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mis à jour le 01/07/2006
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2006
Dans ce numéro
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Les prix par l'ascenseur, les salaires par l'escalier. Il faut inverser le mouvement.
Selon les derniers chiffres de l'INSEE, l'indice des prix à la consommation des ménages a de nouveau augmenté au mois de mai. Sur un an l'inflation a connu une hausse de 3,2 %, durement ressentie. Les loyers n'arrêtent pas de monter, tout comme les factures d'eau ou la bouteille de gaz qui dépasse les 20 euros. Ces augmentations de prix touchent aussi et surtout le secteur de l'alimentation. Depuis quelques mois les prix des produits frais connaissent une véritable envolée.
Avec toutes ces hausses qui grèvent les budgets, avec des salaires et des revenus trop bas, beaucoup de familles ont de plus en plus de mal à vivre décemment.
Mais cette situation difficile ne touche pas tout le monde. Il existe à la Réunion une minorité de riches qui vit au delà de l'aisance, entre autres les 1 200 personnes et plus qui ont été soumises à l'impôt sur la fortune en 2005.
Face à la baisse du pouvoir d'achat et à la dégrada-tion des conditions de vie de la population, il est plus qu'urgent de revaloriser tous les salaires à commencer par les plus bas. Il faudrait une augmentation minimum de 350 euros par mois. La CGT propose un SMIC à 1500 euros, un minimum pour pouvoir vivre et faire vivre sa famille. Mais le SMIC à 1500 euros doit être instauré immédiatement, sans attendre 2012, comme le propose le Parti socialiste. Ce que préconise le PS c'est en fait une augmentation d'environ 3 % par an, ce qui correspond à peu près à l'augmentation actuelle du SMIC.
Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, ce n'est pas l'argent qui manque mais la volonté de le prendre là où il est, dans les poches des plus riches, tous ces patrons et ces actionnaires qui s'enrichissent dans l'import-export, la gestion de l'eau, le BTP, la distribution...
Prendre sur ces bénéfices ce serait après tout justice, n'est-ce pas là le fruit du labeur des travailleurs ?
Il faudrait en fait que les travailleurs puissent contrôler les comptes des entreprises, ainsi que les comptes bancaires des patrons et des actionnaires. Ce serait le seul moyen pour faire taire les patrons pleurnicheurs et surtout le seul moyen de savoir où va l'argent et à quoi il sert vraiment.
Et nous verrions aussi que pour pouvoir produire ce qui rapporte, les patrons ne produisent pas toujours ce qui est nécessaire. Quand les finances et la spéculation rapportent plus que la production, c'est la production elle-même qui est abandonnée. La vie économique est soumise à la concurrence permanente, aux grandes batailles boursières au travers desquelles les plus riches se disputent le droit de contrôler les sources de profits. Il en résulte un immense gaspillage et une marche imprévisible, chaotique, de toute l'économie.
La gestion actuelle de la société au profit des seuls intérêts privés conduit la société à la catastrophe. C'est pourquoi il n'y a aucun autre moyen de sauver notre monde de la déchéance, que de soumettre les grandes entreprises au contrôle de la société, c'est-à-dire des travailleurs.
Il y a 30 ans - juin 1976, émeutes sanglantes à Soweto.
Il y a trente ans, en juin 1976, la décision du gouvernement blanc d'Afrique du Sud d'imposer aux élèves noirs l'afrikaans, c'est-à-dire la langue des colonisateurs boers (les premiers colons hollandais), dans l'enseignement des mathématiques, de l'histoire et de la géographie fut à l'origine des émeutes de la jeunesse scolarisée, dans le ghetto noir de Soweto, situé dans la banlieue de Johannesburg.
L'exigence du gouvernement fut perçue par la jeunesse noire comme une humiliation supplémentaire et poussa des dizaines de milliers d'adolescents dans la rue. Mais les raisons de la révolte contre le régime raciste étaient bien plus profondes: le décret gouvernemental cristallisa toute la haine accumulée depuis des décennies par la population noire pauvre des townships (ghettos). Depuis les émeutes de Sharpeville dans les années soixante, la population noire, et sa jeunesse en premier lieu, n'avait cessé de lutter pour son émancipation contre les lois d'exception du régime raciste blanc.
La répression des émeutes de Soweto fut sanglante. La police tira à balles réelles sur les jeunes adolescents. Elle lâcha les chiens contre les manifes-tants, tandis que les tanks et les hélicoptères quadrillaient les quartiers pauvres. À la jeunesse scolarisée des écoles secondaires, se joignirent très vite des dizaines de milliers d'étudiants. Le 25 juin 1976, on comptait déjà plus de 1000 blessés et 1300 arrestations. Les manifestations gagnèrent toutes les zones urbaines. Les chiffres "officiels" recensèrent 600 morts mais ceux-ci approchèrent sans doute le millier. Outre les milliers d'arrestations de jeunes adolescents, le régime en profita pour jeter en prison des militants politiques et syndicaux. Parmi eux, Steve Biko, leader du Black Consciouness Movement, le Mouvement de la Conscience Noire, qui fut assassiné par la police dans sa cellule en septembre 1977.
La répression n'arrêta pas la contestation de l'Apartheid. Le gouvernement qui avait décidé de "maintenir l'ordre à tout prix" fut contraint de reculer sur la question de la langue afrikaans et de faire machine arrière.
