Archives du mensuel régional
Région ILE DE LA REUNION01/12/2006
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Sarkozy tel qu'en lui-même.
Lors de son passage durant trois heures sur France 2, le 30 novembre dernier, Sarkozy a multiplié les déclarations aussi méprisantes envers les travailleurs que serviles envers les bourgeois. Pour les travailleurs, a-t-il dit, moins de code du travail, des grèves soumises à un vote à bulletins secrets, un contrat de travail unique s'inspirant du CNE, c'est-à-dire rendant le licenciement plus facile encore.
Pour les riches, le propos était évidemment plus doux : un bouclier fiscal limité à 50 % des revenus, une protection contre les services du fisc, de l'URSSAF ou de l'Inspection du travail, ainsi que des aides supplémentaires pour les entreprises.
Sarkozy annonce la couleur : il entend mener la guerre aux travailleurs au nom de " ceux qui ont travaillé et qui n'ont pas à s'excuser... d'avoir construit beaucoup de richesses ", avec l'argent, la sueur, le sang et la peau des autres, aurait-il dû ajouter.
Attention aux faux amis.
Le gouvernement de droite, au pouvoir depuis quatre ans, a tellement accumulé de mesures anti-ouvrières, il a tellement aidé le grand patronat à aggraver le sort des travailleurs, il a manifesté si ouvertement son mépris à l'égard du monde du travail, que l'électorat populaire a de bonnes raisons de vouloir s'en débarrasser.
Mais peut-il espérer que Ségolène Royal pourrait mener une politique qui correspondrait à ses besoins ? Est-ce qu'il peut espérer qu'elle mettrait fin au chômage, ou même seulement qu'elle le ferait reculer de façon significative ? Est-ce qu'avec elle à la présidence, les travailleurs ne vivraient plus sous la menace permanente d'un licenciement qui les transforme en chômeurs puis en pauvres ?
Est-ce que les classes populaires peuvent espérer qu'au moins dans ce qui est du domaine de l'État, il y aura des changements significatifs ? Par exemple, assez de crédits pour la construction de logements ? S'attaquerait-elle aux promoteurs immobiliers pour enrayer les hausses des loyers qui sont catastrophiques pour bien des ménages des classes populaires ?
Est-ce qu'on peut aussi espérer que l'État donnera à l'Éducation nationale les moyens d'embaucher suffisamment d'instituteurs pour permettre aux écoles des quartiers populaires d'assurer une éducation adaptée à tous ?
On connaît par avance la réponse. Elle ne fera rien de tout cela. Ségolène Royal prétend incarner la rupture avec le passé, mais l'a-t-on entendu pendant la campagne précédant le vote du Parti socialiste, prendre des engagements à l'égard des classes populaires ? Certes, elle a tenu quelques propos généraux du genre " revaloriser le pouvoir d'achat des petites retraites sera l'une de mes priorités ", mais sans se donner la peine de préciser de combien ?
Elle ne promet même pas d'annuler les mesures les plus anti-ouvrières du gouvernement de droite en place, ce qui serait tout de même le minimum. Et surtout elle se garde bien d'annoncer des mesures de contrainte pour obliger les patrons à utiliser leurs profits de façon utile pour la société, en premier lieu pour sauvegarder les emplois.
L'élection présidentielle est dans quatre mois. Ségolène Royal aurait le temps de prendre les engagements qu'elle n'a pas pris jusqu'à présent. Mais elle ne le fera pas. Alors, il faudrait qu'elle sache que, si les classes populaires haïssent Sarkozy, elle ne feront pas pour autant confiance, ni à Ségolène Royal, ni à son parti. Et cela, les classes populaires auraient intérêt à le faire entendre, au mieux avant même les élections.
Congé solidarité à conserver.
Le 21 novembre, 1500 personnes ont manifesté dans les rues de Saint-Denis de la Réunion, à l'appel de l'intersyndicale CGTR, CFDT, CFTC et UNSA, entre autre pour le maintien du congé solidarité, dispositif contenu dans la Loi Programme pour l'Outre-Mer, et qui doit se terminer le 31 décembre 2006.
Ce dispositif est censé encourager l'embauche des jeunes en remplacement du départ des anciens. Il permet aux salariés du privé de partir en pré-retraite à partir de 55 ans s'ils ont plus de dix ans d'activité et cinq ans dans la même entreprise. Le salarié qui part touche entre 55 et 65 % d'un salaire de référence, déterminé d'après ses rémunérations brutes des douze derniers mois. En retour le patron doit embaucher un jeune de moins de trente ans avec obligation de le garder au moins six mois et de ne pas baisser l'effectif de l'entreprise pendant les deux années suivantes.
