le droit à avoir un " toit " fait paraît-il partie des droits consti-tutionnels mais il s'oppose au droit des propriétaires abuseurs et autres spéculateurs.
Tout le monde est égal devant la loi... sauf les riches !
Grave accident à Bois-Rouge.
Alors que deux techniciens de l'usine électrique de Bois Rouge étaient en train de nettoyer les pales d'un grand ventilateur dans une tour de refroidissement, un responsable de l'usine a remis le ventilateur sous tension. Un des deux travailleurs a pu sauter vers le sol, tout en risquant une chute de plusieurs mètres. Mais l'autre, entraîné par les pales a été projeté contre l'axe de support en béton. Il a été fortement commotionné, avec une fracture au péroné et des brûlures au 3ème degré. Il a dû être hospitalisé.
Cet accident n'est pas le fait du hasard. Il est du à la politique de la direction de Bois Rouge qui veut raccourcir au maximum les temps d'entretien. La pression est énorme sur les travailleurs que l'encadrement pousse à travailler en dépassant largement les horaires maximum de travail, les week-end ou sur les temps de repos. Et cela parce que la direction de Bois Rouge refuse d'embaucher.
On vient travailler pour gagner sa vie, pas pour risquer de la perdre.
BTP doit payer.
Lors de la dernière négociation salariale entre les syndicats et le patronat du BTP, ce dernier n'avait proposé que 2,25 % d'augmentation alors que l'Intersyndicale réclamait 6 %.
Cela n'a pas empêché un dirigeant de la GTOI d'insister, lors des Journées de l'Emploi, sur la bonne santé du secteur du bâtiment. Il se sont aussi félicité que sur les cinq prochaines années, les entreprises de ce secteur allaient continuer à enregistrer de bons résultats financiers surtout dus aux grands chantiers qui s'annoncent : poursuite de la construction de la Route des Tamarins, le Tram-Train, construction de logements... Mais si leurs profits dépendent des commandes qu'ils obtiennent, ils découlent aussi des bas salaires des ouvriers qu'ils emploient. Les 6 % d'augmentation doivent donc être accordés.
Le patron de "Faire Plus" recule.
Les salariées de l'association de formation Faire Plus privées de leurs salaires de mars et avril s'étaient mises en grève pour être enfin payées. Elles ont obtenu gain de cause grâce à leur riposte collective : interventions réitérées auprès du patron, des financeurs que sont la DDTE et le Conseil Régional, grève et conférence de presse.
Un protocole de fin de conflit certifie que l'argent nécessaire sera débloqué par le patron pour payer leurs salaires en retard, qu'un CDD sera transformé en CDI, qu'une mutation arbitraire n'aura pas lieu.
Reste à savoir si le patron, en arrêt maladie ce jour-là, paiera les jours de grève, ainsi que les agios prélevés par les banques pour cause d'insuffisance d'approvisionnement des comptes des formatrices. Et puis, reste à savoir aussi quelles sont ses intentions à l'avenir.
Les travailleuses de Faire Plus restent donc vigilantes.
Apavou, fermeture d'hôtels.
Le groupe Apavou a décidé de fermer deux hôtels : 82 personnes sont menacées de perdre leurs emplois. Apavou profite du contexte lié au chikungunya pour prendre cette décision et faire croire aux salariés qu'il ne peut faire autrement. Selon la direction du groupe, la faute en incombe à l'Etat puisque le groupe ne peut bénéficier des indemnisations accordées pour cause de chikungunya. Mais avant l'épidémie le groupe avait déjà fermé d'autres hôtels. Autant dire qu'aujourd'hui l'épidémie n'est qu'un prétexte.
Apavou veut se débarrasser de son activité hôtelière à la Réunion pour mieux s'implanter dans d'autres îles de l'Océan indien, notamment à Maurice ou dans d'autres secteurs qui pourraient lui rapporter encore plus de profits.
Le groupe Apavou a engrangé depuis des dizaines d'années d'énormes richesses et bénéficié des largesses de l'Etat, des collectivités et des communes. Il a donc les moyens suffisants pour garantir un emploi et surtout un salaire aux 82 travailleurs menacés de licenciement.
Hippodrome de Cambaie.
Le projet de construction d'un hippodrome à Saint Paul avance à grands pas. Ce projet de la mairie, soutenu par la Région, va occuper plusieurs hectares de terrain dans la zone de Cambaie.
Un des arguments des promoteurs est que l'hippodrome pourrait engendrer la création de 500 emplois. C'est fou comme ces gens s'intéressent aux travailleurs. A les entendre, tout ce qu'ils font c'est pour leur donner du travail. Mais si là était la raison de leurs choix, il auraient pu décider par exemple la construction de logements, qui manquent tant à la population.
À un moment où les terrains à bâtir manquent cruellement, ce projet est scandaleux. Mais la mairie et ses associés préfèrent répondre aux intérêts d'une minorité qui souhaite tirer de substantiels profits de cet hippodrome, car c'est bien de cela qu'il s'agit avant tout.
Maurice, toujours plus pressurer les travailleurs.
