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mis à jour le 01/09/2006
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2006
Dans ce numéro
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Ne pas se tromper d'adversaires.
Sarkozy a relancé le débat sur les salaires des fonctionnaires dans les DOM. Sous prétexte d'égalité sociale, il veut remettre en cause la prime de vie chère. Il estime anormal qu'une catégorie de travailleurs bénéficie d'une telle prime, alors que beaucoup de Réunionnais vivent difficilement.
En 1997, le gouvernement Juppé avait tenté de remettre en cause cette prime. A l'époque, les fonctionnaires et les étudiants étaient descendus dans la rue pendant plusieurs semaines obligeant le gouvernement à renoncer à son projet.
Si aujourd'hui Sarkozy relance le débat, ce n'est évidemment pas qu'il se soucierait subitement des plus défavorisés. Son but est tout d'abord de faire des économies sur le budget de l'État en diminuant le pouvoir d'achat des tra-vailleurs de la fonction publique. Mais cet argent, s'il était arraché aux fonctionnaires, ne servirait certainement pas à augmenter les salaires les plus bas, ni à créer les emplois qui font si cruellement défaut. Il servirait à subventionner d'avantage encore le patronat et à satisfaire ses exigences.
Les prises de positions de Sarkozy peuvent trouver un écho favorable dans le noyau dur de son propre électorat composé de petits bourgeois, de petits et grands patrons, mais aussi dans d'autres catégories sociales de la population dont celles qui sont touchées par les difficultés de la vie. Et c'est vrai qu'il serait plus juste de réduire les écarts salariaux. Mais pourquoi pas en rehaussant les plus bas d'entre eux, plutôt qu'en diminuant ceux qui sont supérieurs ?
Et puis, envisageons la question sous un autre angle, celui qui peut concrètement se poser. Dans toutes les entreprises des écarts de salaires, parfois importants existent. Ils sont toujours voulus par les directions. Dans toutes les entreprises les travailleurs ont des revendications salariales. Mais envisagerait-on une grève pour réduire les salaires des travailleurs qui gagnent plus que d'autre ? Ce serait évidemment une aberration. Si grève il y a dans une entreprise, elle doit concerner tous les travailleurs. Elle doit s'en prendre au responsable de la situation des salariés, c'est-à-dire au patron et surtout ne pas opposer les travailleurs entre eux. Eh bien, il en est de même à une échelle plus vaste. Si tous les travailleurs devaient entrer en lutte contre les patrons et leur État, c'est tous ensemble, fonctionnaires et autres qu'ils devraient le faire, sans s'opposer les uns les autres, au risque d'être vaincus.
Si Sarkozy pérore sur la question du salaire des fonctionnaires, ici les responsables politique sont bien plus prudents, au point que certains se refusent même à tout commentaire, arguant du fait que le dossier est trop brûlant et pas à l'ordre du jour à quelques mois des élections. En fait, ils n'ont pas oublié les grèves et les manifestations de l'année 1997. Un politicien averti en vaut paraît-il deux, en tout cas il devient plus prudent.
Grands travaux, gros profits.
Les élus du Conseil régional ont voté à une large majorité le partenariat public-privé (le PPP) comme mode financement du tram-train et ont donné leur accord à la presque unanimité pour le tracé dit B1 de la nouvelle route du littoral.
Le tram-train devrait voir le jour en 2012. Son coût est estimé à 1,3 milliard d'euros pour 40,4 kilomètres. En fait bien plus, car avec les intérêts des emprunts cumulés sur tente ans, on estime la dépense à 80 millions chaque année. Le coût total atteindrait donc 2,4 milliards d'euros que devront rembourser plusieurs générations de contribuables.
Pour l'instant, on ignore quelle sera la participation financière de l'Etat, de l'Europe et de la Région. Quant aux entreprises privées, quel que soit le montant qu'elles mettront dans l'escarcelle, leurs actionnaires sauront se faire rembourser... tout est d'ailleurs prévu pour cela.
Tous les grands projets qui sont en cours de discussions ou de réalisations : routes des Tamarins, du littoral, tram-train, seraient d'après Vergès une façon remarquable pour La Réunion de faire son entrée dans ce nouveau millénaire. Mais n'est-ce pas plutôt un bon moyen pour les patrons de réaliser les bénéfices du siècle.
Développer les transports en commun comme les autres services publics est nécessaire. Mais est-il normal que ces réalisations servent aussi (et on devrait même dire surtout) à enrichir les capitalistes et les banques ? Ne devrait-on pas construire de préférence à prix coûtant ? Seulement, notre monde est ainsi fait qu'il préserve avant tout le parasitisme de quelques uns dont le métier n'est pas de construire des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux... mais plutôt de faire de l'argent en construisant routes, ponts écoles, hôpitaux...
Grève à l'usine de Bois-Rouge.
Les travailleurs de l'usine sucrière de Bois-Rouge ont repris le travail lundi 11 septembre après un semaine de grève. La quasi totalité des 94 ouvriers permanents qui avaient cessé le travail réclamaient une augmentation de 200 euros brut, l'instauration de diverses primes et la réembauche de tous les saisonniers à chaque campagne sucrière. Les saisonniers sont près de 69 dans l'usine, dont la majorité était aussi en grève.
Les travailleurs de Bois-Rouge, avec le soutien de la CGTR, ont mené leur grève avec détermination. Organisés sur leurs piquets de grève, ils ont eu la visite et le soutien de militants et de travailleurs d'autres secteurs. Dès le premier jour, les grévistes se sont adressés aux petits planteurs en leur expliquant les raisons de leur mouvement et en les convainquant de ne pas s'y opposer. Et de fait, même si la CGPER n'a pas officiellement soutenu la grève, elle a toutefois fait pression sur la direction de l'usine pour qu'elle accepte de négocier avec les grévistes.
La direction de l'usine qui espérait obtenir une reprise rapide du travail n'a, dans un premier temps, rien voulu céder pour finalement signer un protocole d'accord prévoyant la réembauche des saisonniers pour les prochaines années et, toujours pour ces travailleurs, un treizième mois proportionnel au temps passé dans l'entreprise. Ils ont aussi obtenu des tickets restaurants, ainsi qu'une prime de 38,11 euros et 35 kilos de sucre. Les travailleurs permanents ont obtenu, eux, 80 kilos de sucre et la prise en charge de leurs frais de mutuelle par l'entreprise à hauteur de 65 % au lieu de 50 %. Enfin, tous les travailleurs auront droit à une prime de 250 euros en début de campagne sucrière.
Les travailleurs permanents n'ont pas obtenu gain de cause sur les salaires mais ils ont repris le travail satisfaits d'avoir fait reculer leur patron sur d'autres revendications. Pour les 200 euros de plus par mois qui sont nécessaires au budget des travailleurs il faudra d'autres luttes pour les obtenir. L'entreprise doit payer, elle qui non seulement fait des bénéfices mais qui a obtenu plusieurs millions d'euros de subventions par an, et ce chaque année jusqu'en 2014.