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mis à jour le 01/08/2006
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2006
Dans ce numéro
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Liban, l'ONU n'est pas impuissante, elle est complice.
Voilà près d'un mois que les villes et les villages du Liban sont pilonnés jours et nuits par l'aviation israélienne. Ce sont les fiefs du Hezbollah qui sont pris pour cibles affirment les autorités israéliennes et, répètent après elles, la plupart des commentateurs. C'est à voir mais, ce qui est certain, c'est que ce sont surtout les quartiers pauvres.
On a pu voir dimanche, à la télévision, un officier supérieur israélien déclarer, à propos de la mort de quinze personnes, dont douze soldats tués par une "katioucha", qu'il avait assisté à un spectacle affreux. C'était certainement le cas. Mais les images des centaines de femmes, d'hommes, d'enfants, massacrés par les bombes israéliennes, au Liban et à Gaza, sont-elles moins horribles ?
Pendant ce temps-là les grandes puissances discutent gravement au conseil de sécurité de l'ONU de textes de résolutions qui ne changeront rien, mais qui leur permettent de faire croire qu'elles cherchent une solution à la crise, alors qu'elles ne visent qu'à donner à l'armée israélienne le temps qu'elle réclame pour écraser des adversaires qui se révèlent plus coriaces que ce que les stratèges de l'Etat hébreu avaient prévu.
Et toutes ces grandes puissances d'invoquer - sans détour pour les USA, hypocritement pour la France qui voudrait bien continuer à faire des affaires avec l'Iran - la responsabilité de ce dernier pays et de la Syrie dans le drame que vit le Liban. Comme si toute la situation de la région n'était pas d'abord déterminée par le problème israélo-palestinien.
Des centaines de milliers de Palestiniens ont été contraints de fuir en 1948, après la proclamation de l'Etat d'Israël, et vivent toujours, eux ou leurs descen-dants, dans des camps de réfugiés, au Liban ou à Gaza. Au lendemain de l'occupation par Israël, en 1967, de la Cisjordanie et de Gaza, l'ONU avait adopté une résolution demandant l'évacuation des territoires occupés. C'était uniquement pour la forme, car cette résolution est restée lettre morte. Non seulement ces territoires n'ont pas été libérés, mais l'installation de colonies israéliennes dans les territoires occupés a réduit comme peau de chagrin ce qui aurait pu devenir un Etat palestinien.
Les grandes puissances ont d'autant plus facilement laissé faire que la haine inévitablement engendrée par cette situation parmi les populations arabes les servait. L'impérialisme ne manquait certes pas d'alliés dans la région, parmi tous les Etats arabes qui de l'Arabie saoudite à la Jordanie entretenaient les meilleures relations avec les grandes puissances impérialistes. Mais comme ces Etats étaient à la merci d'une explosion de révolte de leur propre population, aucun allié n'était plus sûr pour l'impérialisme qu'Israël, citadelle isolée dans un environnement hostile. Israël dépend en effet de l'aide des grandes puissances, tant que son gouvernement se refuse à tendre la main au peuple palestinien, à favoriser dans les faits la naissance d'un Etat palestinien.
Le conflit qui se déroule aujourd'hui au Liban n'a pas d'autre origine. Les dirigeants israéliens ont entraîné depuis plus d'un demi-siècle leur peuple dans ce piège sanglant, qu'il ait été consentant ou pas dans sa majorité importe peu. Et les morts civils et militaires que déplore aujourd'hui Israël sont les victimes de ce piège sanglant, tout comme les enfants, les femmes et les hommes enterrés dans les décombres de Gaza et des villes libanaises.
"Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre" proclamait le mouvement ouvrier lorsque les partis socialistes ne s'étaient pas encore transformés en défenseurs des intérêts des capitalistes. Cela vaut encore aujourd'hui. La liberté pour tous les peuples, et une paix durable, ne pourront exister que le jour où l'humanité se sera débarrassée de ce système économique qui n'hésite pas à semer la guerre dans toutes les régions de la planète chaque fois que quelques grands trusts, pétroliers ou pas, ou les Etats qui les représentent, y trouvent leur intérêt.