Pour 2007, le gouvernement a décidé de baisser sa participation au paiement du congé solidarité, la ramenant de 60 à 50 %. Mais alors, qui paiera ces 10 % manquant ? Les patrons ? Certainement pas ! Dans ce dispositif ce sont eux les plus choyés. En échange d'une participation se montant à 15 % de l'allocation, ils ont la possibilité de rajeunir leur personnel et, comme cela se passe en pareil cas, de le payer moindre. Quant aux 10 % que l'État refuse dorénavant de payer, ce seront donc très certainement le Conseil général et régional qui devront mettre la main à la poche.
La plupart des travailleurs ne pouvant envisager un recours au congé-solidarité, ne serait-ce qu'à cause de la faiblesse du montant de la pré-retraite, les effets de ce dispositif ont été inférieurs à ceux annoncés : 2 000 départs au lieu des 7 000 escomptés. Quant aux embauches auxquelles les patrons sont engagés, elles ont sûrement été moindres encore, tant les obligations qui leur sont faites sont facilement contournables.
Malgré tout, il est bien normal que les travailleurs ne veuillent pas voir disparaître cette possibilité de prendre congé de leur patron, ni même qu'elle soit écornée.
Ils nous volent.
Lors de la discussion du budget 2007 du département, la majorité de droite qui le dirige a annoncé qu'elle prévoyait de fortes augmentation des charges pour les contribuables : plus 4,54 % pour la taxe d'habitation, plus 6,45 % pour la taxe foncière, plus 9,34 % pour le foncier non bâti... La raison de cette avalanche de hausses : la non-compensation intégrale de toutes les dépenses que l'État a transférées au département.
Et c'est vrai que l'État a ainsi accumulé les dettes en entretenant une ardoise de 56 millions d'euros au titre du RMI ou de 36 millions au titre de l'APA (Allocation personnalisée d'autonomie), pour ne prendre comme exemple que ces deux postes budgétaires.
Si l'État a besoin d'argent, de beaucoup d'argent, c'est entre autres pour maintenir les cadeaux faits au patronat et qui se montent en milliards d'euros (subventions, défiscalisation, soutiens aux marchés, aides à l'emploi alors que les patrons n'embauchent pas...) Mais si l'État n'hésite pas à faire les poches des contribuables, ils trouvent bien des complices, en particulier parmi les dirigeants des collectivités locales qui, tout en rejetant la faute sur d'autres, participent eux aussi à cette spoliation.
Quand le malheur des pauvres fait le bonheur des riches.
Une famille de Rivière St Louis a été expulsée de sa case le 29 novembre dernier par deux huissiers accompagnés de gendarmes et de déménageurs. Le mari, malade, a été sorti sur une civière. Cette famille ouvrière avait pu construire sa case sur un lopin dont elle avait hérité. Les gramounes, les enfants et les marmailles des enfants y avaient été recueillis au fil des deuils et des accidents de la vie des uns et des autres. La mère, employée de bureau au Port ne touche qu'un petit salaire et son mari, coffreur à la SOGEA, souffrant d'une grave maladie a dû arrêter son travail.
La presse, qui a donné un large écho à cette affaire, rapporte que le remboursement de l'emprunt de 62 000 euros, contracté en 1995 sur 20 ans auprès du Crédit Foncier de France, était de 600 euros par mois. En 2002 quand il devient impossible de régler les mensualités, la famille avait déjà remboursé 50 000 euros
Cette expulsion est aussi un exemple concret de ce que recouvrent les mesures du ministre Borloo dont la loi de 2003, du même nom, prétend " donner une seconde chance " aux surendettés en effaçant la dette " en contrepartie de la liquidation, éventuelle, de leur patrimoine ".
Pour quelques centaines d'euros et surtout pour que le banquier puisse, quoi qu'il advienne, empocher capital et intérêts, on arrache leur case aux pauvres
Les charognards... pas d'autre mot !
Gaz et essence plus chers, du vol.
Plus six centimes sur le litre d'essence, plus quatre centimes sur celui du gazole et 39 centimes sur la bouteille de gaz, voilà ce que nous avons à payer en plus depuis le 1er novembre. Ces augmentations affectent fortement le pouvoir d'achat des plus faibles revenus. Elles grèvent les budgets des déplacements, et ceux consacrer à faire la cuisine ou à chauffer l'eau.
On nous dit que l'augmentation de la demande mondiale en serait la cause. Mais pas un mot sur l'explosion des profits des compagnies pétrolières et du pactole que ramassent l'Etat et les collectivités locales au travers de la Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (la TIPP).