L'insurrection de Soweto s'inscrivit ainsi dans la longue lutte des populations d'Afrique du Sud pour se libérer de l'oppression de la minorité blanche au pouvoir depuis la colonisation. Il fallut cependant attendre 1994 pour que le sys-tème de l'Apartheid soit aboli et que lui soit substitué, au moins formellement, le principe "un homme, une voix".
Aujourd'hui, à l'heure où le gouvernement noir de Mbeki commémore la révolte des écoliers de Soweto, les inégalités sociales demeurent dans le pays : le système éducatif à deux vitesses est omniprésent.
La pauvreté, la misère, le chômage frappent davantage les Noirs que les Blancs; Soweto reste un ghetto où s'entasse toujours la population noire pauvre la plus démunie. L'Afrique du Sud enregistre un taux de chômage de près de 30%, tandis que 87% des terres cultivables restent aux mains des Blancs, qui ne représentent que 12% de la population! Si officiellement l'Apartheid a été aboli, il n'en a pas été de même de la pauvreté et de la misère.
Un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être libre.
Nous reproduisons l'éditorial des bulletins d'entreprise de Lutte Ouvrière du 3 juillet 2006.
On ne peut qu'être indigné par les images montrant Gaza, cette étroite bande de terre où s'entassent 1 400 000 Palesti-niens, bombardée par l'aviation et l'artillerie israélienne. Des maisons en ruines, des ponts détruits, la centrale électrique démolie, des hôpitaux ou des maternités à peine éclairés grâce aux groupes électrogènes. Mais il n'y a plus d'essence et les groupes finiront par s'arrêter.
Tout cela, pourquoi ? Parce que, disent les responsables israéliens, un groupe de terroris-tes a enlevé un caporal de l'armée israélienne. Pour le libérer, ce groupe exige la libération des femmes et des enfants palesti-niens détenus. Chantage inad-missible pour Israël. Mais, à peine une semaine auparavant, l'aviation israélienne avait bom-bardé une plage sans même avoir un prétexte et avait tué des civils dont deux enfants.
Depuis une semaine, on punit tout un peuple pour libérer un seul militaire. Avec le consen-tement des grandes puis-sances. "Israël a le droit de se défendre", vient de proclamer le porte-parole de la présidence américai-ne. L'Etat d'Israël, fort de ces soutiens et de sa supériorité technique et militaire, applique la loi du plus fort.
Cela arrange les intérêts de toutes les grandes puissances que, dans ce Moyen-Orient si important sur le plan stratégique, elles n'aient pas pour alliés seulement des régimes réaction-naires arabes, comme l'Arabie saoudite ou la Jordanie, qui peuvent être renversés un jour par leur peuple.
Avec Israël pour allié, d'autant plus fidèle que dépen-dant des grandes puissances, toutes les contradictions politi-ques et sociales de cette région se focalisent sur le conflit israélo-arabe. Les dirigeants d'Israël, au lieu de chercher à s'entendre avec les peuples arabes, ont toujours choisi d'être les alliés de l'Occident contre ces peuples.
Depuis que l'organisation islamiste Hamas est arrivée à la tête du gouvernement du terri-toire plus au moins autonome concédé aux Palestiniens, l'Etat d'Israël a resserré encore l'étau autour du peuple palestinien. Le Hamas est pourtant arrivé au pouvoir par des élections. Mais ces grandes puissances qui prétendent défendre la démocra-tie ont décidé de soumettre au boycott et d'affamer toute la population palestinienne pour la punir d'avoir voté pour le Hamas.
Mais le pire, c'est que c'est pour la population palestinienne elle-même que l'arrivée au pouvoir du Hamas est néfaste. A l'oppression israélienne, s'ajoute encore la pression rétrograde sur la société d'une organisation réactionnaire.
Mais c'est l'aboutissement de dizaines d'années d'évolution dont la responsabilité incombe à l'Etat d'Israël et à ses soutiens impérialistes mais aussi à la politique nationaliste des diri-geants palestiniens.
Pendant des décennies, le peuple palestinien, avec sa com-bativité, son refus de l'oppres-sion, a incarné un exemple pour les opprimés du Moyen-Orient, du Liban à l'Egypte en passant par la Jordanie. La crainte des puissances impérialistes a été qu'il entraîne les classes populai-res de l'ensemble de la région contre toutes les oppressions : celle de l'Etat d'Israël, certes, mais aussi celles, pas plus douces, des Etats arabes dictato-riaux. En refusant de faire du combat du peuple palestinien le point de départ d'un combat plus vaste, les dirigeants nationalistes ont facilité le travail pour les grandes puissances et pour l'Etat d'Israël. En conduisant leur peuple dans une impasse, les nationalistes, même radicaux et laï cs, ont préparé le lit d'un parti religieux et réactionnaire.
C'est le peuple palestinien qui paie le prix le plus lourd, enfermé sur des territoires mor-celés, entourés de barbelés et par endroits d'un mur, rongé par le chômage et la pauvreté et sous la menace d'Israël. Mais le peuple d'Israël ne vit pas non plus en paix : un peuple qui en opprime un autre n'est pas libre.
Il y a pourtant la place dans cette région pour deux peuples vivant ensemble, sur la base de l'égalité sociale et politi-que. Mais, dans un système dominé par l'impérialisme basé sur l'oppression et qui suscite conflits et guerres, il faudra un bouleversement social pour rendre cela possible.
Arlette Laguiller.