Arlette Laguiller.
Transports en commun pas très publics.
Le Conseil général va remettre en concurrence le marché de l'exploitation des réseaux " cars jaunes " et " z'éclair " qui arrive à son terme le 31 janvier 2007.
Onze compagnies privées de transport en commun, bénéficiant d'une contribution financière du Conseil général, se partagent aujourd'hui le bitume. Pour le seul réseau " cars jaunes " l'aide s'élève actuellement à environ trois millions d'euros par an.
La gestion des réseaux, c'est-à-dire la billetterie, les gares routières, les abribus, les poteaux d'arrêt, relève d'une Société d'économie mixte (SEM), la SOTRADER.
Il serait donc question que la gestion soit dorénavant plus ouverte encore aux entreprises privées, via des " délégations de services publics ", ce qui fait rouler de bonheur les transporteurs et autres sociétés privées.
Mais pour les salariés, aucun changement n'est prévu. Ils continueront pour certains à faire des semaines de 55 heures, voire plus. Leurs dimanches, jours fériés ainsi que leur vie de famille seront toujours sacrifiés. Les salaires dans la profession dépassent rarement le Smic et les pressions sont telles, que bien des travailleurs renoncent souvent à réclamer leurs droits.
Dans une île où les routes suffoquent à cause du nombre important de voitures et où certaines régions sont encore mal desservies par les transports en commun, il est urgent de les développer, de les rendre plus rapides, plus confortables pour un prix qui soit abordable à tous, voire totalement pris en charge par les patrons. Car enfin, n'est-ce pas en premier lieu pour amener leurs salariés sur les lieux de travail que les transports existent ?
Ce n'est pas dans cette voie que compte s'engager le Conseil général, qui visiblement préfère donner des cadeaux aux patrons, plutôt que d'assurer le bien-être des usagers.
Logement social, un toit est un droit.
En 2005 l'Etat a financé la construction de 3318 logements, construits pour un montant de 144 millions d'euros. En 20 ans, 25000 logements Locatifs Evolutifs Sociaux (LES) sont sortis de terre, soit 1250 en moyenne par an, alors qu'il faudrait en construire entre 10 000 et 12 000.
À en croire les pouvoirs publics, il manquerait des terrains. Pourtant ils savent en trouver quand il s'agit de créer une zone franche afin d'y installer des entreprises avec des loyers très modérés.
Voulant mettre son parpaing à l'édifice, le Conseil général propose en guise de solution de céder aux promoteurs privés une partie de son patrimoine foncier au prix des domaines. Ce qui, de toute manière, reste très limité. Il propose également un programme d'intérêt général, qui consiste à subventionner la réhabilitation d'habitations du parc privé pour que leurs propriétaires les réoccupent ou bien les relouent, à condition prévient le département que les loyers n'excède pas 4,3 à 5,5 euros le mètre carré. Ce qui reviendrait tout de même à 430 ou 550 euros pour un F4 de 100 mètres carrés, ce qui n'est bien sûr pas à la portée de la bourse d'une famille qui touche le RMI ou le Smic.
Même si ce programme est généreux pour les propriétaires, il ne concerne guère plus de 600 logements réhabilités sur trois ans, dont la moitié pour les propriétaires occupants.
Un responsable en charge du financement du logement espère que l'on construira 5409 logements sociaux cette année. Ce n'est qu'une espérance et rien d'autre. Pourtant les moyens existent. Il s'agirait de les prendre là où ils se trouvent, par exemple dans les montants de la défiscalisation qui ne servent qu'à enrichir un peu plus quelques propriétaires privés.
Travailleurs en lutte.