Les profits patronaux et les impôts pour le plus grand nombre nous sont toujours présentés comme des réalités que l'on ne peut contourner et qu'il faut obligatoirement subir. Une fatalité en quelque sorte.
Par contre, lorsqu'il s'agit de nos salaires et de nos conditions d'existence, alors là, tout devient ajustable, surtout lorsqu'il s'agit de les baisser ou de les dégrader. Mais pourquoi cela, nos conditions d'existence n'ont-elles pas plus de valeur que les profits qu'ils veulent sans cesse accroître ?
Royal Bourbon, ça marche... pour le patron !
À Royal Bourbon, la production n'arrête pas d'augmenter, les cadences aussi ! Les produits s'écoulent sans problèmes dans les grandes surfaces et les affaires du patron marchent si bien qu'il a investi cinq millions d'euros dans une nouvelle usine de production à Bras-Panon. Il faut dire que l'Etat lui a donné un petit coup de pouce en défiscalisant 680 000 euros !
Il n'y a que les salaires et les conditions de travail qui restent à la traîne. La plupart des travailleurs sont payés au SMIC, et doivent toujours transporter à dos d'homme ou de femme les caisses d'ananas et autres produits en empruntant des escaliers dangereux. Le monte-charge promis depuis des années n'est toujours pas en service !
Alors quand certains nous racontent qu'il faut aider les patrons pour qu'ils puissent créer de l'emploi et améliorer le sort des travailleurs, même les marmailles ne pourraient les croire.
Chômage persistant et bas salaires.
À la Réunion comme en France, le chômage baisserait. C'est du moins ce qu'essaye de nous faire croire le gouvernement. Fier de lui, il vante les mesures qu'il a su prendre pour assouplir les conditions d'embauche... et de licenciement (le CNE !) ou pour faire baisser le " coût du travail " (le nombre de travailleurs payés au SMIC a fortement augmenté).
À la Réunion, neuf emplois créés sur dix sont des emplois précaires. Ce sont les jeunes et les femmes qui subissent le plus cette politique. Ce sont eux qui se retrouvent avec les salaires les plus bas, les contrats à temps partiel imposé comme dans la grande distribution
À cela s'ajoute, les manipulations faites par le gouvernement des chiffres du chômage, les radiations des Assedic de dizaines de milliers de chômeurs. Le nombre des Rmistes a d'ailleurs augmenté, au niveau national, de 200 000 en un an !
Voilà pourquoi le patronat est si satisfait de la politique du gouvernement Chirac. Ce qui est loin d'être le cas des travailleurs, des chômeurs et des retraités.
Et l'amour bordel !
Aubry, l'évêque de la Réunion, s'est publiquement rangé aux côtés de ceux qui s'en prennent aux recherches de la médecine concernant les embryons. Pour ces gens-là, éliminer les embryons malades qui risquent de transmettre une maladie génétique très grave comme la mucoviscidose, la myopathie de Duchenne ou la chorée de Huntington, revient à s'opposer à la volonté divine. Et peu leur importe que leur dieu force un enfant à une courte vie dans un fauteuil roulant, ou à trois heures de kiné respiratoire par jour, et impose à ses parents des années d'angoisse et de désespoir.
Cette campagne menée par l'église catholique, à laquelle les dernières vaticaneries réactionnaires de Benoît XVI ont fait pousser des ailes, est une preuve supplémentaire de l'inhumanité de ces apôtres qui voudraient forcer à respecter leurs dogmes, au mépris total de la vie et des sentiments des gens.
Femmes debout.
La journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes s'est déroulée le samedi 25 novembre dernier. A cette occasion des chiffres et des reportages ont souligné à la fois l'importance de cette violence et en même temps sa sous estimation. En effet, la plupart des femmes victimes de violences le sont dans le cadre familial ce qui favorise le secret. Nombre de femmes n'osent pas en parler.
Les seuls chiffres officiels sont nationaux, il n'existe pas de statistiques officielles pour La Réunion. A l'échelle nationale 400 femmes, plus d'une par jour, meurent chaque année à cause des violences au foyer, la plupart tuées par leur mari ou leur compagnon et 136 sont violées chaque jour. Cette violence touche tous les milieux sociaux dans un pays qui se prétend évolué.
La violence faite aux femmes existe partout car dans cette société, la femme n'est pas considérée comme étant l'égale de l'homme, que ce soit au travail, à la maison ou dans les mentalités. Imposer le droit au respect, à choisir librement leur vie est encore un combat que les femmes doivent mener quotidiennement et qui doit être soutenu par tous.