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mis à jour le 01/12/2006
ILE DE LA REUNION
Mensuel - archives
Année 2006
Dans ce numéro
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Attention aux faux amis.
Le gouvernement de droite, au pouvoir depuis quatre ans, a tellement accumulé de mesures anti-ouvrières, il a tellement aidé le grand patronat à aggraver le sort des travailleurs, il a manifesté si ouvertement son mépris à l'égard du monde du travail, que l'électorat populaire a de bonnes raisons de vouloir s'en débarrasser.
Mais peut-il espérer que Ségolène Royal pourrait mener une politique qui correspondrait à ses besoins ? Est-ce qu'il peut espérer qu'elle mettrait fin au chômage, ou même seulement qu'elle le ferait reculer de façon significative ? Est-ce qu'avec elle à la présidence, les travailleurs ne vivraient plus sous la menace permanente d'un licenciement qui les transforme en chômeurs puis en pauvres ?
Est-ce que les classes populaires peuvent espérer qu'au moins dans ce qui est du domaine de l'État, il y aura des changements significatifs ? Par exemple, assez de crédits pour la construction de logements ? S'attaquerait-elle aux promoteurs immobiliers pour enrayer les hausses des loyers qui sont catastrophiques pour bien des ménages des classes populaires ?
Est-ce qu'on peut aussi espérer que l'État donnera à l'Éducation nationale les moyens d'embaucher suffisamment d'instituteurs pour permettre aux écoles des quartiers populaires d'assurer une éducation adaptée à tous ?
On connaît par avance la réponse. Elle ne fera rien de tout cela. Ségolène Royal prétend incarner la rupture avec le passé, mais l'a-t-on entendu pendant la campagne précédant le vote du Parti socialiste, prendre des engagements à l'égard des classes populaires ? Certes, elle a tenu quelques propos généraux du genre " revaloriser le pouvoir d'achat des petites retraites sera l'une de mes priorités ", mais sans se donner la peine de préciser de combien ?
Elle ne promet même pas d'annuler les mesures les plus anti-ouvrières du gouvernement de droite en place, ce qui serait tout de même le minimum. Et surtout elle se garde bien d'annoncer des mesures de contrainte pour obliger les patrons à utiliser leurs profits de façon utile pour la société, en premier lieu pour sauvegarder les emplois.
L'élection présidentielle est dans quatre mois. Ségolène Royal aurait le temps de prendre les engagements qu'elle n'a pas pris jusqu'à présent. Mais elle ne le fera pas. Alors, il faudrait qu'elle sache que, si les classes populaires haïssent Sarkozy, elle ne feront pas pour autant confiance, ni à Ségolène Royal, ni à son parti. Et cela, les classes populaires auraient intérêt à le faire entendre, au mieux avant même les élections.
Congé solidarité à conserver.
Le 21 novembre, 1500 personnes ont manifesté dans les rues de Saint-Denis de la Réunion, à l'appel de l'intersyndicale CGTR, CFDT, CFTC et UNSA, entre autre pour le maintien du congé solidarité, dispositif contenu dans la Loi Programme pour l'Outre-Mer, et qui doit se terminer le 31 décembre 2006.
Ce dispositif est censé encourager l'embauche des jeunes en remplacement du départ des anciens. Il permet aux salariés du privé de partir en pré-retraite à partir de 55 ans s'ils ont plus de dix ans d'activité et cinq ans dans la même entreprise. Le salarié qui part touche entre 55 et 65 % d'un salaire de référence, déterminé d'après ses rémunérations brutes des douze derniers mois. En retour le patron doit embaucher un jeune de moins de trente ans avec obligation de le garder au moins six mois et de ne pas baisser l'effectif de l'entreprise pendant les deux années suivantes.
Pour 2007, le gouvernement a décidé de baisser sa participation au paiement du congé solidarité, la ramenant de 60 à 50 %. Mais alors, qui paiera ces 10 % manquant ? Les patrons ? Certainement pas ! Dans ce dispositif ce sont eux les plus choyés. En échange d'une participation se montant à 15 % de l'allocation, ils ont la possibilité de rajeunir leur personnel et, comme cela se passe en pareil cas, de le payer moindre. Quant aux 10 % que l'État refuse dorénavant de payer, ce seront donc très certainement le Conseil général et régional qui devront mettre la main à la poche.
La plupart des travailleurs ne pouvant envisager un recours au congé-solidarité, ne serait-ce qu'à cause de la faiblesse du montant de la pré-retraite, les effets de ce dispositif ont été inférieurs à ceux annoncés : 2 000 départs au lieu des 7 000 escomptés. Quant aux embauches auxquelles les patrons sont engagés, elles ont sûrement été moindres encore, tant les obligations qui leur sont faites sont facilement contournables.
Malgré tout, il est bien normal que les travailleurs ne veuillent pas voir disparaître cette possibilité de prendre congé de leur patron, ni même qu'elle soit écornée.