À Maurice, le patronat, par le biais de son syndicat, la MEF (Mauritius Employers Federation), vient de déclarer que les " lois du travail sont trop rigides ", que " si nombre d'employeurs étrangers ont quitté la zone franche, c'est en partie à cause de ces lois archaï ques. Son porte-parole, Mookeshwarsing Gopal, déplore même que la loi ne permette pas à un " valet " de nettoyer plus de dix chambres par jour !
La MEF se prononce pour des négociations secteur par secteur afin que les travailleurs soient au maximum divisés et ne puissent imposer un rapport de force collectif qui leur soit plus favorable.
En fait, les patrons mauriciens voudraient, sous prétexte de la concurrence faite par d'autres pays où la main d'Suvre est encore moins chère, diminuer les salaires des travailleurs mauriciens pour augmenter encore leurs marges.
Ici, on nous chante aussi le même air en nous menaçant de la concurrence de salaires moindres, comme ceux qui se pratiquent à Maurice par exemple. Mais comme on le voit, ceux de Maurice ne sont pas pour autant protégés. Si nous acceptons ce chantage, nos salaires seront sans cesse tirés vers le bas, et cela il n'en est pas question. Il n'y a pas que les patrons qui ont le droit de vivre décemment.
Chagos, une première victoire.
La Cour d'appel de Londres a confirmé le droit des Chagossiens de retourner habiter leurs îles natales. Mais le gouvernement britannique n'a pas exclu de faire appel de ce jugement et mise sur une baisse de la détermination de ceux qui mènent des actions pour le retour des Chagossiens chez eux.
Les Chagos, situées à 1 000 km de l'île Maurice ont été louées à l'armée américaine. Leurs habitants ont été expulsés vers Maurice et vers les Seychelles.
Les responsables du Groupe Réfugiés Chagos espèrent que le gouvernement britannique acceptera la décision de la Cour d'appel et envisagent de réclamer que des travaux de réhabilitation soient effectués par la Grande-Bretagne afin de faciliter la réinstallation des Chagossiens sur leurs îles. Après toutes ces années d'exil, ce ne serait que justice.
Mayotte, la voix de son maître.
Le maire UMP de Bandrélé, une commune de Mayotte a été condamné à un an de prison avec sursis et de deux ans de privation des droits civils et civiques. Il avait donné l'ordre d'incendier les cases habitées par des personnes d'origine comorienne qui n'avaient pas de titre de séjour.
Les victimes de cet incendie avaient tout perdu (argent, mobilier, papiers...) Elles s'étaient retrouvées sans toit alors que la période de fortes pluies débutait.
Le maire a essayé de se justifier au tribunal en prétextant que ces personnes vivaient dans des conditions d'insalubrité et d'insécurité. Mais si c'était là les raisons de son acte, pourquoi ne pas avoir tout fait pour reloger ces personnes dans des conditions décentes ? En fait, son geste s'est inscrit dans la campagne anti-comoriens encouragée par les déclarations et la politique du gouvernement, en particulier celles du ministre de l'Outre-mer.
Comores, un nouveau président, mais aucun espoir pour la population.
Ahmed Abdallah Sambi a été élu président des Comores avec 58 % des voix lors de l'élection présidentielle du mois de mai.
Ancienne colonie française, l'archipel des Comores compte quatre îles, la Grande Comore, Anjouan et Mahéli et Mayotte. Les trois premières sont devenues indépendantes en 1975, alors que Mayotte choisissait, elle, de rester dans le giron de la France.
Ces îles ont été le théâtre des macabres exploits d'un mercenaire français, Bob Denard, qui y a organisé plusieurs coups d'Etat. En 1975, il orchestra le renversement d'Ahmed Abdallah, puis le remit en selle trois ans plus tard avant de l'assassiner quelque temps après. En 1978, il déposa Ali Soillih qui lui aussi fut assassiné. Bob Denard fomenta un dernier coup d'Etat en 1995 contre Saï d Mohamed Djohar.
L'élection présidentielle s'était déroulée sous contrôle d'une force armée de 800 hommes dépêchée par l'Organisation de l'Unité Africaine. Elle s'inscrivait dans un processus dit de "Réconciliation nationale" qui a donné naissance à une "Constitution de l'Union des Comores", censée cimenter l'unité des trois îles, mise à mal en 1997 par une proclamation d'indépendance faite par Anjouan. Certains de ceux qui à cette époque demandaient la séparation d'avec la Grande Comore, réclamaient un rattachement avec Mayotte, aussitôt refusé par la France. L'ancienne puissance coloniale ne voyait aucun intérêt à resserrer les liens avec une autre île de l'archipel, sa présence à Mayotte lui étant suffisante pour affirmer sa présence dans cette partie du monde. Et comme rien dans les productions comoriennes n'avait un quelconque attrait pour les bourgeois de France, ces îles sont restées dans un abandon presque total, tentant de survivre avec quelques productions agricoles, dont la vanille.