Les salariés de l'entreprise Véolia de Saint Louis en ont assez de se faire fréquemment agresser lorsqu'ils prennent leurs camions pour effectuer les tournées quotidiennes de ramassage des déchets ménagers et des déchets verts.
Lundi 31 juillet, suite à l'agression d'un salarié de la société, une cinquantaine de travailleurs de Véolia ont cessé le travail pour demander à leur patron de trouver une solution à leur problème. Ils ont raison. Ils viennent au travail pour gagner leur vie, pas pour risquer de la perdre.
Vendredi 4 août, une partie des salariés de la clinique Jeanne d'arc du Port, soutenue par la CGTR, s'est postée devant l'établissement pour contester le versement d'une redevance de la clinique à sa holding, Clinifutur , dont ils jugent le montant exagéré.
Si les actionnaires de la clinique sont choyés, il n'en est pas de même des salariés. Ainsi, après avoir fermé le service restauration dans lequel travaillaient le délégué syndical et deux de ses collègues, la direction a voulu les transférer dans l'entreprise à qui elle avait sous-traité le travail. Les agents ont refusé et ont demandé à être reclassés au sein de la clinique dans des conditions satisfaisantes pour eux. Ils ont été mis à pied pendant plus d'un an et une menace de licenciement pèse actuellement sur le délégué syndical.
Chez Clinifutur, l'avenir des salariés est incertain. Mais gare, les coups de colère, eux, ne sont jamais fortuits !
La convention canne, l'État casque, les usiniers empochent.
Une semaine avant que ne débute la campagne sucrière, une convention canne a été signée entre l'Etat, les représentants de l'industrie du sucre et un syndicat des planteurs, la CGPER. Cette convention régit les conditions d'achat de la canne à sucre par les industriels aux agriculteurs, ainsi que les modali-tés d'attribution des aides de l'Etat et de l'Europe.
La récente réforme de l'Organisation commune du marché du sucre a bien évidemment eu des répercussions dans la mise en place de la convention qui vient d'être signée. La réforme prévoyait une baisse de 33% du prix de la tonne de sucre, de façon dégressive sur trois ans. Pour ne rien perdre sur leur chiffre d'affaire et donc sur leurs bénéfices, les usiniers qui auparavant achetaient aux planteurs une tonne de canne pour 39,09 euros, ne la payent plus que 17 euros. C'est l'Etat et l'Europe qui compensent le manque à gagner des planteurs, si bien qu'aujourd'hui la canne est subventionnée à plus de la moitié de sa valeur.
La convention a aussi prévu une augmentation de l'aide aux transports de 10%, une aide de deux euros par tonne de canne pour les exploitations en zone difficile et une augmentation de la prime bagasse. Toutes ces aides et ces augmentations sont aussi assurées par l'Etat et l'Europe.
Le problème que soulèvent plusieurs syndicats d'exploitants, c'est que non seulement les usiniers ne sortent rien de leurs poches mais qu'ils imposent aux exploitants de plus de 10 hectares de canne l'interdiction de diversifier plus de 10% de leur surface. Ceci sous peine de voire diminuer leurs aides à la production. En étant parvenus à inclure cet article dans la convention, les industriels se garantissent une quantité de canne suffisante afin de rentabiliser leurs installations.
La marge des industriels ne fera donc que croître et leurs livraisons se verront assurer. Enfin, les industriels auront la possibilité de mettre en place un pôle canne avec l'argent public, ce qui leur permettra de ne pas toucher à leurs fonds propres.
Ainsi, même si les revenus des petits planteurs sont pour l'instant plus ou moins garantis, ce sont eux qui risquent de subir des baisses qui pourraient s'avérer conséquentes, et ce d'autant plus que le prix de la tonne de canne a été bloqué jusqu'en 2014.
Cerise sur le gâteau, l'aide à la production est dorénavant entièrement versée aux industriels qui se chargeront de la redistribuer aux planteurs. Bref, les industriels contrôlent de plus en plus la filière canne avec l'aide et les soutiens de l'Etat.