La population comorienne vit dans un état de grande pauvreté. L'espérance de vie est de moins de soixante ans. La mortalité infantile atteint 76 pour mille. Le tiers des enfants de moins de cinq ans représente un retard de croissance. La récente flambée du prix du pétrole a encore enfoncé les 770 000 habitants de ces îles dans le cercle infernal de l'appauvrissement dont on ne sait comment ils pourraient en sortir. Rien d'étonnant alors que beaucoup de Comoriens, notamment les Anjouanais, voulant fuir la misère, tentent de gagner l'île proche de Mayotte, sur les embarcations de fortune et souvent au péril de leur vie.
Voilà où est le véritable problème du gouverne-ment français. Et quand Chirac félicite le nouvel élu en l'assurant de "la disponibilité de la France à appuyer ses efforts", ce n'est certainement pas pour que la population des Comores ait accès à un mieux être, mais plutôt pour que ses gouvernants aient l'autorité pour l'empêcher de fuir sa propre misère.
L'exemple de juin 36.
Nous publions ci-dessous l'éditorial des bulletins d'entreprise de Lutte Ouvrière en France.
Depuis un quart de siècle, la classe capitaliste fait payer aux classes populaires la crise de son économie. Et les gouvernements ont beau changer, la gauche et la droite alterner au pouvoir, leur orientation reste la même. Car le problème fondamental, c'est que les grandes sociétés capitalistes détiennent tous les leviers de l'économie et exercent sur la société une dictature absolue.
On convie périodiquement la population à élire des représen-tants dans une multitude d'institu-tions, des municipalités à la présidence de la république. Mais toutes ces institutions n'ont aucune prise sur le droit des grandes sociétés capitalistes de faire ce qu'elles veulent dans les secteurs économiques qu'elles contrôlent, de fermer des entreprises ou de menacer de le faire simplement pour augmenter la valeur de leurs actions en Bourse. Ce sont les Bouygues, Lagardère, Dassault ou Arnault qui détiennent le véritable pouvoir. Les autres, ceux qu'on élit, ne sont là que pour faire croire que nous sommes en démocratie, que c'est le peuple qui décide, et pour justifier avec des arguments politiques les mesures prises en faveur des capitalistes.
Voilà pourquoi ceux qui nous disent qu'il suffira de bien voter en 2007 pour changer notre sort se moquent de nous.
Bien sûr, devant les attaques répétées du gouvernement actuel, nombre de travailleurs se disent qu'avec la gauche, cela ne peut pas être pire. Mais la seule façon d'arrêter la dégradation des condi-tions d'existence du monde du travail, c'est de s'en prendre au grand patronat, c'est de répartir autrement la richesse produite. Et cela la gauche au gouvernement ne le fera pas plus que la droite !
Le PS, a été au cours du quart de siècle écoulé, plus longtemps au pouvoir que la droite, sans que son passage ait marqué un recul dans l'aggravation de la condition des travailleurs.
Les échanges de propos au sommet du PS, suite aux déclara-tions quasi sarkozystes de Ségo-lène Royal, sont révélateurs. Même ceux qui, comme Martine Aubry, Jack Lang, Strauss-Kahn, ont pris quelques distances avec le langage de Ségolène Royal (et cela d'autant plus facilement qu'ils sont en compétition avec elle pour la présidentielle), discutent unique-ment de la forme de ses prises de position.
En fait Ségolène Royal s'inscrit dans la lignée des dirigeants de la SFIO de triste mémoire : de Jules Moch, ministre socialiste de l'Inté-rieur, qui en 1948 envoya l'armée contre les mineurs en grève ; de Guy Mollet, chef du gouvernement en 1956, qui rappela les jeunes libérés du service militaire pour les renvoyer faire la guerre en Algérie.
Le PC critique aujourd'hui cer-taines prises de position du PS. Mais il n'a pas d'autres perspec-tives politiques que de participer au gouvernement. Et l'éventuel gouvernement socialiste de 2007, quel qu'en soit le chef, se refusera à toucher aux profits capitalistes. Alors, malgré les discours actuels de ses dirigeants, si le PC revient au gouvernement, c'est le PS qui décidera. Il en a été ainsi avec la participation communiste aux gouvernements Mauroy et Jospin.
Aussi loin qu'on remonte dans le passé, les travailleurs n'ont obtenu quelques avancées qu'en se faisant craindre. Et en cette année où l'on commémore juin 36, il est utile de rappeler que ce qui a fait reculer à l'époque le grand patronat, c'étaient la grève générale, les occupations d'usines, la trouille profonde des bourgeois que la montée de la révolte ouvrière leur fasse perdre tout : leurs usines, leurs propriétés, leurs capitaux et jusqu'au droit de continuer à prospérer par l'exploitation. Et si le gouvernement socialiste de l'épo-que a fait quelques concessions aux travailleurs, les congés payés, les quarante heures et une augmenta-tion des salaires, ce n'est pas par générosité, mais pour sauver la mise aux possédants ! Ce n'est pas l'élection du Front populaire qui a changé la donne en juin 36, c'est l'action collective de la classe ouvrière. C'est un exemple dont il faudra s'inspirer.
Arlette Laguiller.
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